VIDÉO. Quand trouver un dermatologue devient impossible : les patients face à la pénurie de médecins

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Il faut patienter entre trois et quatre mois pour obtenir un rendez vous chez un dermatologue à Bordeaux ©France 3 Aquitaine

C’est l’une des spécialités en grande tension. La dermatologie souffre du manque de médecins. En Nouvelle-Aquitaine, il faut patienter plusieurs mois avant d’obtenir un rendez-vous et parfois se déplacer sur plusieurs centaines de kilomètres pour se soigner.

Obtenir un rendez-vous chez un dermatologue relève du parcours du combattant. Dans ce cabinet à Bordeaux, le mois de mai est à peine commencé et déjà plusieurs certitudes. La file d'attente s'allonge,  les délais pour consulter un praticien aussi. Pour se faire soigner, il faut patienter entre trois et quatre mois.

L'activité est telle qu'il est désormais impossible de proposer des dépistages avant 2024.  Depuis le départ en retraite de leur collègue, il y a six mois, les deux médecins ont dû trouver une nouvelle organisation.

Les recherches lancées pour trouver un remplaçant sont pour le moment restées vaines. Une situation qui n’est pas sans conséquence sur le planning. Alors, pour gérer le quotidien, le docteur Nathalie Lalanne passe d’une salle à l’autre. À chaque fois, les patients sont prêts et installés. "La solution que j’ai trouvée, c’est d’avoir une assistante, ce qui me permet de me consacrer exclusivement au temps médical. Je fais très peu d’administratif", explique-t-elle. 

Gérer le temps et ne pas en perdre

En dix ans, la dermatologie a perdu 800 médecins et la moitié des praticiens est proche de la retraite. Face à ce désert médical, des patients n’hésitent pas à faire plusieurs centaines de kilomètres pour se faire soigner. C’est le cas de Jean-Christophe Macheteau. Il habite Angoulême et vient plusieurs fois par an au CHU de Bordeaux. C’est à peu près 1 h 30, 1 h 40 de trajet de voiture, donc c’est toute une organisation pour venir à Bordeaux" 

Un constat observé par le Professeur Marie Beylot-Barry, chef du service de Dermatologie du CHU de Bordeaux. "La majorité des patients que je vois ici au CHU viennent de loin, parfois 200 km, même parfois, 300 kilomètres !".

Des patients à fleur de peau

Comme d’autres territoires en France, la Nouvelle-Aquitaine ne fait pas exception. Ici aussi, les signaux sont alarmants. Selon le site le médecin.fr, la région compte 393 praticiens exerçant la profession de dermatologue, pour plus de six millions d’habitants.

Sur les douze départements, sept ont moins de cinq dermatologues pour 100 000 habitants. La Creuse n’en a aucun. Le Lot-et-Garonne pourrait connaître la même situation s’il n’y a aucune installation d'ici à 10 ans. Pour le Professeur Marie Beylot-Barry, " La Dordogne, Les Landes sont dans des situations très fragiles. Tous les pourcentages sont en moins, en valeur négative, donc c’est très préoccupant pour nos patients".

Ce retard de prise en charge peut être préjudiciable pour les personnes atteintes de maladies de peau ou ayant un cancer diagnostiqué à un stade avancé. Depuis plusieurs années, la Société Française de Dermatologie tire la sonnette d’alarme. Et de rappeler dans son livre blanc, publié en 2018, que les cancers cutanés représentent un tiers de l’ensemble des cancers en France.

Il existe une évolution importante du nombre de cas de mélanomes, du fait du vieillissement de la population, de l’augmentation des expositions solaires et de l’augmentation des dépistages.

Livre blanc - Société Française de Dermatologie

Société Française de Dermatologie

À qui la faute ?

Pour les praticiens, la spécialité n’a pas suffisamment été mise en avant et le nombre d’étudiants formés est très insuffisant. Une centaine par an actuellement, quand il en faudrait entre 130 et 150.

"En fait, c’est une pénurie qui s’est installée progressivement depuis plusieurs années, et qui est principalement due à un numerus clausus important. Au fur et à mesure, des médecins sont partis en retraite et n’ont pas été suffisamment remplacés", analyse le Professeur Marie Beylot-Barry. 

Les professionnels redoutent que cette pénurie dure encore une dizaine d’années. Elle ne devrait pas s’arranger avant 2040 selon les projections.