Gironde : 46 animaux saisis dans un zoo privé après l’ouverture d’une enquête

Publié le Mis à jour le
Écrit par C.O

« Les animaux mal nourris vivaient dans des conditions insalubres », décrit le fondateur du refuge qui les a récupérés sur décision de justice. Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Libourne.

L’opération de gendarmerie n’est pas passée inaperçue. « Une trentaine d’hommes », décrit Patrick Violas, des gendarmes mais aussi des agents de l’Office Français de la Biodiversité. « C’était vraiment très bien organisé et sécurisé ». A leurs côtés, 27 personnes ayant traversé une partie du pays pour saisir les animaux et à termes en prendre soin. Il s’agit d’hommes et de femmes de La Tanière, un zoo refuge situé à Nogent-le-Phaye dans l’Eure-et-Loir.

Vidéo ►La semaine dernière, 46 animaux sauvages ont été saisis chez un particulier à Espiet en Gironde. Ils ont été mis à l'abri dans un refuge d'Eure et Loire.

Cette saisie a été organisée dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte pour « exploitation irrégulière d’un établissement détenant des animaux non domestiques » et « mauvais traitements des animaux placés sous leur garde, dans le cadre d’une exploitation d'un établissement détenant des animaux », explique le parquet de Libourne. Cet établissement n’est pas inconnu des Girondins, du moins de ceux vivant dans l’Entre-Deux-Mers.

Ce refuge privé du Moulin de Montfrange à Espiet avait fait parler de lui il y a encore peu. Plusieurs wallabies avaient en effet fugué du zoo privé, amusant le voisinage et même la gendarmerie à l’époque. Depuis, le ton semble avoir changé.  

« Des cadavres dans les enclos »

Patrick Violas est le fondateur de la Tanière. Aujourd’hui, c’est lui et ses équipes qui prennent soin des animaux.
Mercredi dernier, il a fallu sept camions pour procéder à la saisie. " On a mis une équipe sur les oiseaux, une autre sur les singes " commence-t-il à raconter.
"Et puis il y avait aussi les tigres qu’il fallait endormir. La plupart des animaux étaient obèses car nourris avec des cochonneries, des produits de récupération pourris et avariés. Cela sentait mauvais, les fauves étaient dans leurs excréments, les lieux étaient insalubres. On n’a pas pu approcher les camions, donc ça a été compliqué pour embarquer les tigres."

Il y avait des cadavres de wallabies dans l’enclos, au moins quatre. Ils étaient là depuis plusieurs jours vu leur état de décomposition.

Patrick Violas

"On a attrapé les autres wallabies. Et ça, avec les filets, ça a été très sportif !  Depuis, on les a mis dans des bâtiments de quarantaine. Nous avons fait des prises de sang dont on attend les résultats. Mais on sait déjà qu’il y a de la salmonelle. Beaucoup sont en gestation notamment les singes et les wallabies. Normalement, on ne fait pas de reproduction mais là on va devoir les gérer. Certains avaient une pièce électronique. Mais d’autres n’en avaient pas. C’est illégal. Ceux-là, on va donc devoir les garder trois mois en quarantaine. Nous allons les nourrir correctement car jusque-là ils mangeaient des corn flakes et fruits pourris donc putréfiés et trop chargés en sucre. Il va falloir leur faire avaler des légumes, et aussi des compléments alimentaires. Certains ont besoin de soins. On a un tigre qui boite et une tigresse qui a une infection à la queue par exemple ".

« Je ne comprends pas ! »

Le propriétaire des lieux est vent debout. « Je vous préviens.  Les journalistes, je les envoie balader les uns après les autres, et mon avocat va juger si on porte plainte pour diffamation où je ne sais pas quoi », explique Gérard Mouhlérat à la tête du site depuis trente ans. « Je ne comprends pas ! », dit-il.

«J’ai des attestations de vétérinaires, de grands vétérinaires, disant qu’ils sont venus chez moi et les animaux étaient en bonne santé ».

Gérard Mouhlérat

Il a donc été très surpris par cette saisie mercredi dernier. « Je n’ai été prévenu par personne ». D’où venaient les animaux qu’il hébergeait ? Etaient-t-ils en règle ? « Au départ, j’ai créé cette association il y a 30 ans. Certains animaux ont été récupérés dans des zoos suite à un surnombre ou des blessures. D’autres m’ont été confiés suite à une saisie ». Une saisie ordonnée par la justice ? « Non, ils ont été confiés à un zoo suite à une saisie et celui-ci qui me les a confiés par la suite".

« Vous vous souvenez de la panthère de la publicité pour la peinture Valentine ? Et bien, elle a vécu chez moi. Pareil pour les deux tigres qui ont joué dans le film « Les deux frères », le film de Jean-Jacques Annaud. Mais c’était il y a longtemps. Ce ne sont pas eux qui ont été saisi l’autre jour ». 

Tous ses animaux avaient-t-ils des puces électroniques ? « Il y a trente ans, cela n’existait pas mais dès que cela est devenu obligatoire j’ai fait « pucer » tous mes animaux. Seul un lémurien n’était pas encore « pucé », car il n’avait qu’un an. C’était donc à venir. Et les wallabies n’étaient pas « pucés » non plus car les agents de l’OFB m’avaient dit que cela n’était pas nécessaire ».  S’estimant donc dans son droit, Gérard  Mouhlérat ne compte pas en rester là. « Je constitue un dossier », dit-il.