Bordeaux : la plateforme de livraison de produits bio de trois jeunes stimulée par le confinement

Ils n'ont pas chômé cet été. Trois jeunes Bordelais, âgés de 23 à 24 ans ont quadruplé leurs ventes pendant le confinement. Aujourd'hui, leur entreprise de livraison de produits bio poursuit sa mue et encourage une consommation plus responsable, une production plus rémunératrice. 
Des produits bio livrés à la maison.
Des produits bio livrés à la maison. © Hélène Chauwin
Alors que le gouvernement a annoncé 1 300 emplois supplémentaires à Pôle emploi pour accompagner les jeunes, Erwan, Victor et James sont dirigeants. Ils ont pourtant moins de 25 ans. Et leur petite entreprise ne connaît pas la crise. Elle a même frôlé la surchauffe pendant le confinement. De 200 paniers, ils sont passés à 800. 
"Pour nous, ça a été de très gros changements en quelques semaines alors qu'ils auraient dû s'étaler sur plusieurs mois" se souvient Victor.
Ils avaient un camion. Ils en ont achetés trois de plus. Ils travaillaient dans un entrepôt de 40 m² à Talence près de Bordeaux. Ils ont déménagé à Bouliac dans un hangar de 200 m² en pierre pour garder une fraîcheur naturelle. Soit un investissement de 10 000 euros. Surtout, ils ont dû recruter 12 personnes supplémentaires.
La société a déménagé à Bouliac, dans un entrepôt de 200 m en pierre naturelle.
La société a déménagé à Bouliac, dans un entrepôt de 200 m en pierre naturelle. © A Portée de Bio

a a été facile de trouver de la main d'oeuvre mais on n'a pas eu de formation en management. On s’est formé sur le tas" s'amuse Victor. 

Chez eux, on ne mange pas forcément bio, mais leurs études les ont sensibilisés aux problématiques de l'environnement. C'est Erwan qui a tracé le sillon alors qu'avec Victor, ils terminaient leur licence en techniques de l'environnement après un BTS de gestion et maîtrise de l’eau. En parallèle de ses études, Erwan récupérait des paniers tout faits auprès de coopératives et de grossistes et les livrait le samedi. Quinze paniers par semaine. En mai 2018, les demandes affluent. Victor rejoint Erwan. Ensemble, ils lancent leur société en septembre 2018. Le dernier à rejoindre la bande fait partie de la famille. James est le grand frère de Victor (il a juste un an de plus). Il est informaticien. Il était donc bien placé pour créer une plateforme personnalisée et les outils de gestion adaptés. 

De jeunes pousses innovantes 

Les trois jeunes dirigeants ont rapidement été en mesure de proposer plusieurs types de paniers pré-établis ou des commandes par produit qu'ils livraient à domicile ou sur le lieu de l'entreprise. 

Le confinement a donné un coup d'accélérateur à leur développement. L'entreprise a trouvé un nouveau rythme de croisière. Elle emploie désormais 4 CDI, 1 CDD et une alternante pour faire face à un volume de livraison en hausse d'une centaine de paniers, comparé à l'avant février. Le coût moyen a également augmenté de 15 euros et s'établit autour de 45 euros. Les livraisons en entreprise n'ont pas repris. Les clients sont exclusivement livrés à domicile. Ils sont bordelais pour la moitié d'entre-eux.

Les fidèles de la première heure sont restés comme Nathaly Lefrançois qui partage leurs valeurs "Circuit court, consommer bio, des fruits et des légumes de saison". Elle qui avait une petite activité similaire est très admirative : 

Quand je vois ce qu’ils arrivent à faire, qu’ils percutent très vite, qu'ils ont eu la faculté à se retourner pendant la covid, je suis très fière d’eux.


Estelle Dessup, elle, tient à encourager "ces jeunes pousses innovantes" dont la prestation lui donne satisfaction

C’est pratique. Ils nous livrent des produits bio et frais à domicile. Leurs tarifs sont dans la lignée de ce que l'on trouve en magasin. Ils ont même des biscottes bio moins chères que les non bio ! Et puis, ils ont changé leur pratique pour faire profiter un peu plus les producteurs qui fixeront leur prix. Moi qui suis fille d’agriculteurs, je trouve ça bien.

 
© Hélène Chauwin

 Assurer une juste rémunération aux producteurs 

Erwan a fait son stage de fin d'études chez un maraîcher bio, Victor chez un viticulteur bio. Ils ont alors découvert les difficultés à écouler leurs marchandises en circuit court ou à leur juste prix. Depuis le confinement, ils ont voulu une grille tarifaire plus adaptée. Chaque semaine, le producteur choisit son prix. L'entreprise met en ligne son offre. Le consommateur fait son choix. Si les ventes ne sont pas bonnes, le producteur peut modifier son tarif pour la commande suivante. Il aura accès aux avis des consommateurs et pourra disposer d'un blog pour présenter sa production. 
 
"On voulait renforcer le lien entre les consommateurs et les producteurs qui nous demandent très souvent des retours sur leurs produits." explique James. 

Leur nouveau site élargit également la gamme des produits qui seront notés selon 4 critères : la distance du lieu de production, la quantité d’emballage du produit, le nombre d’intermédiaires et le label bio.  De leur côté, les clients seront récompensés quand ils choisiront les produits les mieux notés par une cagnotte "éco-responsable", déductible du prix de leur panier. Un système gagnant-gagnant,  pour le producteur maître de ses prix, pour le client responsable de sa consommation.

Pendant le confinement, Erwan, Victor et James ont mûri leur projet, renforcé leurs valeurs. Ils ont bien observé l'arrivée de deux ou trois concurrents depuis cet été. Loin d'en avoir peur, ils s'en réjouissent assure James : 

Il y a de la place pour nous tous. On est contents d’avoir des concurrents qui ont des valeurs communes. On ne met pas tous les mêmes en avant. Par exemple, l'un d'entre eux défend le zéro déchet. On n'y avait pas réfléchi. On a intégré cette problèmatique. On s’inspire tous les uns des autres. 


Nos dirigeants en herbe ne roulent pas encore sur l'or. Pendant un an et demi, Erwan et Victor ne se sont pas versés de salaire. Aujourd'hui, ils perçoivent un demi-smic.
"On joue sur notre jeunesse. On n'a pas besoin de grand chose pour vivre" confie James. 

Et pas question de s'augmenter pour l'instant. Ils voudraient d'abord essaimer dans une autre ville, Toulouse. 
 
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
environnement covid-19 santé société économie