VIDÉO. "Une aberration !" : elle se bat pour éviter l'expulsion de son salarié

Isabelle Tanné, la gérante de l’entreprise D.I.Vin, en Gironde, se bat pour conserver son employé, Mahamadou Doucouré, menacé par une obligation de quitter le territoire français depuis décembre. Un salarié qu’elle a formé depuis deux ans, difficile à remplacer dans un secteur ultra-tendu.

Quand Isabelle Tanné reçoit Mahamadou dans son entreprise en 2020 pour une formation en apprentissage, c’est dans le cadre d’un dossier bien ficelé. Depuis un an, l'adolescent est en France et s’implique énormément dans ses études, accompagné par la Maison d’enfants à caractère sociale (MECS) Saint Ferdinand. 

" Il a même souhaité faire une année supplémentaire et a eu son CAP, avec les félicitations ! "commente la patronne, épatée par sa détermination. Mais, en décembre dernier, son salarié modèle a reçu une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF). Un choc pour la cheffe d'entreprise. "On ne peut pas laisser un gamin comme ça", s'offusque-t-elle, sans cacher ses larmes. "Et puis Mahamadou est très attachant, il a envie de s’en sortir ! ".

Un long parcours, du Mali jusqu'à Eysines

C'est après un long parcours semé d'embûches que Mahamadou Doucouré est arrivé dans l’entreprise D.I.Vin à Eysines, dans la métropole bordelaise. Quand il quitte son village au Mali, à 15 ans, l'adolescent pense simplement aider son oncle, mécanicien, en quête de pièce de réparation. Mais il n’en est rien : son oncle l’emmène vers une autre vie. Après avoir traversé le Mali et la Mauritanie, le jeune homme et son oncle rejoignent le Maroc afin de traverser la Méditerranée. 

Mahamadou arrive seul en France, dans le Gard, après avoir été séparé de son oncle. Il est pris en charge, comme tout mineur isolé suivi par une association, et gagne le sud ouest de l'Hexagone. Il est confié à l’aide sociale à l’enfance de Gironde, dans le cadre d’une ordonnance de placement provisoire, en 2019. 

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Isabelle Tanné, la gérante de l’entreprise D.I.Vin, en Gironde, se bat pour conserver son employé, Mahamadou Doucouré, menacé par une obligation de quitter le territoire français depuis décembre. ©France télévisions

Un parcours dans les clous

Depuis son arrivée sur le sol français, Mahamadou est très suivi, et en règle face aux mesures de police. C’est naturellement qu’il dépose son dossier pour demander un titre de séjour, à l’aube de ses 18 ans. 
Mais celui-ci lui est refusé, et assorti d'une Obligation de Quitter le Territoire Français. La raison invoquée est un défaut d'authentification de ses papiers d'identité, qui lui ont pourtant permis pendant trois ans d'être pris en charge par la France. Sa patronne et ses proches, ne comprennent plus rien.

Comment on peut les aider à s’intégrer en France, leur donner un logement et leur trouver un patron puis, du jour au lendemain, leur dire "tu retournes chez toi" ? Humainement, c'est impossible.

Isabelle Tanné, gérante de D.I.Vin

à rédaction web France 3 Aquitaine

Déscolarisé et sans travail, tandis qu'Isabelle peine à recruter

Depuis décembre, l'OQTF ne permet plus à Mahamadou de suivre ses cours pour obtenir son équivalence de baccalauréat tant souhaitée. Le jeune homme est obligé de se cacher. L'épée de Damoclès est constante. Il peut à tout moment être renvoyé dans son pays. De fait, son quotidien est fait de peurs et d'évitement.

"Il ne va plus à l’école, il ne peut plus travailler. Sa vie a complètement changé", explique Isabelle, bouleversée. "Il n’a plus rien", poursuit-elle, alors que les maigres économies du jeune Malien ont fondu. 
"Depuis décembre 2022, il ne travaille plus chez nous et on se bat pour qu’il puisse revenir", ajoute Isabelle. Car c'est bien là que le bât blesse : Isabelle n'arrive pas à recruter alors même qu'elle allait signer un CDI à Mahamadou formé, volontaire et compétent.

Un secteur en souffrance

Formé à faire les commandes et réceptionner les colis dans un domaine très spécialisé qui est celui de l'outillage vinicole. "Trouver quelqu'un comme lui, c'est très compliqué", assure la gérante de l'entreprise.

C’est un métier où on a du mal à recruter et former à nouveau quelqu'un, c’est vraiment difficile. J’ai reçu 8 CV, mais personne ne s’est déplacé à un entretien, je n’ai même pas eu un coup de fil.

Isabelle Tanné, gérante de D.I.Vin

à rédaction web France 3 Aquitaine

"On est dans un milieu qui touche le métier vinicole, on est tous à la recherche de personnels.", dit-elle. Qui plus est, "on arrive dans une période un peu folle des vendanges et on a besoin d’aide".

"Là, on est dans un cas de personne formée dans un secteur en tension et ça manque de sens, " reprend Ingrid Bourgeois, éducatrice de la Maison d'Enfant à Caractère Social (MECS) qui a accueilli Mahamadou. Le récent projet de loi immigration prévoit pourtant de favoriser la régularisation d'employés sans papiers, dans des secteurs en tension, via un titre de séjour spécifique. " Là, on est dans un cas de personne formée dans un secteur en tension et ça manque de sens. Ce garçon a été autorisé à être en France. Quand on a investi sur ces gamins, c'est de l’argent jeté par les fenêtres."

Ingrid Bourgeois, espère, elle aussi, que le dossier sera traité au plus vite par la préfecture "pour que tout le monde reprenne une vie normale".

"C’est quand même beaucoup de souffrance et de difficultés", regrette-t-elle, tout en réaffirmant sa détermination. "On ne lâchera pas. S'il faut entamer une grève de la faim, on en arrivera là", prévient-elle. 

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