On vous explique pourquoi il y a moins de vétérinaires en zone rurale

C'est un constat partagé en France. En Gironde par exemple, moins d'un vétérinaire sur six exerce une activité "rurale", auprès d'animaux de ferme. Si cela peut s'expliquer par les conditions de travail parfois intenses de ces professionnels, la baisse du nombre d'élevages et de bêtes à soigner dissuade aussi les soignants motivés.

Dans le Médoc, l’affaire fait vivement réagir éleveurs et vétérinaires. Fin janvier à Queyrac, une vache décède en mettant bas, faute de soins vétérinaires. Ce fait divers pose la question du maillage sanitaire autour des fermes, notamment en Gironde, vaste département.

Les agriculteurs déplorent la diminution du nombre de vétérinaires ruraux, prêts à se déplacer dans leurs exploitations pour soigner vaches et moutons par exemple.

“On a trois zones d’élevage en Gironde : le Médoc, le Bazadais et le nord du département, détaille Serge Bergeon, éleveur laitier à Galgon et secrétaire général de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) de Gironde. Ce sont des zones d’élevages étalées, peu denses en habitants et la population de vétérinaires s’est orientée plutôt vers les chiens et les chats.” Difficile dans ce cas-là d’avoir une réponse rapide en cas d’urgence, selon lui.

"Aujourd’hui, quand on perd un animal, on perd plus d’argent que ce qu’on en gagne. Une vache, c'est entre 1500 et 2000 euros, et le revenu moyen d’un éleveur en Gironde, c’est moins de 1000 euros par mois. "

Donc le fait de ne pas avoir de vétérinaire, dans certaines situations, peut mettre en péril nos exploitations.

Serge Bergeon, éleveur laitier et secrétaire général de la FNSEA en Gironde

France 3 Aquitaine, rédaction WEB

En Gironde, moins d'un vétérinaire sur six exerce une activité rurale

D’après l’Ordre des vétérinaires de Gironde, sur les 600 professionnels qui exercent dans le département, moins de 90 ont une activité rurale. Et ils ne se consacrent pas qu’à cette dernière : ils soignent aussi les animaux de compagnie.

À La Réole, dans le sud du département, Clément Rieux exerce cette mission mixte depuis 2008.
“On a déjà beaucoup de travail, et on fait ces interventions rurales en plus”, explique-t-il.

Je ne compte pas mes heures la semaine et en plus on doit assumer nos gardes. On ne peut pas envoyer les gens vers SOS médecins !

Clément Rieux, vétérinaire à La Réole

Des soins plus chronophages, qui nécessite de beaucoup se déplacer d'une ferme à l'autre, mais aussi un aspect du métier “un peu plus physique et un peu plus dangereux, estime-t-il, puisque les animaux sont plus lourds que nous.”

Des conditions de travail "qui cassent"

Alors forcément, les conditions de travail ont de quoi parfois décourager certains soignants. Au début de sa carrière dans les années 1990, Nathalie Quiniou, vétérinaire  au Barp, s’est essayée pendant deux ans au travail avec des vétérinaires ruraux.
"Quand vous faites de la rurale, c'est 24 heures sur 24. Vous pouvez très bien partir sur une césarienne à trois heures du matin."

C’est un rythme un peu dingue : on est à la disposition de la vache ! Physiquement, ça vous casse.

Nathalie Quiniou, vétérinaire au Barp (Gironde)

France 3 Aquitaine rédaction web

Dorénavant dans son cabinet, elle ne s’occupe que des animaux de compagnie, jugeant qu’en plus en Gironde “il n’y a pas vraiment de demande pour des animaux de fermes. Et le constat, même s’il est nuancé, est partagé par son confrère Clément Rieux : “il y a de la demande, mais ce n’est pas suffisant pour en vivre. Vous ne pouvez pas faire que ça.”

Moins de vétérinaires spécialisés, mais aussi moins de troupeaux d'élevage

Et sur ce point-là, même Serge Bergeon, éleveur laitier et secrétaire général de la FNSEA en Gironde est d’accord. “Il y a moins d’animaux dont il faut s’occuper, détaille-t-il. Notre cheptel laitier était important, et cela voulait dire plus d’interventions, car ce sont des animaux plus fragiles, mais il a été divisé par deux en vingt ans. Et le cheptel bovin viande diminue aussi.”

En élevage laitier, sur une cinquantaine de vaches, c’est une à deux interventions par mois. Pour un élevage bovin viande, avec le même nombre d’animaux, quand il y a trois interventions dans l’année c’est une mauvaise année pour l’éleveur.

Serge Bergeon, éleveur laitier et secrétaire général de la FNSEA en Gironde

La diminution du nombre de bêtes à soigner décourage les plus motivés des vétérinaires ruraux. Clément Rieux tente de recruter dans son cabinet, mais la démarche tourne au casse-tête : “quand je dis qu’il y a de la rurale, certains candidats ne veulent pas en faire. Et les autres, ceux qui veulent en faire, trouvent qu’il n’y en a pas assez ! Ils ne veulent faire que ça.” Un cercle vicieux, qui participe à la désertification vétérinaire de la campagne girondine.

Une tendance nationale

À l’école vétérinaire de Nantes, l’une des quatre structures à l’échelle nationale, Hervé Pouliquen, le directeur des formations, constate lui aussi que malgré un intérêt pour les soins ruraux parmi ses étudiants, très peu d’entre eux se dédient uniquement à ce secteur après leur diplôme. D’après la dernière enquête de l’établissement sur l’insertion de la promotion 2020, seuls 7% des anciens étudiants travaillent exclusivement avec des animaux d’élevage.

Pourtant, en moyenne, un tiers des élèves consacrent leur sixième et dernière année d’étude à un approfondissement des soins vétérinaires ruraux. “Est-ce que cela s’explique par un choix de leur part ou ce n’est pas plutôt à cause des offres d’emploi disponibles ?” s’interroge-t-il.

Il y a moins besoin de vétérinaires ruraux qu’il y a vingt ans.

Hervé Pouliquen, directeur des formation à l'école vétérinaire Oniris de Nantes

France 3 Aquitaine, rédaction WEB

D’après le dernier recensement agricole effectué par le Ministère de l’Agriculture, 30% des exploitations agricoles françaises spécialisées dans l’élevage ont cessé leur activité entre 2010 et 2020.