Homosexualité. Pour l'accepter, il faut déjà en parler : la mission de l'association Contact à Bordeaux

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Écrit par Clémence Rouher

A Bordeaux, depuis 2000, une association tend la main aux parents afin de dialoguer autour de la sexualité non hétéro-normée de leur enfants. Quarante ans après la loi dépénalisant l'homosexualité, que reste-t-il des préjugés?

Voilà 3 ans que Georgiane milite activement au sein de l’association Contact Aquitaine, depuis qu’elle est à la retraite. " C’était mon plus cher désir de m’impliquer dans une structure comme Contact. Parce que mon fils est homosexuel et que j’ai passé ma vie à le défendre, à parler de la différence et à la faire accepter." Car voici le mantra de l’association : Parler, communiquer, pour faire accepter la Différence. 

L’expérience de l’enfance malmenée 

Cette mère aimante nous raconte l’enfance de son fils aujourd’hui âgé de 37 ans, et à travers elle, sa maternité chamboulée: " Déjà tout petit, j’ai compris que mon fils était différent » ce qu’elle accepte car tous les enfants sont différents, mais elle poursuit « j’ai compris que ce qui était normal pour moi ne l’était pas pour les autres ".
Cet état de fait lui laisse une cicatrice indélébile. Elle entend alors les " toi et ton Pédé de fils " quand il a 8 ans, puis guérit les maux de son adolescents victimes de bousculades, de méchancetés, d’insultes et de brimades au collège. " Quelqu’un lui tape dessus parce qu’il n’aime pas son côté efféminé " se souvient elle. 

Elle ne parle pas ouvertement de sexualité avec son enfant, " c’est peut-être un de mes regrets mais je ne voulais pas m’immiscer dans ses affaires personnelles, j’ai juste tendu quelques perches ", car explique-t-elle, aujourd’hui c’était à lui d’en parler quand il en a éprouvé le besoin. 

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Tu n'aurais pas quelque chose à me dire?" par Georgiane ©Olivier Uguen pour Contact

Mais à côté de cela, à chaque incident rapporté par son enfant, elle va rencontrer le personnel encadrant des établissements dans lesquels il effectue sa scolarité.

« Je n’expliquais pas Sa différence, mais je leur disais qu’il était inacceptable qu’il soit bousculé, insulté au nom de celle-ci»

Georgiane

Si elle n’aborde pas la question de la sexualité de son fils, ce n’est pas par pudeur, mais pour relativiser et continuer à utiliser ce terme de « différence » qui peut aller de la couleur des cheveux au handicap physique en passant par des choses les plus anodines. 

Etablir et rétablir le contact 

L’association Contact est créée à Paris, dans les années 90, par des parents d’enfants homosexuels. « A l’époque, il y avait des associations pour les LGBT mais par pour les proches, pour qu’ils puissent discuter et évoquer leurs questionnement et leurs doutes » nous raconte Stéphane Martel, responsable de la communication de l’association.
" Il faut se replacer dans le contexte des années 90, certains parents étaient perdus ". 


Ainsi les groupes de paroles fleurissent un peu partout en France et l’antenne de Bordeaux émerge en 2000, avec pour coeur d’activité, les groupes de paroles bien sûr, mais aussi les entretiens individuels et enfin la ligne d’écoute nationale.
Georgiane nous raconte qu’elle a rencontré une mère affolée qui venait d’apprendre l’homosexualité de son fils et qui ne savait pas comment le prendre, à l’issue de leur conversation la mère lui a alors déclaré.

« Je vous remercie, je vais aller rencontrer mon fils à Paris et je sais ce que je vais lui dire

Mère ayant sollicité l'aide de Contact

En marge s’organise un travail de sensibilisation auprès des établissements scolaires, qui représente aujourd’hui même le plus gros du travail de l’association.
" Chaque année, on rencontre entre 1500 et 2000 élèves de collèges et de lycées " explique Stéphane, dans le cadre de mission de services publiques réglementées et autorisées par le biais d’agrément des ministères de l’éducation et de la jeunesse et des sports.

De ce fait, Contact est un partenaire éducatif de l’Education Nationale, mais il ne faut pas se leurrer " très clairement -poursuit Stéphane - une délégation aux associations ça coûte moins cher aux services publics, et après on est mieux outillés ". Certes, mais il reste toujours difficile d’aller partout, avec sa petite quinzaine de bénévoles actifs, l’antenne bordelaise a du mal à aller dans tous les établissements pour sa mission : la sensibilisation des jeunes à la différence afin de vaincre l’homophobie.

L’action principale de Georgiane dans l’association est d’intervenir en milieu scolaire. Souvent, elle reprend le fil de son enfance en Auvergne jusqu’à ses 20 ans. " On avait un couple d’homosexuels dans notre petit village, qui vivait ensemble, et ça a toujours été accepté, ça n’a jamais posé de problèmes, comme quoi! " 

Et bien sûr, elle raconte son expérience de mère, mais aussi celle de son fils, toujours en veillant à remettre le curseur sur la tolérance et à ne rien laisser passer.
Parmi les choses à prôner, la lutte contre le sexisme. « Quand il n’y aura plus de sexisme, il n’y aura plus d’homophobie » énonce-t-elle comme une maxime personnelle, mais qui est aussi le mot d’ordre de l’association. 

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"Paroles de lycéens" ©Olivier Uguen pour Contact

Et c’est ainsi que Mathieu Antigny, autre pilier des interventions en milieu scolaire organise ses actions construites selon un schéma constant. " On commence toujours en parlant de discrimination au sens large et en cherchant à savoir ce qu’ils ont vécu à leur niveau,  physique comme les vêtements, apparence corporelle ou handicap. On en a à peu près une dizaine à leur proposer. Ensuite il y a une grosse partie sur le sexisme et la place de la femme, car tout est lié. Ce qui nous permet de parler de sexualité à travers l’orientation amoureuse au Collège, et sexuelle au Lycée. Puis on attaque enfin les luttes contre les différences ".
Pour cet homme à la trentaine flamboyante et à l’homosexualité affirmée, l’échange qui en résulte systématiquement, bien que parfois plus difficile à venir, est toujours une victoire et la réponse même à son engagement auprès des jeunes.

J’aurais aimé, moi-même ado, avoir ce genre d’interventions, pouvoir rencontrer quelqu’un qui s’assume et qui va bien. Bien dans ses baskets et bien inséré socialement. Il y a 20-25 ans c’était très difficile de se projeter, hormis dans le monde du show business. Ça a commencé à être possible après les années 2000 et les coming out.

Mathieu Antigny

 Mais, insiste-t-il, " Après, moi, j’ai eu de la chance d’être dans une famille très bienveillante », comme si ce besoin de donner trouvait son origine dans ce qu’il avait reçu et pas d’autres.

Et ses gratifications sont légions dans ce que lui rendent ces jeunes. Un souvenir le marque particulièrement lors d’une visite de sensibilisation où il évoque le Spirit Day une action née au Canada après le suicide d’une jeune transexuelle. Elle consiste à porter du violet pour marquer son attachement à la cause homosexuelle et à la transidentité.
Popularisée et développée par l’association, elle est désormais organisée dans 37 établissements scolaires de Gironde. 

Cette visite a lieu dans un lycée technique bordelais, de ce fait à majorité masculine.  " Il y avait un tout petit gars à côté de moi et on faisait la promotion du Spirit Day, il était en formation assistance poids lourd et il nous a répondu avec un ton hyper assuré « on peut pas le faire tous les jours ». Mathieu le sait, cette sensibilisation lui avait permis de s’assumer au milieu de ses camarades, cela a créé le moment.
Il reprend : "Il se sentait: concerné et il l’a dit de manière à ce que ça s’entende. Il ne l’aurait pas dit dans un autre contexte."
Ce qui l’a mené à choisir Contact, c’est aussi la diversité des actions menées en amont, et le fait d’aider des parents à intervenir.

« C’est un autre côté du militantisme sans être trop communautaire ».

Mathieu Antigny

Georgiane modère toutefois son enthousiasme avec des propos cinglants concernant un fait qu’elle découvre en milieu scolaire. "Je pense que la religion est infecte" assène-t-elle, se remémorant une phrase qui résonne encore pour elle concernant l’homosexualité. " C’est pas que je ne l’accepterai pas personnellement, mais c’est formellement interdit »".

Tous dans l’association ont vécu des histoires similaires. C’est pourquoi ils espèrent vivement intervenir plus tôt que le collège, avant que le mal ne soit fait. Pour la mère téméraire, " pour ceux qui ne veulent rien entendre, comme au Lycée, c’est déjà trop tard ". 

Quelles avancées ces dernières années 

"Depuis deux à trois ans, les questions évoluent et les deux tiers des parents qui appellent ont des questionnement liés au genre " nous indique Stéphane, qui préfère le terme de questionnement à celui de préoccupations ou d’angoisse, impropres au dialogue selon lui.
Bien qu’il reconnaisse simplement « pour les parents se posent la question de comment j’accompagne, dans une version optimiste, mais bien souvent la question est comment je réponds à mes peurs, qui est la version plus réaliste ». 

Un constat qui a fait émerger de nouveaux groupes de dialogues, dédiés à la transidentité et au genre avec une quinzaine de parents fidèles. Un fait qui pourrait laisser imaginer que l’homosexualité s’est davantage banalisée. 

Quand on demande à Mathieu ce qu’il pense de ces quarantaine dernières années, à l’aune de ce qu’il constate actuellement au sein de l’association, il nous répond « On a mis quarante ans à se rendre compte qu’on était des gens normaux et on vient d’autoriser les gens homosexuels à donner leur sang. C’est un pas de plus mais il y a encore du boulot".