Bordeaux : la crise du Covid a coûté des milliards en Gironde

Pas encore de chiffres définitifs mais les aides de l'Etat allouées aux commerce et aux entreprises pour les aider à traverser la crise s'élèvent à plusieurs milliards pour honorer le "quoi qu'il en coûte" du Président Emmanuel Macron. 

Les commerçants de la région (ici, la rue Sainte Catherine de Bordeaux) attendent le feu vert pour leur réouverture.
Les commerçants de la région (ici, la rue Sainte Catherine de Bordeaux) attendent le feu vert pour leur réouverture. © Laurent Theillet MAXPPP

Activité partielle, fonds de solidarité, prêt garanti par l'Etat (PGE), le montant des aides d'urgence allouées aux entreprises depuis le début de la crise sanitaire est vertigineux.
"Le quoiqu'il en coûte" d'Emmanuel Macron a été traduit en millions d'euros pour une facture totale qui sera de plusieurs milliards rien que pour le département girondin.

3,6 milliards distribués en PGE aux entreprises girondines et à rembourser

Au 30 avril 2021, une enveloppe de 3,6 milliads d'euros (3649,9 millions exactement) a été distribuée en PGE (Prêt Garanti par l'Etat) aux entreprises de Gironde. Le commerce est le secteur qui a eu le plus recours au PGE : ce sont 21% des bénéficiaires et 32% des montants accordés. Un montant colossal qui a été versé sur les comptes en banque des sociétés et remboursable depuis avril 2021. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, a assuré que le PGE serait prolongé jusqu'à la fin de l'année.

Rien que Bordeaux compte 4000 commerces qui correspondent à 50 000 emplois directs et autant indirects.

Bruno Tripon, commerçant et élu à la CCI de Bordeaux Gironde

"Et en Gironde, le commerce représente 250 000 salariés", précise Bruno Tripon, représentant des commerçants et élu à la CCI de Bordeaux Gironde. Gérant d'une boutique d'horlogerie dans la galerie des Grands hommes, il a perçu 280 000 euros au titre du PGE.
"Je n'ai pas eu besoin de l'utiliser, mais je le conserve encore au cas où car on n'est pas à l'abri d'un quatrième confinement. Ce dispositif calculé en fonction du chiffre d'affaires a pu aider un certain nombre de commerçants mais je rappelle qu'il faut le rembourser. Les commerces qui devaient fermer ont pu survivre grâce aux aides, les chefs d'entreprise ont pu se verser un salaire et éviter le dépôt de bilan. Mais, quand ça va s'arrêter, ce sera l'hécatombe, prévient Bruno Tripon. "Le "quoiqu'il est coûte" de Macron va coûter très cher."

L'Etat a donné à tout le monde. C'est bien, mais les sommes vont être colossales. D'une certaine manière, l'Etat a mis sous perfusion des entreprises qui au final vont mourir.

Bruno Tripon - commerçant de Bordeaux élu à la CCI -

Entre mars et décembre 2020, le tribunal de commerce de Bordeaux a enregistré 430 liquidations d'entreprises dont 36 % de commerces et 74 % n'ont pas de salariés (chiffres CCI de Bordeaux Gironde). "C'est peu, le pire reste à venir", selon Bruno Tripon.

Le click&collect a sauvé de nombreuses petites enseignes

"Avant Noël, le click&collect a très bien marché. Mes clientes qui ne partaient plus en week-end ou en vacances venaient se faire plaisir et acheter des cadeaux pour les fêtes. Mais là, les gens en ont marre. Je continue à faire un peu de click&collect sur rendez-vous, mais c'est calme", raconte une commerçante d'une boutique de prêt-à-porter et de bijoux dans le quartier aisé Bordeaux Caudéran. 

Avec la crise sanitaire, les commerçants ont essayé de s'adapter. Le click&collect a été un moyen de garder le contact avec les clients et de vendre. Bruno Tripon a "sauvé" son année grâce à ce nouveau moyen de vendre. "J'avais déjà un site marchand en ligne et ma clientèle avait déjà l'habitude de commander en ligne avant le Covid. Du coup le click&collect a très bien marché".

Internet et les réseaux sociaux ont permis à des commerçants de traverser la crise. "On va vers une économie différente. Et pour lutter contre les grandes plateformes de vente en ligne, il faudra se renouveler. J'appelle surtout les gens à retourner dans les boutiques et les restaurants dès qu'ils rouvriront. C'est une question de solidarité économique", lance Bruno Tripon qui se bat avec la Chambre de commerce et d'industrie pour que les commerces de proximité créent des sites en ligne également pour compléter leur vente en magasin.

Plus de deux milliards en Nouvelle-Aquitaine d'aides du Fonds de solidarité 

L’État et les Régions ont mis en place également un fonds de solidarité pour aider les entreprises les plus touchées par la crise. Le total des paiements effectués au 14 avril 2021 s'élève à 2 002 626 275 euros ( chiffres préfecture ). Plus d’1 million de salariés sont concernés en Nouvelle-Aquitaine, 123 741 entreprises ont fait une demande d'activité partielle et plus de 7 salariés du privé sur 10 concernés par l’AP ( activité partielle) dans la moitié des départements de la région.

En Gironde, la somme est de 652 millions d'euros dont 195 millions pour le secteur hébergement et restauration, et 86,8 millions pour le commerce.

capture écran Aide du Fonds de solidarité
capture écran Aide du Fonds de solidarité © Ministère de l'économie, des finances et de la relance

Pour consultez la carte interactive d'Aide au Fonds de solidarité département pas département, cliquez-ici

Le secteur Hébergement restaurant a été totalement sinistré et il est sous perfusion depuis mars 2020. C'est désormais le premier secteur concerné avec plus de 440 millions d’euros versés pour 12 mois d’activité partielle (22 % du total des indemnisations). En Gironde le montant est de 162 millions d'euros pour 27 000 salariés. Le commerce est le deuxième secteur avec plus de 369 millions d’euros versés (18,7 % du total), selon la préfecture.

Aides supplémentaires en millions d'euros

La Métropole a également voté une aide de 27 millions d'euros en novembre 2020. C'est la CCI de Bordeaux qui est chargée de répartir les sommes aux entreprises en fonction de leur difficultés. Cette enveloppe a été dépensée à plus de 80%. Une nouvelle enveloppe d'aide communautaire a été votée pour aider les entreprises "à la transformation économique, notamment numérique."
Les demandes sont à déposer en ligne sur le site de la CCI de Bordeaux. 

Des stocks en stock

L'Etat a mis en place un dispositif pour compenser les stocks invendus : une mesure spécifique pour soutenir les commerces de l’habillement, de la chaussure, du sport et de la maroquinerie, affectés pas des problèmes de stock de marchandises invendus du fait de la crise. Une aide forfaitaire s'élévera à 6 000 € en moyenne par commerce.

Un accord départemental de relance pour la Gironde a été signé par le Premier ministre et le président du Conseil départemental le 31 mars 2021. Cet accord mobilise 40 M€, dont 14 M€ consacrés à la rénovation énergétique des logements et des bâtiments publics ; 9M € consacrés aux mobilités douces et aux transports collectifs ; 5,4 M€ consacrés à la transformation numérique des territoires ; 10,2 M€ consacrés à la résilience sanitaire, notamment à travers la rénovation des EHPAD ; 1,2 M€ consacrés à la cohésion des territoires par la culture.

Le fonds soutien à l’investissement industriel a bénéficié à 8 entreprises en Gironde, le fonds de modernisation de la filière aéronautique soutient 3 lauréats en Gironde. La baisse des impôts de production s’élève à 218,7 M€ en Gironde et bénéficie à 18 961 entreprises. 87 entreprises girondines ont bénéficié des « chèques export » ou des « chèques VIE » pour les encourager à continuer à prospecter à l’international, malgré le contexte sanitaire.

Un accord régional de relance signé par la préfète et le président de région le 22 avril dernier. Dans ce cadre, plus de 2,8 milliards d’euros seront mobilisés par l’État et la Région en 2021 et 2022.

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