Rentrée scolaire en septembre : le « grand flou » des enseignants  

Comment rattraper trois mois d’école et dans quelles conditions ? Les profs, inquiets, dressent le constat en Gironde. Ils n’ont toujours pas de réponses à leurs questions.

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Illustration © Jean-Marc LOOS / MaxPPP

C’est un sentiment général : « On a peur que tout se fasse dans la précipitation, comme cela s’est fait depuis le début de la crise ! »
Après deux mois de confinement lié à la crise sanitaire du Covid-19, la rentrée scolaire de septembre s’annonce très compliquée et incertaine. 
Depuis le 11 mai, le retour à l’école est très partiel. 
Beaucoup d’élèves n’ont toujours pas retrouvé le chemin des classes.

En deux mois, les écarts de niveau et les inégalités se sont creusés. Certains élèves ont même régressé. Un constat partagé par de nombreux enseignants. 
« On aimerait commencer à travailler sur différents scénarii. Et pour l’instant, on ne voit rien se profiler, ni au niveau loval, ni au niveau départemental, ni au niveau national » s’alarme Samantha Fitte, du SNUIPP-FSU en Gironde.

Le virus aura-t-il disparu en septembre ? Les mesures sanitaires qui conjuguent la distanciation physique, la désinfection des locaux, l'application des gestes barrières, un minimum d' élèves, pour assurer la sécurité de chacun seront-elles modifiées ?

Allègement et adaptation des programmes 


Les enseignants aimeraient avoir du temps et de la concertation pour envisager la rentrée qui nécessitera, selon eux, une adaptation des programmes. 
Pour certains, il faudra, c'est évident, se pencher sur des enseignements de l'année précédente qui n'auront pas été abordés en classe.

Et la déléguée du syndicat des professeurs des écoles SNUIPP-FSU en Gironde de préciser : 

J’ai discuté avec des collègues de CP. Ils vont devoir se concentrer sur des apprentissages, qui sont réalisés en grande section de maternelle. Ce sera bien plus qu’une remise à niveau ! Si on ne fait pas ça, on va aggraver la situation, on ira trop vite avec des élèves trop fragiles qui n’ont pas eu un soutien suffisant ou qui ne sont pas revenus en cours. 


Même point de vue pour le secondaire. Catherine Dudes, enseigne l’Histoire-Géographie au collège Montaigne à Lormont près de Bordeaux.
Dans l’établissement où elle travaille, peu d’enfants sont revenus. Autour de 30% en sixième, selon elle. 

La Co-secrétaire départementale de Gironde du Snes-FSU, syndicat des enseignants pour le second degré, est elle aussi inquiète et réclame un collectif budgétaire et un terme aux suppressions de postes.
"On voudrait des heures, pouvoir dédoubler des classes. Prendre deux groupes et assurer une remise à niveau et pas qu’en maths et en français afin d’essayer de pallier un trimestre blanc. »
Le syndicat appelle à "un allègement et une adaptation" des programmes. Dans certaines matières, il sera difficile d’aborder un nouveau cycle sans maîtriser les fondamentaux. 

Cette période inédite va laisser des traces 


Christophe enseigne les mathématiques en cinquième et troisième sur la rive droite de Bordeaux. Il ne cache pas ses craintes. Pour lui, il y aura forcément des « lacunes ». 
 « Comment avancer sans connaître les bases ? C’est impossible en maths ! insiste-t-il.


Une situation variable selon les disciplines pour Catherine Dudes. « En histoire, par exemple, vous avez une progression chronologique. On peut considérer qu’il y aura des trous dans la chronologie ! En géographie, il y a des thématiques communes sur l‘ensemble du collège, donc on pourra revoir des notions »

De toute évidence, ce ne sera pas une rentrée normale. Pour autant, le retour à l'école sera obligatoire pour tous les élèves a affirmé le ministre de l’Education sur France Info ce 29 mai, lui qui espère pouvoir alléger le protocole sanitaire.
 
Quel que soit le scénario qui sera adopté, Il faudra aussi "tirer les leçons de ce qu'il s'est passé " martèle Catherine Dudes et dresser un bilan des cours dispensés en classe et à distance.

Pour l’instant, il n’y a pas de bilan. On communique sur le fait que tout va bien, qu’il n’y a pas autant que cela d’élèves décrocheurs. Sauf qu’un élève qui se connecte régulièrement ne veut pas dire qu’il écoute, qu’il comprend, qu’il fait son travail. Beaucoup de familles nous le disent. Je suis rentré dans la chambre, il était connecté à la classe virtuelle mais en il était aussi en même temps sur les réseaux sociaux !


Jean-Michel Blanquer a annoncé que le mois de juin serait consacré à « une concertation très large, avec les organisations représentatives, les parents d'élèves, les élèves, les élus, pour préparer la rentrée avec les différents scénarios ».
La communauté éducative attend ce rendez-vous de pied ferme.
 

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