Le CHU de Limoges teste l’Intelligence Artificielle en Ehpad

Publié le

L'intelligence artificielle au service des personnes âgées... L'équipe de gériatrie du CHU de Limoges a lancé une étude innovante : quand un résident d'Ehpad est malade, l'intelligence artificielle établit un diagnostic qui peut éviter une hospitalisation aux urgences.

Léon Chambre a 81 ans et des douleurs persistantes au mollet. Ce résident de l'Ehpad de Saint-Privat en Corrèze en a parlé à l'infirmière de l'établissement qui a prévenu son médecin traitant.

"Il nous fait part de ses symptômes, et nous, on remplit notre tablette"

Mais elle mène en parallèle un autre interrogatoire avec sa tablette connectée à une Intelligence Artificielle. Aurélie Malarange explique : "Il nous fait part de ses symptômes, et nous, on remplit notre tablette, on remplit des cases préconçues."

Léon Chambre participe en fait à un ambitieux projet de recherche clinique. Il témoigne avec le sourire : "Elle a noté tout ça dans sa plaquette, comme j’appelle ça…" Mais il prend cette étude très au sérieux : "J’ai confiance. Je vais vous dire : si personne ne fait d’essais, ils ne sauront jamais rien !"

L'Intelligence Artificielle va ensuite envoyer son propre diagnostic à un médecin à distance qui n'a pas besoin de se déplacer. Dans un contexte de désertification médicale, l'objectif est notamment d'éviter les hospitalisations inutiles.

A 45 minutes de l'hôpital le plus proche

Jean Pair, un autre résident qui participe à l’étude, est conscient de l’enjeu : "Je ne voudrais pas revenir à l’hôpital, je vous le dis franchement." 

Benjamin Farge, cadre de santé, confirme : "On va avoir tendance à hospitaliser beaucoup trop actuellement les résidents, par sécurité, parce que le médecin ne peut pas se rendre sur place ou va dire qu’il vaut mieux envoyer aux urgences. Cela implique un engorgement de nos services d’urgence et c’est est très délétère pour nos personnes âgées. Outre les troubles cognitifs, ça veut dire un long trajet : on est à 45 minutes de l’hôpital le plus proche."

Double lecture

Les dossiers entrés dans la tablette arrivent au service de gériatrie du CHU. On y vérifie que les diagnostics de l'Intelligence Artificielle sont bons, et surtout qu'ils ne feraient pas perdre de chance aux résidents par rapport à la prise en charge décidée par le médecin.. 

Caroline Gayot, coordinatrice de l'Unité de recherche clinique et d'innovation en gérontologie, insiste cette double lecture médecin traitant - Intelligence artificielle : "Comme on est en train de caractériser l’intelligence artificielle, on n’est pas sûrs que ça fonctionne bien. On garde l’activité habituelle, le soin qui est géré par le médecin traitant."

Etude européenne

Car l’Intelligence Artificielle n'a pas vocation à remplacer les soignants. Pour le Pr Achille Tchalla, chef de pôle de gérontologie clinique, "Finalement, c’est le médecin traitant qui va en faire l’usage, en s’appuyant sur des infirmiers qu’il va falloir former à ce dispositif. C'est un outil d’aide à la décision."

Comme à Saint-Privat, 6 établissements de Nouvelle-Aquitaine participent actuellement au protocole. L'étude doit ensuite se poursuivre à une échelle européenne.