Coronavirus : de la crise sanitaire à la crise économique

Les entreprises girondines commencent à souffrir cruellement du confinement. Selon une étude de la CCI de Bordeaux et de la Gironde, un tiers des entreprises sondées craignent de devoir mettre définitivement la clef sous la porte.

Seuls les supérettes et quelques restaurants qui proposent la livraison restent ouverts dans la rue Sainte Catherine à Bordeaux.
Seuls les supérettes et quelques restaurants qui proposent la livraison restent ouverts dans la rue Sainte Catherine à Bordeaux. © Christophe Roux - France 3 Aquitaine
C’est une enquête anonyme. Et pour cause… Rares sont les patrons à oser reconnaître, au grand jour, leurs difficultés. C'est un sujet tabou. Comme s’il était honteux d’avouer les pertes de chiffres d’affaires, le poids des charges sociales, l’inquiétude pour les salaires, et la peur pour l’avenir…

La Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux a envoyé plus de 22 000 questionnaires aux entrepreneurs de Gironde. Ils sont 2 206 à avoir répondu, sous couvert de l’anonymat. Et dans leur très grande majorité, ils rencontrent de graves problèmes de trésorerie. 

Des entreprises menacées de fermeture

Sans surprise, 86 % des entreprises connaissent une baisse de chiffre d’affaires.

Plus inquiétant, selon cette étude, un tiers des entrepreneurs interrogés craignent une fermeture définitive de leur entreprise dans moins d’un mois.

Les entreprises les plus menacées, sont celles qui sont trop jeunes pour avoir eu le temps de se constituer une trésorerie, et celles qui connaissaient déjà quelques difficultés. 
Laurent Putz, chargé des études et des relations avec les territoires à la CCI de Bordeaux et de la Gironde.
 

Impact de l'épidémie de Coronavirus sur les entreprises girondines
Impact de l'épidémie de Coronavirus sur les entreprises girondines © CCI Bordeaux Gironde


Les restaurants fermés depuis le samedi 14 mars au soir, ont pour la plupart, stoppé toute activité. Aucun couvert servi. Aucune rentrée d’argent.

C’est dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration, plus généralement les entreprises liées au tourisme, que la situation économique semble la plus alarmante.- Laurent Putz 


Les sociétés de services, les commerces, et les entreprises du BTP ne sont pas épargnés non plus. L’enquête de la CCI révèle que 69 % des entreprises contactées accusent une perte de chiffre d’affaires supérieure à 50%. 

Une photographie réaliste

Cette étude, n’a pas valeur de sondage, puisqu’aucun panel représentatif n’a été constitué, et que les conclusions s’appuient uniquement sur les entreprises qui ont bien voulu répondre. Laurent Putz souligne :

La masse des réponses, plus de 2 200, donne malgré tout une photographie assez réaliste des conséquences économiques de cette épidémie.


Pour soutenir les entreprises girondines dans cette épreuve, la CCI de Bordeaux a mis une adresse mail à leur disposition. Plus de 1 200 messages ont déjà été reçus.
Une cellule de crise est active, et depuis ce matin, 30 conseillers rappellent les entrepreneurs, un à un, pour répondre à leurs questions, les informer sur les mesures gouvernementales, les aider à constituer des dossiers, les rassurer…

Un groupe de soutien a également vu le jour sur Facebook. En seulement trois jours, 900 chefs d’entreprises girondins ont déjà rejoint cette plateforme.
Preuve que l’inquiétude augmente et que la situation économique s’aggrave probablement.

L’étude la CCI de Bordeaux a été publiée le mercredi 25 mars dernier. Elle est donc le reflet de la situation économique après huit jours de confinement. 

Mais depuis la situation économique des entreprises a pu se dégrader.
Laurent Putz 

Le poids des charges et des loyers


Pour les entreprises de moins de 100 salariés, la priorité est d’assurer le versement des salaires. Près de la moitié des chefs d’entreprises qui ont participé à l’enquête ont déjà sollicité une aide au financement des salaires, via le chômage partiel. 
Sept patrons sur dix ont aussi demandé un report des charges sociales et fiscales.
Mais l’un des principaux obstacles restera probablement le poids des loyers, et les négociations avec les propriétaires s’annoncent compliquées. 

Certaines sociétés foncières ont accordé des reports ou des annulations de loyer explique Laurent Putz , mais tout le monde n’aura pas cette chance : 

C’est possible pour les très gros bailleurs, mais ce sera plus difficile pour les plus petits.

Les revenus locatifs constituent, en effet, la seule ressource financière pour bon nombre de bailleurs privés et il leur sera difficile d’exonérer les entreprises d’un ou plusieurs mois de loyers.

Le prolongement du confinement, comme l’a annoncé le Premier Ministre, Edouard Philippe, au moins jusqu’au 15 avril, va couper les commerces de leurs clients. D’importantes pertes de chiffre d’affaires sont encore à craindre et des entreprises déjà fragilisées pourraient ne jamais s’en relever.
 
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