Emploi. « Nous venons au travail avec la boule au ventre », confie un salarié d’Easydis dont le site est menacé de fermeture

La centaine de salariés de la plateforme Easydis, une filiale du groupe Casino à Limoges, savent maintenant que leur site de travail va fermer. Un PSE est en cours avec une date butoir le 7 septembre. Sur place, représentants du personnel et syndicats se mobilisent avec toujours l’espoir d’avoir un repreneur qui se manifeste.

« On vient au travail avec la boule au ventre », affirme une salariée qui vit un supplice. Venir travailler tout en sachant que l’activité va s’arrêter. « On ne sait pas ce qu’on deviendra demain, et on ne peut pas se projeter », s’exaspère un second salarié. Un plan de sauvegarde a été lancé, maintenant qu’il apparaît évident que le site va fermer. Mais sur place on ne se résout pas à la fatalité.

La loi Florange, répète Cheick Ould, délégué du personnel, oblige toute entreprise de plus de 1000 salariés à chercher un repreneur en cas de projet de fermeture d’un site.

Easydis Limoges, c’est 94 salariés, dont des emplois indirects, en tout 120 salariés à peu près qui risquent demain de se retrouver sur le carreau. Le site de Limoges totalise 60.000 m², avec un budget annuel de 12 millions 800 euros dont 5 millions pour la masse salariale.

Le groupe Casino vient de se séparer de quatre de ses sites en France, dont celui de Limoges, où les organisations syndicales ainsi que les salariés se mobilisent pour ne pas perdre leur emploi en silence.

Casino a 6 milliards d’euros de dettes et cherche à faire des économies pour stopper l’hémorragie. 200 personnes licenciées à Besançon, 200 à Gael en Bretagne, Toulon, et 107 à Limoges. En tout, ce sont 722 suppressions de postes en France. Deux entrepôts sont fermés à Aix-en-Provence (cédés à Auchan et Intermarchés), un autre met également la clé sous la porte à Saint Bonnet les Oules à côté de Saint-Etienne, sans oublier Limoges qui va également fermer.

Ironie de l’histoire, le site de Limoges, bien que menacé, n’a jamais autant connu un surcroît d’activité, racontent les salariés qui se mettent à espérer, sans grandes illusions.

"Je suis déçu, parce qu'en signant en décembre 2021, je ne m'attendais pas à ça si rapidement, donc c'est un peu dur. Passer d'une situation stable à celle de maintenant, ne plus savoir de quoi va être fait l'avenir, c'est un peu compliqué", regrette Raphaël Oliveaux préparateur de commande chez Easydis.

Denis Bonneau travaille ici depuis trente-huit ans, il accuse le coup. "C'est un site qui est propre, il est presque tout neuf, avec plein de travaux de fait. On ne comprend pas trop pourquoi le site ferme !".

Appel à un repreneur

 

Les salariés ont reçu la visite du député Damien Maudet, le 2 mai dernier. « Il faut qu’on se mette ensemble, notamment avec les collectivités locales, parce qu’il faut qu’on tire dans le même sens. Parce qu’on ne va pas perdre 58.000 m² de plateforme logistique, 90 salariés formés. On dit au gouvernement qu’il faut qu’on aille trouver un repreneur pour que les salariés puissent garder leur boulot, parce que ce sont des gens qui sont formés, c’est des savoir-faire aussi qu’on risque de perdre si on ne fait rien. C’est une immense plateforme du Limousin, et donc il faut la garder », avait plaidé le député LFI à l’issue de la rencontre. Il a promis d’écrire au ministre de l’Industrie, Roland Lescure, pour attirer son attention sur la situation du site et des emplois à sauver.

 

« Criblé de dettes, le groupe Casino a engagé une stratégie de restructuration au coût social très lourd, avec des milliers d’emplois supprimés. Les emplois dans les magasins du groupe sont évidemment les premiers touchés. Mais, de façon plus discrète, la restructuration du groupe frappe également les emplois dans le secteur de la logistique, notamment dans les entrepôts de sa filiale Easydis. C’est ce qu’il risque de se produire pour le centre logistique de Limoges et ses plus de 90 salariés si aucun repreneur n’est trouvé. Cette fermeture représenterait un drame social et humain, mais aussi logistique et industriel », écrit le député LFI qui ne veut pas qu’on sacrifie les salariés.

 

Facilitateurs ?

 

Le maire de Limoges doit se rendre dans l’entreprise ce 15 mai à 9h30; à la rencontre des salariés en tant que vice-président en charge de l’économie à Limoges métropole. La situation de l’entreprise le préoccupe beaucoup.

Emile Roger Lombertie veut être utile comme facilitateur, il répond à l’invitation de la direction du site ainsi que des organisations syndicales. Le président de Limoges Métropole a répondu également à l’appel des organisations syndicales. « On a fait de l’emploi notre priorité, c’est avec cet esprit que je me déplace », insiste Guillaume Guérin qui veut aussi rencontrer la direction du site d’Easydis pour comprendre. « Je veux savoir comment Limoges Métropole peut aider le PSE. Je veux qu’on retienne qu’on sera aux côtés des salariés. On veut faire en sorte qu’on trouve une issue favorable pour l’ensemble des salariés ». Les organisations syndicales espèrent que ces visites aideront à trouver un repreneur.