Selon le neuropsychiatre bordelais, Boris Cyrulnik, : "le covid est en train d'altérer nos relations"

Boris Cyrulnik a vulgarisé le concept de résilience. Le dernier livre du neuropsychiatre bordelais, "Des âmes et des saisons, psycho-écologie" donne l'occasion de l'interroger sur l'impact psychologique du Covid sur les jeunes."Actuellement, on est à près de 40% d’adolescents en difficultés."

Boris Cyrulnik, invité du 12/13 de France 3 Aquitaine le 10 mars 21.
Boris Cyrulnik, invité du 12/13 de France 3 Aquitaine le 10 mars 21. © France 3 Aquitaine

"L’impact du milieu n’a pas le même effet sur un bébé, sur un adulte, selon la construction physique et mentale de chacun. Ce que nous sommes aujourd’hui n’est pas ce que nous serons demain, marqués, expérimentés et souvent blessés par l’existence" écrit Boris Cyrulnik à propos de son dernier ouvrage

"Le covid est un produit de civilisation"

Depuis un an, notre milieu est traversé par la pandémie du coronavirus liée, selon le neuropsychiatre, à notre mode de civilisation.  

Si on a une épidémie de virus actuellement, c’est parce qu’on a cru qu’on était au-dessus de la nature. Or, en fait, il y a toujours eu des virus dans la nature mais ce qui les sélectionne, ce qui les transporte, c’est la civilisation. Il y a, à peu près, plusieurs centaines de virus, notamment chez les singes. Mais comme les singes commercialisent moins bien leur production que nous, il n’y a pas d’épidémie, alors que chez nous, c’est un produit de civilisation.

Boris Cyrulnik

Dans son ouvrage Des âmes et des saisons, Boris Cyrulnik développe une nouvelle notion, celle de psycho-écologie, qui suppose une prise de conscience écologique :  

"Ça consiste à modifier les rapports de production. Moins consommer de viande par exemple. Le virus qui nous occupe actuellement, il est produit par les grands élevages. Et il est transporté par les avions. S’il y a des décisions prises de modifications alimentaires et sur les transports, probablement, ce sera un progrès de civilisation."

Il ne faut pas que ça dure trop longtemps

Boris Cyrulnik rappelle aussi dans "Des âmes et des saisons, psycho-écologie" la nécessité de l'autre pour se construire. Mais le rapport humain est frappé de plein fouet par les mesures sanitaires déployées face au Covid.

"On ne peut pas vivre sans autres. Je ne peux devenir moi-même que parce que vous êtes là. Ce n’est pas toujours facile mais nécessaire. Le covid est en train d’altérer nos relations. Pour les bébés, ce n’est pas grand-chose parce que si la mère est sécurisée, elle sera sécurisante pour le bébé qu’elle porte. Et s'il y a un trouble à cause du masque, le manque de sourire, le bébé compensera et rattrapera son retard en quelques jours, en quelques semaines, donc ce n’est pas très grave."  

Mais chez les adolescents, le retard pourrait ne pas être rattrapable s'inquiète Boris Cyrulnik :  

Pour l’adolescent, c’est grave parce qu’il y a quelques années où son cerveau se circuite différemment. Il réduit ses circuits cérébraux. Il y a un élagage de neurones à l’adolescence. Ça veut dire que le cerveau fonctionne plus vite et plus économiquement. Or là, il est seul chez lui. Il fait moins de circuits affectifs, moins de circuits intellectuels, moins de circuits sociaux. Peut-être, il pourra rattraper si le confinement ne dure pas trop longtemps. Mais dans une civilisation en paix, il y a déjà 12% d’adolescents en détresse. Actuellement, on est à près de 40% d’adolescents en difficultés. C’est résiliable, c’est rattrapable mais il ne faut pas que ça dure trop longtemps.

Boris Cyrulnik est né à Bordeaux en 1937. Ses parents, immigrés juifs, seront tués par les Nazis pendant la guerre. Lui échappera de justesse à la déportation. Une enfance traumatisante qui l'a conduit à devenir éthologue, psychanalyste, psychologue, neuropsychiatre et écrivain français. 

> VIDEO > l'intervention de Boris Cyrulnik, interrogé par Vincent Dubroca, ce 10 mars sur France 3 Aquitaine : 

durée de la vidéo: 03 min 34
Boris Cyrulnik invité du 12/13 de France 3 Aquitaine ce 10 mars 21

 

La librairie Mollat organise une rencontre avec Boris Cyrulnik autour de son livre "Des âmes et des saisons : psycho-écologie" sur sa page Facebook ou sur sa chaîne YouTube mardi 16 mars à 18h30. 

 

 

La résilience selon Boris Cyrulnik

Le terme est passé dans le langage courant. Boris Cyrulnik est l'un de ceux qui l'ont intellectualisé. Il la définit ainsi :

La résilience, c'est l’aptitude d’un corps à résister aux pressions et à reprendre sa structure initiale. En psychologie, la résilience est la capacité à vivre, à réussir, à se développer en dépit de l’adversité.

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