Aquitaine : nous sommes saupoudrés des sables du Sahara

A Bordeaux, les pare-brises en étaient recouverts ce lundi matin. Depuis ce week-end, dans les Pyrénées, on observe des vents et pluies chargés de sable du Sahara dans notre région. C'est la cinquième fois cette année.

© Météo Pyrénées

Cette montée des vents du Sud chargés de particules est souvent l'occasion d'observer des images insolites en ville comme sur la neige des cols pyrénéens. La dernière fois c'était début avril.

Ce lundi 26 avril, le sable est bien présent dans les averses matinales, depuis l'observatoire du Pic du midi : "1 degrés à 2800m, des averses et du sable saharien qui reste là ce matin".

De l'ocre sur la neige immaculée : c'est sans doute l'image la plus marquante même si chacun aura pu observer ces particules sahariennes sur le capot d'une voiture ou dans l'atmosphère d'un paysage familier.

Ce 26 avril à Bordeaux, la pluie était chargée de sable du Sahara, laissant une poussière ocre sur les voitures.
Ce 26 avril à Bordeaux, la pluie était chargée de sable du Sahara, laissant une poussière ocre sur les voitures.

Ce flux venu du Sud est le résultat d'une dépression située au large du Portugal. Des vents et averses chargés de sable et particules soulevés et transportés parfois sur de très longues distances. On devrait ainsi pouvoir observer ces pluies ou vents sahariens  jusqu'à mardi 27 avril sur une large diagonale, entre les Pyrénées et les Alpes françaises.

Des sables déjà observables ce week-end dans les Pyrénées.

 

D'autres épisodes sablonneux

C'est donc le cinquième épisode depuis le début de l'année 2021. Le dernier épisode date seulement du début du mois d'avril mais il y en a eu également, notamment, les 3 et 4 mars. Des cartes d'ATMO Nouvelle-Aquitaine montre bien le phénomène remontant sur la France ces jours-là.

© ATMO
© ATMO

 

Dans notre région, d'après quelques publications sur les réseaux sociaux, c'est en février que le phénomène a été plus visible.

Regardez cette vidéo de MétéoPyrénées

 

Comment naissent ces nuages de sable?

Dans un article de Francetv info, Vincent Guidard, chercheur au Centre national de recherches météorologiques de Météo France, explique comment se forment ces nuages de sable. "Pour générer un nuage de sable, il faut des conditions particulières : un système dépressionnaire avec suffisamment de vent pour décrocher les particules de sable du sol (...). C'est un phénomène régulier. Entre le Sahara et la France, ces poussières peuvent être complètement transformées par les phénomènes météorologiques qu'elles rencontrent. Les précipitations peuvent par exemple freiner ces nuages de sable et c'est à cause de cela qu'on a des voitures recouvertes de sable".

Mais il faut des conditions bien particulières pour que ces particules restent en suspension. Et les magnifiques photos de ciels ocre observés en février sur plusieurs sites en France sont plus exceptionnelles.

Une pollution ?

Ces sables en suspension dans l'air font partie des observations sur la qualité de l'air répertoriées par les sites ATMO français. Julie Gault, chargée de communication ATMO Nouvelle-Aquitaine, explique qu'ils s'agit, pour ces experts, de particules fines (pm2,5 et pm10 / pm signifie "particule matters") même si "ce qu'on observe sur les voitures c'est surtout du sable grossier".

Les poussières désertiques peuvent également avoir un impact sur la qualité de l'air et la santé. Si un épisode de pollution est déjà en cours, la présence de ces particules désertiques peut aggraver la situation. Ce qui n'est pas le cas en cette fin de mois d'avril. 

Julie Gault explique que si ce sable est visible cette fois c'est grâce à la pluie qui l'a plaqué au sol. Car ces nuages passent parfois à très haute altitude et peuvent parfois même remonter jusque dans le nord de la France voire de l'Europe.

"Ces sables entrent dans notre surveillance. Ce sont des polluants qu'on surveille. Mais cette fois-ci : "on n'a pas forcément de fortes concentrations. C'est pourquoi il n'y a pas de procédure d'alerte ou d'information par la préfecture".

De plus, les quelques dernières averses ce lundi ont permis de plaquer le sable (comme les pollens d'ailleurs) au sol : "nous on est contents quand il pleut. Ça permet de faire baisser la pollution liée au chauffage au bois en hiver, ou baisser l'ozone en été..."

Donc ce dernier épisode saharien n'aggrave donc pas particulièrement la qualité de l'air en Nouvelle Aquitaine...

Un sable "radioactif" ?

En revanche, ces sables du Sud ont pu être accompagnés d'autres substances. Parmi les derniers épisodes de vents sahariens, les particules répertoriées et analysées (par l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, IRSN) ont révélé la présence d'un élément radioactif en France. Il s'agirait de résidus d'essais nucléaires au Sahara menés notamment par la France dans les années 60.

L'institut public a publié les relevés de Cesium-137 effectués début février par certaines de ses stations de mesure de l'air disséminées à travers la France. "On observe que les activités volumiques en Cs-137 dans l'air sont, pour plusieurs stations, supérieures d'un facteur 1,2 à 11 par rapport à la moyenne des activités mesurées en février 2019 et 2020", indique-t-il dans une note d'information.

La hausse la plus significative a été relevée à la station du Pic du Midi de Bigorre, dans les Hautes-Pyrénées. Ces niveaux sont toutefois bien inférieurs à ceux mesurés lors d'un épisode similaire survenu en février 2004 et plus encore après les accidents de Fukushima (2011)
et surtout Tchernobyl (1986). "L'impact dosimétrique de cet épisode est négligeable", souligne l'IRSN. Donc sans danger pour notre santé.

"Comme tous les sols de l'hémisphère nord, ceux du Sahara sont marqués par les retombées issues de l'ensemble des essais nucléaires atmosphériques effectués dans les années 1960", relève-t-il. Les grandes puissances faisaient alors couramment exploser des bombes atomiques dans l'atmosphère à des fins expérimentales. La France a notamment réalisé quatre tirs au Sahara.
 

Vue sur la forêt Amazonienne depuis la savane roche Virginie (illustration), Guyane française.
Vue sur la forêt Amazonienne depuis la savane roche Virginie (illustration), Guyane française. © CC by Nicolas Karasiak

Un sable bienfaiteur ?

Mais ce phénomène météorologique peut aussi avoir quelques effets bénéfiques même s'il est plutôt rare en Europe. Ce voyage au-delà des mers de ce sable désertique fait en revanche partie d'un cycle naturel qui contribuerait même au bien-être de la forêt amazonienne. 

Car chaque année, ce  sont des millions de tonnes de sable qui transitent entre l'Afrique et l'Amérique du Sud. Un parcours de près de 7000 kilomètres en près d'une semaine (selon les vents de la dépression). Du sable, certes, mais également des nutriments précieux pour les sols et la croissance de la végétation. 

Selon les chercheurs, ces particules contiennent des minéraux précieux permettant de revitaliser la végétation, comme du fer, du calcium, du magnésium et surtout du phosphore. Cette sorte d’engrais naturel est nécessaire aux sols amazoniens qui en manquent cruellement.

Car, dans cet écosystème amazonien, contrairement au Sahara, c'est l'eau qui "lessivent" et épuisent le sol de cet élément à cause du ruissellement.

En France, cet apport est également bénéfique pour notre agriculture, car ce vent saharien apporte à nos champs et nos jardins un supplément de minéraux nécessaires aux plantes pour se développer et pour effectuer la photosynthèse. 

 

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