Ferme de Baugé : évasion rurale à moins de 10 kms du centre de Bordeaux

En plein confinement, les citadins peuvent découvrir une ferme à vocation sociale qui mêle espaces verts et animaux au sein même de l’agglomération bordelaise

Loléa, 9 ans, la fille du couple d'exploitants, joue aux guides touristiques, en attendant de travailler dans cette ferme "quand elle sera plus grande"
Loléa, 9 ans, la fille du couple d'exploitants, joue aux guides touristiques, en attendant de travailler dans cette ferme "quand elle sera plus grande" © Stéphanie Letournel

Prendre le bus 5 au départ du Palais de justice de Bordeaux, patienter pendant trente minutes, descendre à l’arrêt Camparian à Villenave d’Ornon et ajouter un peu moins d’un kilomètre de marche le long du petit Lac de Versein pour arriver à la Ferme de Baugé. Ou encore filer du centre-ville, vingt minutes en voiture. En plein confinement, à l’heure où les centres de loisirs, zoos et autres musées gardent portes closes, il reste possible de s’évader, à deux pas du centre-ville.

 « Oh qu’elle est belle celle-là ! » lance Nadia à sa fille Inès, deux ans et demi, venues de Talence. « C’est la première fois qu’elle voit des chèvres » sourit la maman. Attirée par les caprins, Inès n’hésite pas à approcher de près « j’ai envie de les caresser » s’amuse la fillette.

Inès, deux ans et demi, découvre les chèvres pour la première fois, accompagnée de sa mère Nadia, et sa grand-mère Anne
Inès, deux ans et demi, découvre les chèvres pour la première fois, accompagnée de sa mère Nadia, et sa grand-mère Anne © Stéphanie Letournel

« Les gens ont besoin de s’oxygéner et voir les animaux » confie Emmanuel Laborde, qui en plus de son travail de fonctionnaire est éleveur aux côtés de sa femme Myriam Daviault Laborde, responsable de l’exploitation depuis un an.

Les enfants ont besoin de diversité

Emmanuel Laborde, conjoint collaborateur à la ferme de Baugé

À la ferme, cohabitent une quarantaine de poules, trois coqs, une vingtaine de brebis noires de Velay, deux boucs, un cheval, trois ânes, quatre chiens de bergers australiens et surtout… les fameuses soixante-dix-huit chèvres. Si les chèvres de Monsieur et Madame Laborde remportent un franc succès auprès des enfants, c’est selon cet ancien animateur diplômé du Bafa, grâce à leur variété. « Les enfants ont besoin de diversité, si on n’en avait que des blanches ils se lasseraient » affirme Emmanuel, « et certaines sont plus câlines que d’autres ». Trois espèces se mélangent à la ferme : les Saanens (les blanches) et les alpines chamoises (les marrons) qui sont les « bonnes laitières », les poitevines (les noires), réputées pour leurs qualités fromagères, complètent la famille.

« Tu vas doucement et tu ne mets pas ta tête trop près de la sienne » prévient Sylvain. Le père de famille a retrouvé ses voisins Béatrice et Philippe pour une sortie avec les enfants. « Pendant ces vacances, on fait la tournée des copains et des parcs ! » déclare-t-il.

Gilles, petit-fils sur le dos, et sa femme Christiane, arrivent du centre de Gradignan, à quarante-cinq minutes de marche « C’est apaisant, déstressant, ce calme avec la verdure et les animaux » confie Gilles. « Les petits pour les animaux et les grands pour les fromages ! » s’amuse la jeune grand-mère.

Lise 6 ans, Baptiste 9 ans et son frère Benjamin 6 ans, découvrent les chevreaux nés ces dernières semaines
Lise 6 ans, Baptiste 9 ans et son frère Benjamin 6 ans, découvrent les chevreaux nés ces dernières semaines © Stéphanie Letournel

« Les gens jouent le jeu, ils savent qu’on vit de la vente »

Si certains visiteurs ne viennent que pour humer l’air de la campagne et caresser la tête des ânes, la plupart repartent avec un kilo de faisselle, quelques yaourts ou un crottin aux fines herbes. « Les gens jouent le jeu, ils savent qu’on vit de la vente » affirme Myriam, la responsable de l’exploitation.

Lucette, la maman de Myriam, est aide familiale. Elle tient la boutique, fière des produits fermiers de sa fille : « vous verrez, ces œufs-là donnent une pâte à crêpe toute jaune, et puis les gâteaux sont meilleurs ! ». Victimes de leur succès, Lucette se voit contrainte d’en rationner la vente : « On est obligés de limiter l’achat des œufs à six par personne, sinon il n’y en a pas assez pour tout le monde ! »

D’après Emmanuel, conjoint collaborateur, les confinements ont contribué à l’affluence. « Les gens ont compensé leur mal-être par la cuisine, la bonne nourriture. Ils ont eu envie de revenir sur du local ».

Peu avant midi, les stocks viennent à manquer, "il faut que je remplisse, il n'y a plus rien !" s'amuse Lucette, aide familiale
Peu avant midi, les stocks viennent à manquer, "il faut que je remplisse, il n'y a plus rien !" s'amuse Lucette, aide familiale © Stéphanie Letournel

Une exploitation à vocation sociale

La ferme de Baugé a été imaginée par la mairie et inaugurée en 2014. Depuis un an, Myriam et Emmanuel sont les nouveaux locataires de l’exploitation qui se compose d’une chèvrerie, d’une bergerie, d’un petit poulailler, d’un hangar de stockage des aliments, d’une salle de traite et d’un espace dédié à l’affinage. Aujourd’hui encore, la volonté de la mairie est de  « favoriser la commercialisation en circuits courts, mais également de constituer un support pédagogique pour les petits Villenavais », informe Annaïck André, cheffe de projet Développement territorial et directrice adjointe du pôle Proximité, attractivité et ville durable à la mairie de Villenave d’Ornon.

 « Les gens nous aident à rentrer les chèvres parfois » s’enthousiasme Myriam. Avant la crise sanitaire, les visiteurs pouvaient assister à la traite en fin de journée. « L’endroit est exigu, on ne peut plus se permettre d’accueillir du public. Et puis même si la traite est semi-automatique, chaque chèvre est différente et exige beaucoup d’attention » confie Emmanuel. En ce moment, au pic de l’activité, 240 litres sont tirés chaque jour.

Les enfants ont pu assister à des naissances

Emmanuel Laborde

Si la vente de fromages s’arrête pendant la période de gestation de décembre à février, l’exploitation de 15,5 hectares reste accessible au public deux fois par semaine. La boutique est ouverte pour garder le lien et vendre les produits des partenaires locaux (vin, foie gras, miel...). Et puis « les visiteurs peuvent nous voir travailler, constater qu’on maîtrise l’alimentation et ils peuvent suivre l’évolution des gestations. Certains ont même assisté à des naissances au mois de mars » s’enthousiasme Emmanuel. Les enfants s’émerveillaient « Oh il y en a une qui est en train de sortir ! » se souvient-il.

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Médiation animale en développement

Myriam et Emmanuel attendent le label de « ferme pédagogique » qui selon la circulaire interministérielle du 5 avril 2001 est « un lieu privilégié pour l'éducation à l'environnement. [La ferme pédagogique] permet des approches variées : sensible, sensorielle, scientifique, créative, ludique et permet d'ancrer l'enseignement dans le réel et le concret. »

Dans l’humain un jour, dans l’humain toujours !

Myriam Daviault Laborde, responsable de l'exploitation

Myriam était aide-soignante dans sa vie d’avant. Elle s’est formée à la médiation par l’animal en établissement de soin, en psychiatrie. « Dans l’humain un jour, dans l’humain toujours ! » s’amuse-t-elle. Il y a un mois et demi, la jeune quarantenaire a signé un partenariat avec l’Institut Médico-Educatif voisin Don Bosco à Gradignan. En attendant d’agrandir la structure d’accueil à l’automne, Myriam a commencé à recevoir des jeunes de l’institut et organiser avec eux des activités d’éveil, éducatives ou thérapeutiques, tel que le pansage des ânes. « L’animal est vrai, ne vous juge pas, ne calcule pas. On a beaucoup à apprendre de son comportement ».

Ferme privée

La ferme n'est pas un parc municipal. Les exploitants sont locataires et résident sur place. Même s'ils accueillent le public à bras ouverts, le site est soumis à des horaires d'ouverture :

mercredi, vendredi et samedi 10h-12h30 et 15h-18h

dimanche 10h-12h30

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