Grève du 20 janvier dans les écoles : moins d'enseignants mobilisés mais ils préparent la suite

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Le jeudi 13 janvier, une mobilisation historique des salariés de l’Education Nationale se tenait à Bordeaux, comme dans toute la France. Les syndicats appellent à ne pas relâcher la pression sur le Ministère de l’éducation nationale, et à massivement manifester le 27 janvier.

On attend une réponse très vite 

Les attentes des fédérations syndicales et des parents étaient fortes en cette première journée de mobilisation, et les annonces faites le soir même par le gouvernement ne les ont pas comblées « elles ne sont pas à la hauteur des enjeux et on ne voit pas leurs effets » insiste Samantha Fitte, déléguée SnuiPP de Gironde. 

« On ne voit pas les remplaçants et le protocole sanitaire est le même, et même pire, depuis le 12 janvier les tests salivaires sont stoppés dans les écoles, alors qu’on portait le fait qu’ils soient développés. » reprend Catherine Dudès co-secrétaire de La FSU de Gironde, tandis que "Cette campagne de type hebdomadaire pourrait prévenir des contaminations et soulager les familles. La DASEN a été interpellée là dessus, on attend une réponse très vite . »

Des mesures insuffisantes et inexistantes pour l’instant, les syndicats reprochent au ministère des effets de manche. Ils reprennent l’exemple des masques FFP2, censés arriver dans les établissements dès ce lundi et dont ils n’ont pas vu la couleur, tout comme les remplaçants toujours absents aux tableaux de service. 

Dans les établissements, la riposte se prépare à l’unisson

En ce jeudi 20 janvier, les syndicats ont appelé cette fois-ci à la mobilisation, dans le dialogue, de tous les établissements mais également des parents d’élèves afin de mieux définir les besoins à mettre en avant. Initialement prévue, de longue date, comme étant une journée interprofessionnelle de revendication sur les salaires dans l’éducation nationale, les lignes ont quelque peu bougé et les motifs de grogne se sont multipliés, et pour cela il faut s’y préparer. 

La mobilisation n’est pas tombée, la colère est toujours là. Il est intéressant que les collègues se retrouvent dans les écoles pour discuter des conséquences de la mobilisation du 13

Samantha Fitte, SNUIpp

 Pour Catherine Dudès « C’est assurer une transition entre cette journée de mobilisation inédite du 13 et celle du 27 afin d’élargir nos revendications au delà des revendications sanitaires et salariales». « Nous syndicalistes on a repris les discussion avec la FCPE, et dans les collèges et lycées, les collègues sont dans des contacts directs ».

Car cette journée de dialogue devrait permettre d’assurer cette concorde entre les représentants des enseignants et les parents d’élèves excédés, à l'image de leur présidente, Stéphanie Anfray « La FCPE soutient ce mouvement, ce qui est rare. Là c’est vrai qu’on est face à une vraie demande. Depuis deux ans on réclame des moyens à la mesure de la crise sanitaire concernant bien sûr la sécurité face à la pandémie mais aussi l’absence enseignante » et ce sans réponse.

Un contexte favorable 

C’est en ce moment que les établissements scolaires reçoivent leurs attributions prévisionnelles pour la rentrée prochaine. Des prévisions qui devraient être discutées en comité technique départemental au début du mois de février. « Les promesses sont très insuffisantes et on a pas l’air de s’acheminer vers plus de création que de suppressions. Tandis que la hausse démographique est constante en Gironde il n’y a pas de dotation de postes depuis des décennies. » Alors autant battre le fer tant qu’il est encore chaud. Les premières annonces du 13 janvier au soir, laissent espérer qu’une vraie mobilisation puisse permettre de tenir bon contre des suppressions de classes ou de postes .

« La journée de demain est aussi pour faire remonter toutes ces informations comme le nombre d’élèves par classe et la création et suppression de postes. Nous attendons des heures de poste et plus des heures supplémentaires comme l’année dernière où celles-ci s’étaient multipliées. Mais tout cela passe par l’embauche » 

Un plan d’urgence pour l’école

Car à l’issue de cette crise sanitaire, si tant est que cela en soit en soit l’issue, les intérêts de tous convergent vers l’idée de revoir complètement la copie du ministère de l’éducation, comme l’indique la présidente de la fédération des parents d’élèves, qui se reconnait dans les revendications portées par les enseignants « la suite logique de notre action sera le 27… c’est un mouvement beaucoup plus large que les revendications salariales ». Elle insiste sur les conditions de tous dans les établissements scolaires « si on souhaite que nos enfants puissent aller à l’école dans des conditions sereines, ça implique que les personnels de l’éducation le puissent aussi » avant de reprendre « plus d’enseignants c’est aussi moins d’élèves dans une classe, et ça suppose qu’ils soient moins collés les uns aux autres ». Un argument sanitaire qui pourrait faire mouche. 

« Ce qu’on veut c’est un plan d’urgence pour l’école, des moyens avec de vrais remplaçants, des postes supplémentaires, des profs titulaires, une mise à plat du BAC et de Parcoursup’ et bien sûr une varie revalorisation de tous les salaires. Car on passe tous par le gel du point d’indice. Nous aussi on veut le quoi qu’il en coûte dans nos fonctions ». « Il y a un réchauffement climatique mais pas de dégel de notre point d’indice »

De la même façon tous se refusent à accepter l’embauche de personnels trop peu formés, comme l’exprime catherine Dudès: « quand on voit l’annonce faite par l’inspecteur d’académie des Pyrénées- Atlantiques qui dit qu’il prend même des bac +2, à un moment être prof ça ne s’improvise pas » « on a encore des collègues qui rentrent dans le métier sans année de stage, et la crise des remplacements existait avant. Après, une fois et demie le smic pour débuter, c’est normal que les jeunes ne soient pas intéressés.» 

Samantha Fitte ajoute que malgré les promesses, faites la semaine dernière par Jean-Michel Blanquer, d’embauche de remplaçants en urgence, sans connaissance d’embauche dans le département le SNUIpp a « juste reçu une réponse du rectorat, indiquant que mardi ils avaient commencé les appels sur les listes complémentaires ». 

Quoiqu’il en soit le constat global de tous est que « la crise sanitaire révèle un manque de moyens et de postes dans les établissements. C’est quand même un quinquennat marqué par les suppressions de postes. »

Jean Michel Blanquer « Un ministre pas à la hauteur » 

Sur la page du Snuipp-FSU de Gironde "l’Ibiza Gate" a laissé des traces. Le syndicat propose un #protocoleibiza « c’est une réponse à la provocation »sourie jaune catherine Dudès, « une façon de dénoncer que le ministre mette en place un énième protocole à la veille de la rentrée scolaire,  sans que les professionnels et les parents ne soient consultés et sans avoir suffisamment de temps pour se préparer. » s’agace t’elle.

« Blanquer a perdu tout crédit devant la profession. On se pose la question de sa légitimité à ce poste là alors qu’il a laissé la situation se dégrader avec plus d’une centaine de classes fermées et des élèves qui ne vont pas très bien à l’école » Insiste Samatha Fitte, avant de reprendre « La colère vient de sa mise en oeuvre de sa politique depuis le départ qui laisse les écoles sur le chemin et se débrouiller. Laisser les écoles ouvertes mais dans quelles conditions. » 

Même ton désabusé au FSU « il annonce l’ouverture de discussions il y a 8 jours et depuis rien, vous allez me dire il, est très occupé à se justifier sur Ibiza ». « Dans une situation particulièrement tendue, c’est une situation qui illustre bien le ministre qu’on a en face de nous. Il n’est pas à la hauteur de sa fonction, il a qu’à faire coach en bien être mais pas ministre de l’éducation »

« Etre dans la discussion avec lui, ça fait des années qu’on essaye mais qu’on arrivait pas, ça fait des années que les portes sont fermées. C’est le premier ministre qui les a réouverte la semaine dernière. »

Catherine Dudès , FSU

De son côté la représentante des parents d’élèves laisse échapper un soupir avant de conclure «il aura fallu un mouvement dit historique pour que le dialogue se fasse. L’école Blanquer c’est pas notre vision de l’école ».