Bordeaux Neurocampus : un médicament contre l'addiction au cannabis en 2024

L'addiction au cannabis touche 1 million de personnes en France / © MAXPPP
L'addiction au cannabis touche 1 million de personnes en France / © MAXPPP

C'est un fléau pour 1 million de personnes en France qui souffre d’addiction au cannabis, 20 millions dans le monde. Des Bordelais ont trouvé le mécanisme pour soigner la dépendance. En 2018, les tests seront en phase clinique aux Etats-Unis. La gélule pourrait être disponible en 2024. 

Par Christine Le Hesran

Dix ans pour mettre au point une gélule qui peut changer la vie de beaucoup d'addicts, une vie qui peut tourner au cauchemar.
C'est un travail d'équipe au long cours qui a ses racines à Bordeaux. Au cours de ses recherches sur les effets du canabis, l'équipe du Neurocentre Magendie a découvert que sa prise entraîne la production dans le cerveau d’une molécule appelée prégnénolone. Elle a pour effet naturel de défendre l’organisme contre les effets de cette drogue. Une solution pour soigner l'addiction au cannabis. Impossible de l'utiliser en tant que telle, elle ne s'y prête pas. Les chercheurs, fédérés autour de Pier-Vincenzo Piazza, directeur de recherche Inserm, ont donc trouver la parade :

À partir de cette découverte scientifique, nous avons créé la société Aelis Farma et nous sommes les premiers à avoir développé un dérivé stable de la prégnénolone. C’est aujourd’hui la seule solution pharmacologique pour contrer les effets du cannabis et son addiction.

C'est cette formule qui va être en tests cliniques en 2018  aux Etats-Unis.

Avoir eu la possibilité de trouver le mécanisme naturel qui protège contre le cannabis, avoir la possibilité de trouver la solution jusqu'à l'homme, c'est l'accomplissement de toute une carrière et du travail de toute l'équipe. Si le succès continue, un déploiement sur le marché est envisageable d’ici fin 2024. Ce serait une satisfaction immense pour toute l’équipe !
 

Le Docteur Piazza dans son laboratoire ( archives ) / © Theillet Laurent MAXPPP
Le Docteur Piazza dans son laboratoire ( archives ) / © Theillet Laurent MAXPPP


Une gélule qui pourrait être prescrite par le généraliste


Le Docteur Piazza souligne : 

Prendre cette drogue, ce n'est pas une maladie. Mais quand la personne veut arrêter et qu'elle a du mal... Mieux vaut intervenir dès les premiers signes d'addiction. A-priori une gélule par jour sur une durée à déterminer.
Le cannabis diminue les capacités de mémorisation et d’apprentissage. Une consommation soutenue peut induire un symptôme démotivationnel profond qui rend la capacité de s’engager et de produire un effort très difficile. Entre 16 et 30 ans, on note 5 fois plus de chômage et 10 fois moins de chance d’avoir un diplôme universitaire chez les sujets qui en consomment tous les jours . 

Pourquoi une recherche fondamentale à Bordeaux puis la suite aux USA ? 


Le Docteur Piazza souligne le rôle et le soutien majeur de la France durant toutes ces années.

La France a supporté le projet à fond, notamment via l'Inserm.

La raison, c'est que les Américains ont une politique aggressive de financement de la recherche pour la toxicomanie. Les USA  ont apporté 3 millions d'euros. C'est leur politique de "joint venture" pour aider les sociétés comme nous, pour aider le développement de nouvelles thérapies. Au niveau européen, il n'y a pas de programme spécifique sur la toxicomanie.

Le cannabis : un enjeu de santé majeur


C'est la 1ère drogue consommée en France.  11 % des adultes de 18 à 64 ans sont des consommateurs de cannabis, soit 4,6 millions de personnes *. Une proportion encore plus inquiétante chez les jeunes : plus d’1 sur 4 déclare en avoir consommé au cours du dernier mois. D’après une enquête ESPAD de 2015, les jeunes français âgés de 16 ans consomment plus souvent que les autres européens du même âge (1ère position sur 35 pays).
La teneur moyenne en THC dans les produits augmente, celui de la résine a triplé en 10 ans.

Selon le Cannabis Abuse Screening Test développé par l’OFDT, 21% des usagers actuels présentent un risque élevé d’usage problématique ou de dépendance.


* source Observatoire français des drogues et toxicomanies

C'est quoi Neurocampus ?

Organisé en structure fédérative de recherche au sein de l’université de Bordeaux, Bordeaux Neurocampus rassemble tous les instituts de recherche en neurosciences.
● 6 instituts, 50 équipes de chercheurs, 650 scientifiques
● Un ensemble immobilier de plus de 25 000 m2 de locaux récents (Centre Broca
Nouvelle-Aquitaine inauguré en septembre, Institut Magendie, Plateforme de Génomique
Fonctionnelle notamment)
● 4 tutelles : université de Bordeaux, CNRS, Inserm, Inra
● 1 vingtaine de plateformes de recherche et de plateaux techniques dont 2 équipements
d’excellence (Optopath et Phenovirt)
● 1 laboratoire d’excellence : BRAIN
● 1 école internationale des neurosciences : Bordeaux School of Neurosciences
bordeaux-neurocampus.fr

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