Témoignage. Ce pompier souffre d'acouphènes depuis une explosion en 2016 : "le plus dur, c'est le soir pour s'endormir"

Publié le Écrit par Alicia Girardeau et Gladys Cuadrat

Après une explosion lors d'une intervention de secours, Christophe Urquia doit vivre avec des acouphènes. Un handicap que ce sapeur-pompier girondin a décidé de mettre en lumière en créant son association et en partageant son quotidien sur les réseaux sociaux.

La vie de Christophe Urquia bascule en 2016. Le 3 avril, ce sapeur-pompier de Gironde intervient sur un feu de camion, transportant du carburant, dans la commune de Bazens. La cabine explose alors que lui, et son binôme, ne se trouvent qu'à dix mètres de là. "On a été projetés et depuis ce jour, j'ai des acouphènes qui ne m'ont jamais quitté."

Une crise de deux mois

Tout se passe très vite. "Sur le moment de l'explosion, il n'y a pas forcément de peur, j'ai même aucun souvenir du bruit", raconte-t-il. Jusqu'au trajet vers l'hôpital lors duquel le sapeur-pompier prend peu à peu conscience du bourdonnement qui s'installe dans ses oreilles. "J'ai réalisé tout de suite que j'avais des acouphènes, mais je m'étais dit que ça allait partir." 

Les premières années, les sifflements restent modérés. "Ils ne me gênaient pas dans ma vie quotidienne, ils ont évolué au fil du temps", se souvient Christophe Urquia. Le mois d'août 2023 marque un véritable tournant. "Jusque-là, j'avais des crises qui pouvaient durer un à deux jours et qui m'empêchaient de dormir. Là, elle a duré deux mois, je devenais très fatigué et irritable."

Un poids au quotidien

Depuis huit ans, le sapeur-pompier vit avec un acouphène aigu de 50 décibels, dont la fréquence se situe dans les 3000/3500 hertz. "Ça correspond à une conversation dans un restaurant avec une ambiance plutôt calme avec une musique de fond", décrit-il. En 2021, pour pallier sa baisse d'audition, Christophe Urquia s'équipe d'appareils auditifs, pris en charge par le service du Sdis.  "Avec mon audioprothésiste, on en a profité pour générer des bruits blancs adaptés" qui permettent de soulager ses acouphènes.

C'est très paradoxal parce que quand il y a beaucoup de bruit, c'est gênant, mais quand il n'y en a pas, c'est gênant aussi, parce qu'on se focalise dessus.

Christophe Urquia

sapeur-pompier

Petit à petit, une routine s'installe. Le père de famille de 38 ans est également suivi par un psychologue et un sophrologue. "Je fais beaucoup de sport et d'exercices de respiration." Malgré toutes les techniques mises en place pour apaiser son quotidien, les acouphènes représentent "un handicap lourd" dans la vie du trentenaire. "Je le ressens sur mon état, sur la façon dont j'interagis avec les autres et sur le fait aussi de plus pouvoir aller dans les bars quand il y a trop de bruit, de musique, sans protection auditive", déplore-t-il.

Un handicap invisible pas reconnu

Ses acouphènes viennent même parfois jouer sur sa vie de famille. "Quand je suis en crise, ça peut impacter la famille, parfois les enfants. C'est pareil quand ils crient, qu'ils font du bruit, ça joue beaucoup sur mon humeur donc oui, c'est quelque chose que je trouve lourd."

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Selon la MDPH, les personnes souffrant d'acouphènes ne peuvent être reconnues comme travailleurs handicapés et ne peuvent ainsi prétendre à aucun aménagement dans le cadre de leur travail. "Ce n'est pas un handicap reconnu, mais clairement ça nous désociabilise et ça nous oblige à faire attention à notre manière de réagir face aux bruits quotidiens", explique Christophe Urquia. 

Pour visibiliser cet handicap invisible, le sapeur-pompier utilise ses réseaux sociaux pour partager son quotidien et pour mieux informer le grand public. Il a même créé son association "Acouphènes aventure" qui vise à "sensibiliser le plus grand nombre de personnes au handicap des acouphènes, en organisant des challenges sportifs et des journées de prévention".

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