EN IMAGES. L'impressionnant chantier des navires de guerre français, démantelés pour être recyclés

Le Grand port maritime de Bordeaux va démanteler huit vieux navires militaires français. Parmi eux, le Meuse a déjà entamé sa transformation. Un chantier titanesque "à plusieurs millions d'euros", qui va durer trois ans.

Les chalumeaux se sont allumés il y a un mois, le 5 mars dernier. Dans l’immense cale sèche de Bassens, longue de 250 m, La Meuse, un ancien pétrolier-ravitailleur, se fait lentement grignoter. De 1980 à 2015, ce navire “station-service” a escorté le Charles de Gaulle, le Foch, le Clemenceau ou encore le Jeanne d'Arc. À son bord, 3 000 tonnes de carburants d’avion, 500 tonnes de gasoil pour navire, 250 tonnes de nourriture et autant de munitions. “Il avait aussi une capacité hospitalière et pouvait embarquer un état major”, ajoute Grégory Lerenard, directeur adjoint du service de soutien de la Flotte de Brest-Marine nationale.

Ce navire militaire est le premier d’une série de huit bateaux, tous utilisés par la Marine nationale, qui va occuper le Grand port maritime de Bordeaux, pendant trois ans. “C’est la première fois qu’on a autant de navire sur une période aussi longue, c’est assez exceptionnel”, se réjouit Jean-Frédéric Laurent, président du Grand port maritime de Bordeaux.

30 000 tonnes d'acier

Pour chaque bateau, le processus est spécifique. “On l’a d’abord désamianté à l’extérieur du port puis on l’a fait rentrer pour entamer son démantèlement”, explique le directeur de Cardem.

Lors de cette première phase, les ouvrages se concentrent sur les ponts supérieurs du navire. “On découpe, petit à petit, à l’aide de chalumeaux et de grues de levage. Nous démantelons ensuite la partie inférieure, directement avec des pelles mécaniques équipées de cisailles”, liste Nicolas Masson, le directeur de Cardem, leader européen de la déconstruction.

À ses côtés se trouve l'ancien Suffren et son large radôme (sorte de boule abritant le radar). Au moment de leur démobilisation, ces anciens navires avaient déjà été dépouillés de leur motorisation, de leurs canons et de nombreux équipements. 

Avant ces huit BCF (bâtiments de commandement et de ravitaillement), les porte-avions Jeanne d’Arc et Colbert sont passés par la cale sèche du port de Bordeaux. “Plus récemment, nous avons accueilli le démantèlement de 18 bateaux de pêche”, souligne Jean-Frédéric Laurent, président du Grand Port de Bordeaux. 

Portière de voiture

D'ici à quelques mois, seuls quelques débris métalliques symboliseront les derniers instants du navire de guerre. La quasi-totalité des 30 000 tonnes d’acier et de ferrailles vont être recyclées par Sirmet, un spécialiste de recyclage. “Elles pourront devenir des éléments de construction, des portières de voiture, des équipements ménagers”, énumère Nicolas Masson.

Si ça se trouve, dans quelques années, quand je pousserai mon caddie au supermarché, ce sera un bout du Meuse.

Grégory Lerenard

Directeur adjoint du service de soutien de la Flotte de Brest- Marine nationale


À 98 % recyclé, la Meuse subira d’abord des actions de désamiantage, très présente sur ces navires. "Il y a de l'amiante, des PCB, des fibres céramiques réfractaires, du plomb... Il faut en tenir compte", souligne Nathalie Le Rest, responsable des opérations de déconstruction au sein du service de soutien de la flotte.

Chantier à plusieurs millions

Sélectionné par Cardem, lui-même choisi par la Marine nationale, le port de Bordeaux remporte un chantier inédit par son ampleur, aux critères très précis. “On a cherché un endroit ICPE qui nous proposait les prestations que l’on cherchait tout en rentrant dans l’étude de prix que nous avions soumis à la Marine nationale”, détaille le directeur de Cardem.

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Le Grand port maritime de Bordeaux va démanteler huit vieux navires militaires français. Parmi eux, le Meuse a déjà entamé sa transformation. Un chantier titanesque "à plusieurs millions d'euros", qui va durer trois ans. ©France télévisions

Un contrat de "plusieurs millions d'euros" conclu par la Marine nationale avec un groupement d'entreprises, le plus grand marché de ce type en France depuis une décennie.

Pour accueillir ces chantiers d’envergure, le port de Bordeaux a, lui aussi, investi plusieurs millions d’euros. “Nous avons des bateaux-portes pour réaliser l’étanchéité de la forme de radoub. On a aussi fait beaucoup de chemin en termes d’organisation, de qualité et de prestation. On a équipé la forme de radoub, d’une grue pour faire du levage, et on a qualifié les sites autour pour stocker les matériaux, procéder au tri et au recyclage”, rappelle le directeur du port de Bordeaux.

Le chantier naval a également renouvelé son agrément d’installation classée au titre de la protection de l’environnement. Il est l’un des 18 sites mondiaux agréés par l’Union européenne.

Avant 2005, les bateaux militaires étaient océanisés, c'est-à-dire coulés au large, parfois après avoir servi de cibles d'exercice. Depuis, cette pratique est interdite et les navires sont déconstruits en France ou à l'étranger après le lancement d'appels d'offres.

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