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Y aura-il encore des saumons, des aloses, des lamproies et des anguilles dans 20 ans en Aquitaine ?

Les aloses étudiées par les scientifiques de l'Irstea, antenne basée en Gironde. Les poissons migrateurs comme l'alose, sensibles aux changements climatiques / © IRSTEA
Les aloses étudiées par les scientifiques de l'Irstea, antenne basée en Gironde. Les poissons migrateurs comme l'alose, sensibles aux changements climatiques / © IRSTEA

Qui sait ce que nous pêcherons dans les rivières ou les fleuves dans 20 ans en Aquitaine ? C'est pour anticiper la réponse que l'IRSTEA, institut spécialisé dans l'étude des écosystèmes aquatiques lance une grande enquête européenne. En ligne de mire, l'impact des changements climatiques.

Par Christine Le Hesran

Ils sont habitués de nos eaux fluviales, mais pour combien de temps encore ? Les aloses, les lamproies bien connues des Girondins, mais aussi l'esturgeon ou encore le saumon, non pas celui d'élevage que vous retrouvez sur les étals, mais le sauvage que l'on trouve dans le sud de la région. 

La situation reste critique

" Tous ces poissons ont une valeur économique, écologique et patrimoniale importante. Ce sont ce que l'on appelle les poissons migrateurs qui habitent à la fois en eau douce ou salée selon la période de leur vie. On les retrouve sur toute la façade atlantique. " Patrick Lambert, chercheur à IRSTEA fait partie de l'équipe de scientifiques qui a lancé une étude à l'échelle européenne pour savoir ce qu'ils vont devenir.

Car quel peut être leur avenir alors que la pêche, à différents stades de leur vie, impacte fortement les populations. Que les barrages obstruent leur circulation, que leur habitat est souvent mis à mal par les pollutions ou encore l'activité économique comme les extractions de granulats en rivière ou sur le domaine côtier en façade atlantique, les espèces invasives comme le silure, lui-même introduit pour satisfaire la pêche récréative.
Bref, c'est un triste inventaire à la Prévert mais qui ne serait pas complet si nous n'évoquions pas les changements climatiques, source majeure d'inquiétude. 

Quasiment toutes les populations de poissons sont pas mal impactées.

L'anguille et les civelles de nos fleuves et cours d'eau est menacée d’extinction / © IRSEA Cestas
L'anguille et les civelles de nos fleuves et cours d'eau est menacée d’extinction / © IRSEA Cestas

Que fait-on pour s'adapter ? 


Géraldine Lassalle , également chercheur à IRSTEA, précise aussi le but de l'étude : " On ne peut pas faire comme avant. Il faut gérer différemment en fonction des nouveaux enjeux, notamment les évolutions du climat. Est-ce qu'on maintient des pêches coûte que coûte, ou est-ce qu'on sanctuarise des zones pour laisser place au tourisme ? "

C'est l'heure du questionnement même si des observations montrent déjà les changements. " Les études ont montré que les populations d'aloses du sud avaient diminué, elles ont disparu au Maroc. "

D'où la question posée par les chercheurs :  

En quoi les changements climatiques vont affecter les aires de répartition des poissons ? 

Préserver les services que nous rendent les poissons


En toute hypothèse, les populations du sud vont avoir des difficultés pour survivre, il faut s'attendre à un déplacement. On retrouve d'ailleurs l'alose vers la Baltique, ce qui n'était pas habituel...
Il en va de l'activité humaine. Les poissons rendent de grands services aux hommes. Ils apportent des protéines que l'on mange et des revenus à travers la pêche. 

Deuxième service que décrit Patrick Lambert : " Les poissons vont grandir et leurs carcasses enrichissent les rivières, c'est un flux de matière non négligeable qui contribue à la régulation des grands cycles chimiques du milieux aquatique. "

Le troisième service est culturel : un attachement qu'ont les gens. Patrick Lambert donne quelques exemples :
" La gastronomie avec la lamproie à la Bordelaise ou encore l'alose toujours fêtée encore à Lormont sur les bords de la Gironde alors qu'elle n'y est plus pêchée dans le cadre d'un moratoire depuis 2008. Pour faire la fête, on l'achète en Loire où c'est autorisé. "

Alors quel poisson et où dans l'avenir, horizon 20 ans ? Réponse dans 3 ans avec ce projet européen baptisé " DiadES1 " qui va réunir plusieurs partenaires européens, car les poissons vont migrer et il vaut mieux prendre les mesures adéquates tous ensemble. 

C'est quoi le projet européen DiadES1

Il vise à améliorer la coopération transnationale. Cette initiative coordonnée par Irstea réunit 30 partenaires européens. Les partenaires français du projet sont : le Muséum National d’Histoire Naturelle, l’Agence française pour la biodiversité, le Comité National des Pêches Maritimes et des Elevages Marins, l’Union des fédérations pour la pêche et la protection du milieu aquatique du Bassin Loire-Bretagne et la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement de Nouvelle Aquitaine.

Ce projet est financé par le Fond Européen de Développement Régional (FEDER) avec un budget de 2,2 millions d'euros, et sera mis en œuvre jusqu'en 2022.

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