Limoges : un lycée pour raccrocher les décrocheurs

Une pédagogie presque « sur-mesure ». Le micro-lycée Utrillo de Limoges souffle ses 5 ans. Cette structure alternative permet à des élèves déscolarisés de longs mois de reprendre le chemin des études. 
 

© France Télévisions
Dans cette classe aux murs blancs et aux portes bleues, Pauline, Thaïs, Léa, Adrien ou encore Jessy écoutent attentivement leur professeur d’espagnol. L’une malaxe une pâte à modeler, l’autre soutient sa tête d'une main, pendant qu’une autre élève change régulièrement de position sur sa chaise.

Les angoisses se devinent. Mais ce cours de terminale se déroule sans encombre. Le professeur savoure la quiétude du cours, les élèves la bienveillance du professeur. 

« Les profs sont géniaux » confie Jessy. 
Léa ajoute « ils sont parfaits ». 
 
La classe se fait en petit comité. Ils ne sont que cinq élèves. 
Chacun prend la parole tour à tour. Certains doivent être freinés, d’autres poussés.

Il faut trouver l’équilibre pour ne laisser personne de côté explique Thierry Debordes, professeur d’espagnol au micro-lycée
Utrillo. 


Retrouver le goût des études


Dans cette terminale, ils ont entre 16 et 20 ans. Ce qui les caractérise, c’est leur parcours. Tous ont été « décrocheurs scolaires », c’est-à-dire qu’ils ont tous été absents du système scolaire traditionnel pendant une longue période, pouvant aller de 6 mois à 4 ans. 

Une maladie, un problème familial, scolaire, une addiction, une résistance face à l’autorité… peuvent conduire à du décrochage raconte Thierry Debordes. 
 

Ce sont souvent des jeunes brisés par la vie et qui n’ont pas été écouté par le système éducatif classique.

 

Une classe à effectif réduit, une pédagogie adaptée, loin de la compétition.
Une classe à effectif réduit, une pédagogie adaptée, loin de la compétition. © France 3 Limousin



Contre le décrochage scolaire : les micro lycées. 


Plusieurs solutions existent pour permettre à ces jeunes déscolarisés, sans diplôme, d’obtenir une seconde chance. Parmi elles, les micro lycées. Ils existent depuis 10 ans. 

En effectif réduit, ces structures permettent aux jeunes de 16 à 26 ans de passer en un ou deux ans un bac général, technologique ou professionnel et de les accompagner dans un projet de formation. 

Celui d’Utrillo au lycée Valadon à Limoges a ouvert ses portes il y a 5 ans. C’est le premier de l’académie de Limoges et le quatrième de la région Nouvelle-Aquitaine. 

Ici, la pédagogie s’adapte davantage à l’élève raconte Carole Deloustal, coordinatrice du micro lycée Utrillo qui s'est lancée passionnément dans cette aventure. 
 

C’est une pédagogie alternative et inclusive parce-que l’idée c’est d’utiliser toutes les passerelles possibles pour que l’élève puisse intégrer la filière de son choix. Et puis, on met les bouchées doubles sur la relation humaine.



En dehors des cours, les professeurs et les élèves peuvent se retrouver dans une pièce commune. Une salle où les échanges informels se révèlent aussi précieux que ceux qui se passent en classe. 

  

A Utrillo, on est un peu l’intermédiaire entre la haute couture et la couture pédagogique de masse, on est un peu comme le tailleur locale. 

 

Décrocher le bac pour « assurer l’avenir »


Pauline entame sa deuxième année au micro-lycée, et elle se sent mieux. Elle retrouve confiance en elle après 4 ans de décrochage scolaire. Elle dit « ne pas avoir eu de chance dans la vie ». Mais aujourd’hui, du haut de ses 19 ans, Pauline imagine la suite. 
 

J’ai espoir, il faut. Je compte devenir auxiliaire de puériculture avant d’être infirmière. 



Jessy veut devenir éducateur spécialisé et travailler avec des immigrés. Thaïs veut faire des études de cinéma et Léa se dirigerait bien dans le social. 

En terminale, la plupart passeront le bac l’an prochain. 
Mais le plus important pour Carole Deloustal, c’est l’après. 
 

On est des sherpas, on leur montre le chemin. Le bac représente l’Everest pour beaucoup de gamins. Mais, il faut construire l’après Everest.



Actuellement, le micro-lycée accueille 15 élèves. Il pourrait en recevoir 40. 

Les inscriptions basées sur un recrutement se poursuivent jusqu’à la Toussaint.  
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