"On a dû appliquer un barème plus restrictif" : les Restos du cœur ont commencé à refuser des familles

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La 39ᵉ campagne d’hiver des Restos du cœur débute ce mardi 21 novembre. Cette année, l’augmentation des bénéficiaires et la baisse des dons ont contraint l’association à restreindre l’accès à l’aide alimentaire.

Dans les locaux des Restos du Cœur de Mérignac, la campagne d’hiver a déjà commencé. Une quarantaine de bénévoles s’affairent entre les dernières inscriptions à enregistrer et la distribution qui débute. Pourtant, cet hiver, les bénéficiaires seront moins nombreux. “Nous avons été contraints, au niveau national, de restreindre l’accès à l’aide alimentaire, à cause de l’inflation et de la baisse des dons”, explique Pierre Chapuy, co-responsable des Restos du Cœur de Mérignac.

Reste à vivre

Pour accéder aux distributions alimentaires, les bénéficiaires doivent généralement gagner moins de 667 euros par mois. “Mais nous ne sommes pas stricts non plus”, avancent les Restos du Cœur. Le barème imposé se base, lui, sur le “reste à vivre”, ce qu’il reste sur le compte, après avoir payé le loyer, les charges incompressibles, la cantine, la pension alimentaire ou les remboursements des crédits en cours.

Le barème est 40% plus élevé en hiver d’ordinaire.

service communication des Restos du Cœur

Aucun montant n’est pour autant communiqué. “Nous ne voulons pas fermer les portes à ceux qui ne rentreraient pas dans les critères de l’aide alimentaire, mais qui pourrait bénéficier des autres accompagnements proposés par les Restos du Cœur”, explique l’association.

Une cinquantaine de familles refusées à Mérignac

L’année dernière, face à l’inflation énergétique, l’association fondée par Coluche avait intégré les dépenses d’électricité et de gaz dans les critères pour accéder aux distributions. Le nombre de bénéficiaires avait alors bondi. “Cette année, c’est l’inflation générale qui fait augmenter les demandes”, explique Pierre Chapuy.

En 2022, 1,3 million de personnes ont “frappé à la porte des Restos du Cœur”, soit 200 000 personnes de plus que l’année précédente. À Mérignac, une cinquantaine de familles, venues se réinscrire, ont déjà été refusées.

Face à cette augmentation exponentielle, l’effet ciseau avec la baisse des dons est flagrant. “Tout au long de l’année, l’association a pourtant multiplié les alertes auprès des pouvoirs publics, au niveau national et au niveau européen, souvent avec ses partenaires : elles n’ont été ni suffisamment entendues, ni suffisamment prises au sérieux”, regrette l’association dans un communiqué.

Dons, partenariat avec les grandes surfaces, l’association multiplie néanmoins les sources, qui, elles aussi, se tarissent. “Les supermarchés proposent désormais leur produit jusqu’à la date limite. Sauf que nous avons interdiction de proposer des produits périmés, donc forcément le temps qu’ils arrivent chez nous, ils ne sont plus consommables”, illustre Pierre Chapuy.

Moins dans les paniers

À Mérignac, comme ailleurs, il a alors fallu, à contrecœur, limiter les distributions. En moyenne, les paniers fournis ont diminué d’un tiers. “Le lait, par exemple, faisait partie des produits classiques, il est à présent classé dans les produits complémentaires”, détaille Francis Castebrunet, co-responsable Restos du Cœur Mérignac. Même chose pour la confiture, le lait, l’huile, la farine ou encore le sucre et le beurre.

On a réduit le nombre de points, pour que les 750 familles qu’on accueille puissent avoir quelque chose.

Francis Castebrunet

Co-responsable Restos du Cœur Mérignac

Ce lundi, les premières interrogations, parfois véhémentes, ont déjà été exprimées. Face à ces bénéficiaires qui oscillent entre déception et incompréhension, les bénévoles tentent de garder le sourire. Dire non, sera sans doute la plus difficile mission de cet hiver.

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