Confinement : comment éviter le décrochage scolaire en Gironde et Dordogne?

Durant cette longue période de confinement, les élèves les plus fragiles risquent de décrocher. Une fracture numérique et sociale qui se vérifie surtout dans certaines zones rurales et dans les quartiers sensibles des grandes villes. Exemples à Lormont en Gironde et à Bergerac en Dordogne.

© Ministère de l'Education Nationale
Mohamed Khelifa est franco- tunisien, il est le papa d’Emir, 10 ans et d’Iram, 9 ans. Ils vivent tous les trois confinés à Lormont dans une tour de la cité populaire girondine. La famille est dépourvue d’ordinateur. Ouvrier à la retraite, Mohammed n’a pas les moyens de s’équiper. Il a juste un téléphone portable pour se connecter sur l’espace numérique de l’école. C’est donc le système D :

Nous transmettons les messages de l’école reçus par le téléphone portable sur l’ordinateur de ma fille ainée (elle vit à Nice) et c’est elle qui me renvoie les cours par Messenger. Pas vraiment pratique ! .

Difficile dans ces conditions pour les enfants de suivre des cours à distance. 
Combien sont-ils dans ce cas-là ?  Florie Pérotin est enseignante dans une école élémentaire de Lormont située en zone d’éducation prioritaire et elle tire la sonnette d’alarme :

Que vont devenir tous ces jeunes issus de milieux défavorisés avec lesquels j’ai très peu de contact ? dans ma classe de CM2, 6 élèves n’ont pas d’outil numérique à la maison. Ils ont juste un téléphone portable pour recevoir des mails. Mais c’est tout.  Je leur envoie un maximum de ressources pour qu’ils  progressent mais en même temps je sais très bien que seuls ceux qui sont équipés et qui sont soutenus par leurs parents vont progresser ! On essaie de garder le lien en téléphonant régulièrement à ces familles mais c’est tout ce qu’on peut faire. Clairement, on n’avance pas ! Il faudrait que la municipalité prête plus d’ordinateurs et de tablettes à ces familles en difficulté  conclue-t-elle.



Pour tenter de limiter la casse, le ministère de l’Education nationale va mettre en place des cours de soutien durant la deuxième semaine des vacances de Pâques. La rectrice de l’Académie de Bordeaux, Anne Bisagni-Faure annonce des cours individuels ou par petits groupes de 3 à 5 élèves, par téléphone ou par vidéo-conférence.  

« Nous sommes en train de recenser les élèves qui ont été identifiés comme étant susceptibles de bénéficier de 6 heures de cours. Ils seront dispensés par des professeurs rémunérés ».

"Nous faisons tout pour combattre la fracture sociale", ajoute-t-elle.

Sceptique, Florie Pérotin, ne pense pas que ces stages de remise à niveau seront suffisants :

« Comment voulez-vous que les élèves que nous n’arrivons même pas à joindre au téléphone se manifestent pour bénéficier de ces stages! Il faut les aider autrement, leur prêter des tablettes, des ordinateurs ».

En lycée professionnel, qui rassemble très souvent des élèves aux difficultés scolaires et sociales,  Alain-Romain Nitkowski, secrétaire national au Snetaa-FO, premier syndicat au niveau du lycée professionnel, dresse un constat inquiétant : 

les élèves restent pour beaucoup aux abonnés absents.

On compte dans cette filière "70.000 décrocheurs sur 700.000 élèves depuis le début du confinement, c'est considérable", s'alarme-t-il.

Au lycée professionnel Jean Cappelle de Bergerac en Dordogne, les enseignants sont sans nouvelle d’une trentaine d’élèves depuis le début du confinement. Pierre Lemaur est proviseur adjoint et il affirme que toute son équipe pédagogique est mobilisée :

Depuis le début du confinement, c’est notre préoccupation principale. Nous avons deux outils : la cellule de veille et le groupe de pilotage du décrochage scolaire (assistante sociale, infirmière, conseiller principal d’éducation et quelques enseignants). Nous suivons individuellement chaque élève fragile. On a aussi mis en place un référent assistant d’éducation qui essaie de joindre par téléphone les jeunes qui d’ordinaire en classe ont déjà énormément de mal à se concentrer. 

Une initiative encouragée par la rectrice :

En liaison avec l’ensemble des lycées professionnels de l’académie de Bordeaux, nous allons vérifier que tous les groupes de prévention du décrochage sont encore actifs. Ce réseau permet de créer un lien très individualisé avec les élèves qui étaient déjà peu assidus avant le confinement.


Bref, la solidarité s’organise. Pour éviter que l’écart entre les bons et les mauvais élèves ne se creuse durant cette période si particulière. 
Selon le ministère de l’éducation nationale, 3 à 7% des jeunes seraient moins assidus dans leurs retours de travail vers leurs professeurs depuis le début du confinement. 


 
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