Une association bordelaise de lutte contre les violences conjugales accusée d'opacité

Opacité dans la gestion, manque de visibilité dans les comptes, les recettes et l'utilisation des dons. Les accusations portées par l'ex vice-présidente d'Elien Rebirth, une association qui lutte contre les violences domestiques sont graves. La procureure de la République de Bordeaux a été alertée.
Collage d'affiche contre les violences faites aux femmes et les féminicides dans la rue à Paris le 06 Mars 2020.
Collage d'affiche contre les violences faites aux femmes et les féminicides dans la rue à Paris le 06 Mars 2020. © Bruno Levesque/MaxPPP

Dans les médias et sur les réseaux sociaux, l'association Elien Rebirth semble avoir une certaine notoriété. Selon Top management France, sa présidente et fondatrice Florence Elie "riche d’un parcours au sein des plus grandes ONG humanitaires internationales", et "totalement investie et animée par une détermination inébranlable" " se bat chaque jour contre les violences faites aux femmes et aux hommes". 

Sur NRJ12, Jean-Marc Morandini lui consacre un portrait. Celle d'une enfant qui a grandi près de Pau, battue, torturée et violée par son père et l'interroge en direct le 26 mars 21. 

Une enfance tragique qui pousse Florence Elie à créer Elien Rebirth. Sur son site l’association, basée quai des Queyries à Bordeaux précise qu’elle a été « fondée dans le but d'alerter, prévenir, sensibiliser, intervenir et apaiser les souffrances. » « Son accompagnement propose un soutien adapté auprès de toutes les victimes (femmes, hommes et enfants) de violences physiques, psychologiques, sexuelles, conjugales, sous forme de harcèlements divers, de discriminations, professionnels ou familiales ».  Une équipe serait "sur le terrain 24h/24h et 7j/7".

Mais aucune information n'est donnée sur des actions en cours. En revanche, l'internaute peut adhérer pour 50 euros ( l’association compterait 12 adhérents) ou  faire un don libre à partir de 30 euros. Le paiement s’effectue en ligne. 

Sensible à la cause défendue par l'association, une personne dont nous tairons le nom, la rejoint fin 2019 et en devient la vice-présidente. Mais au bout de quelques mois, elle qui a déjà travaillé auprès de victimes de violences conjugales commence à se poser beaucoup de questions. Sur le rapport qu'entretient la présidente avec l'argent, sur "les gens qui arrivent et repartent aussi vite de l'association", sur le nombre de victimes aidées.

Elle tente alors d'obtenir des documents puis démissionne de son poste. Elle avoue aujourdhui avoir été manipulée par une femme qui s'est entourée de soutiens convaincants : 

A chacun de nous, elle fait croire des choses qui ne correspondent pas à la réalité. On n’a jamais osé parlé les uns avec les autres. Sinon depuis le début, on aurait vu que ce n’était pas ce qu’on croyait. Elle nous isolait chacun dans une case et faisait toujours en sorte d’être la seule en contact.

Le 28 juin dernier, l'ex vice-présidente finit par alerter la Procureure de la République de Bordeaux, Frédérique Porterie dans un courrier que nous avons pu consulter.

Elle lui fait part de ses doutes concernant l’association Elien Rebirth  et tout particulièrement sa présidente contre laquelle elle porte de graves accusations. 

"Je m’aperçois que l’histoire de la vie de Mme Elie est totalement inventée par elle et qu’elle s’appuie sur des violences conjugales et inceste pour soutirer de l’argent à des donateurs et des victimes, à qui elle promet de l’aide et assistance sans jamais rien faire".

Elle indique toujours dans son courrier avoir constaté selon « les quelques éléments "  à sa disposition que madame Elie utiliserait les fonds de l’association à ses seuls besoins. Le compte de l’association déficitaire aurait été clôturé par la banque.

L'ancienne vice-présidente a  souhaité porté à la connaissance du Parquet de Bordeaux « les agissements plus que douteux" de Florence Elie.

J’ai adhéré à une cause juste mais je ne peux pas supporter l’idée qu’une femme puisse se servir d’un tel combat pour tromper des personnes qui comme moi pensent donner du temps et/ou de l’argent à ce qui pourrait être assimilé à une arnaque.

Le cabinet qui conseille et accompagnement juridiquement et fiscalement l’association, lui aussi, a tenté d'obtenir des éclaircissements. 

Dans un courrier adressé à la présidente de l’association le 18 février dernier, il réclame la désignation d’un expert comptable pour assurer un suvi précis de la comptabilité. Il écrit ne pas avoir davantage d'élèments sur  les recettes perçues et des dépenses engagées par l’association et recommande « une vigilance particulière quant à [ses] activités dont certaines pouvaient être assimilées à des opérations lucratives".

Les propos de l'ex-vice présidente poursuit le cabinet « nous font craindre que le risque ne soit pas seulement une négligence comptable qui pourrait être régularisée a postériori, mais une situation bien plus grave".

Le cabinet évoque par ailleurs des dettes envers des prestataires pour des montants non négigeables. 

L'ex vice-présidente de son côté, attend que justice soit faite 

 

On ne peut pas admettre que des gens puissent de servir d’une cause pour obtenir de l’argent pour soi. Je veux juste que la vérité soit établie,  qu’elle ne porte pas préjucide aux victimes et à les personnes comme moi qui l’ont crue et que justice soit faite

Le numéro de portable indiqué sur le site ne semble plus attribué. 

Nous avons tenté de contacter Florence Elie mais à la publication de cet article elle n'avait toujours pas répondu à nos sollicitations.

 

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