"Ce n'est pas logique de mourir au travail" : marche blanche à Bordeaux après le décès d'un couvreur de 27 ans

Steven Jaubert, 27 ans, est décédé après un accident du travail survenu le 17 septembre dernier. Le couvreur a chuté alors qu'il travaillait sur un chantier à Bordeaux. Un hommage lui a été rendu ce jeudi 19 novembre. L'occasion aussi d'alerter sur le manque de sécurité des métiers du BTP. 

Les amis de Steven ont organisé ce jeudi 19 novembre une marche blanche à Villenave d'Ornon. Le jeune homme est décédé dans un accident du travail en septembre 2020 à Bordeaux.
Les amis de Steven ont organisé ce jeudi 19 novembre une marche blanche à Villenave d'Ornon. Le jeune homme est décédé dans un accident du travail en septembre 2020 à Bordeaux. © Gladys Cuadrat
Steven Jaubert, 27 ans, allait devenir père. Mais ce jeune couvreur est décédé quelques jours après avoir chuté sur un chantier à Bordeaux, le 17 septembre dernier. Il n'a pas pu faire la connaissance de sa fille, née fin octobre. 

Ce jeudi 19 novembre, sa famille et ses proches lui ont rendu hommage, lors d'une marche blanche à Villenave-d'Ornon. L'objectif était aussi d'alerter sur la dangerosité des métiers du BTP. 
 
Marche blanche pour Steven, décédé lors d'un accident du travail en septembre 2020 à Bordeaux
Marche blanche pour Steven, décédé lors d'un accident du travail en septembre 2020 à Bordeaux © Gladys Cuadrat

"Mon frère n'avait pas de harnais. Sur les lieux, il n'avait rien pour sa sécurité, à part quatre planches" regrette sa sœur Sarah Jaubert. "Il aurait eu un filet ou un harnais, en marchant sur de l'everite, il serait tombé mais aurait été rattrapé. Il ne serait pas mort".  

Ils ne l'ont pas poussé, mais ils l'ont laissé tomber, c'est ce qu'on dit depuis le début.

Sarah Jaubert, sœur de Steven

Elle lutte désormais pour que la mort de Steven ne soit pas oubliée. "C'est un hommage pour mon frère et tous les autres travailleurs du BTP", ajoute Sarah. "J'aimerais que les entreprises réévaluent leurs moyens de sécurité" espère-t-elle aussi."Il faut un électrochoc. Ce n'est pas logique de mourir au travail". 

"Je pense aux familles, qui demain vont perdre un proche. C'est une douleur atroce, il ne faut pas le vivre, ça. C'est intolérable. Il n'y a pas de mots" réagit aussi Véronique Voisin, la mère de Steven. 
 
À la fin de cette marche, le cortège s'est dirigé vers le siège de l'entreprise où travaillait Steven. Sa famille a déposé plainte contre la gérante pour "homicide involontaire". 

→ Regardez le reportage de Gladys Cuadrat et Ludovic Cagnato 
Bordeaux : un hommage à Steven Jaubert, 27 ans, couvreur victime d'un accident du travail
 
"Un maçon, un couvreur ou un ouvrier du BTP qui meure, personne n'en parle, c'est un entrefilet", estime Philippe Gaborieau, secrétaire fédéral CGT en charge  du juridique.

"Ce sont des morts anonymes, anonymisés volontairement" souligne-t-il.  Son syndicat plaide pour la création d'une stèle dédiée aux mort du travail, "pour au moins ouvrir le débat". 

"Silence, des ouvriers meurent" 

Alerter sur le nombre élevé d'accidents du travail, et leur faible médiatisation, c'est aussi l'objectif de Mathieu Lépine, qui a créé un compte twitter et une page facebook intitulés : "Accident du travail : silence des ouvriers meurent". 
 
Ce professeur d'histoire-géographie dans un collège de Montreuil, en région parisienne, recense tous les accidents du travail graves ou mortels depuis janvier 2019 sur son compte twitter.

"J'ai commencé à m'intéresser à ce sujet en 2016, lorsqu'Emmanuel Macron, (alors ministre de l'Economie ndlr), avait déclaré lors d'un discours que 'la vie d'un entrepreneur est bien souvent plus dure que celle d'un salarié'se souvient-t-il.

"J'ai d'abord créé la page facebook, puis le compte twitter, en m'inspirant du travail de David Dufresne qui recense les violences policières.

Outre le recensement, Matthieu Lépine veut lui aussi lutter contre "l'invisibilisation des victimes", en dressant, lorsqu'il le peut, le portrait des victimes sur son site internet.

Il est régulièrement contacté par les familles, qui veulent alerter sur le décès d'un proche : "ce sont le plus souvent des mères, pour que j'écrive le portrait de leurs fils sur mon site. Dans le cas de Steven, c'est sa soeur Sarah qui m'a contacté."  Son travail fait aussi office de support de sensibilisation : "des formateurs en sécurité me contactent pour me dire qu'ils utilisent le compte twitter" explique-t-il. 

D'après les derniers chiffres disponibles, il y a eu 551 décès liés au travail en 2018 selon l'Assurance Maladie, sur les 19 millions de salariés dont les entreprises cotisent au régime général.  

Les secteurs les plus touchés étaient alors les transports et le BTP, avec respectivement 126 et 107 décès. 
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