Agneau de Pâques, la filière ovine face au confinement

Avec le nouveau confinement annoncé, difficile de fêter Pâques autour d'un bon gigot en famille. Les ventes s'en ressentent et la filière doit s'adapter. 

L'élevage de brebis d'Emilie Pons à Eymoutiers
L'élevage de brebis d'Emilie Pons à Eymoutiers © Emilie Pons

La tradition du repas autour de l'agneau pascal a du plomb dans l'aile. Les familles pourront peut-être se réunir et bénéficier de la tolérance ce week-end mais - en même temps -  le Président de la République a demandé aux Français de limiter les rassemblements familiaux.

Les producteurs d'agneau de la Haute-Vienne ont pâti de cette incertitude entretenue jusqu'à ce que le couperet tombe hier soir, 31 mars 2021.

"On sent que les gens attendaient de voir quelles mesures allaient être prises". Dans son élevage de 300 brebis aux Cars, Adrien Alphand ne veut pas se plaindre. Il fait de la vente directe. Seules 3 brebis ont été vendues ces derniers jours.  Heureusement, il s'est suffisamment diversifié et vend le reste de sa production dans d'autres départements. 

"Une éleveuse m'a rapporté hier avoir fait son plus mauvais marché cette semaine. L'agneau c'est festif, ça se mange en famille et beaucoup ont anticipé les mesures et n'ont pas commandé. Les annonces se succèdent et les consommateurs ont logiquement du mal à se projeter. Cela nuit à la consommation" confie Anne Paraud, élue en charge des circuits courts à la chambre d'agriculture. 

Les ventes semblent donc marquer le pas, il n'y aura peut-être pas l'effet Pâques (et ses prix plus rémunérateurs) escompté. Mais malgré tout, les circuits courts se portent plutôt bien. "On n'est pas au niveau du premier confinement, le soufflet est un peu retombé mais les ventes se sont tout de même maintenues à un niveau assez haut" explique l'élue. 

En Haute-Vienne, douze producteurs référencés dans le réseau Bienvenue à la ferme font de l'agneau en vente directe. "Nhésitez pas à les appeler ! On peut quand même fêter Pâques en mangeant de l'agneau même en comité restreint !" exhorte Anne Paraud.

Avec la fermeture des écoles, les consommateurs vont peut-être à nouveau affluer comme lors du premier confinement. "Il y a un an, beaucoup ont découvert le local. Vont-ils rester fidèles à ceux qu'ils ont pu trouver près de chez eux et qui ont réussi à satisfaire leurs demandes ?" C'est la question qu'Adrien Alphand se pose. 

Agneau de Pâques, la filière ovin face aux confinement

Des prix plus rémunérateurs 

En Haute-Vienne, l'élevage ovin a une importance toute particulière. 700 élevages comptant environ 185 000 brebis. Il y en avait même encore plus de 200 000 en 2019 faisant du département un des principaux producteur d'ovins. Tous ces éleveurs ne font évidemment pas de la vente directe. La plupart vendent à des coopératives. Et pour eux, le contexte n'est pas forcément mauvais. 

"Pendant le premier confinement et donc pendant Pâques l'an dernier, les cours s'étaient complètement effondrés à moins de 6€ le kilo. Juste après ils sont repartis à des niveaux très élevés, autour de 7,80€ le kilo de carcasse acheté au producteur. Ce qui fait que nous avons connu une année plutôt bonne" affirme Emilie Pons, vice présidente de la chambre d'agriculture de Haute-Vienne et elle même éleveuse d'ovins. Comment l'expliquer ? La baisse de la production liée à la chute du nombre d'élevages, les commandes importantes des boucheries et des rayons boucheries traditionnelles des supermarchés et la baisse des importations notamment en provenance du Royaume-Uni à cause du Brexit ont dopé les cours. 

Des prix qui ne sont malgré tout pas rémunérateurs et ne couvrent pas les coûts de production d'où un problème de recrutement. Les installations en ovin se comptent sur les doigts des deux mains pour 2020. Et elles ne compensent pas les départs en retraite dans une filière où la moyenne d'âge est très élevée autour de 55-60 ans.

"C'est ce problème de renouvellement qui participe le plus à l'heure actuelle aux prix relativement hauts. Il y a plus de demande que d'offre"alerte Emilie Pons. Les éleveurs d'ovin risquent donc de devenir une espèce en voie de disparition dans les années qui viennent. Du gigot pascal néo-zélandais pour Pâques dans les années à venir ? 

 

 

 

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