Limoges : la mobilisation se poursuit pour les sages-femmes à l'hôpital mère-enfant et à la clinique des Emailleurs

90 % des sages-femmes de de l’hôpital mère-enfant de Limoges sont en grève ce jeudi 7 octobre 2021. Elles réclament de meilleures conditions de travail, tout comme leurs collègues du privé.

Vêtues de noir, les sages-femmes de l’hôpital mère-enfant de Limoges veulent alerter. Le noir dans leur profession représente une urgence vitale. Aujourd’hui, elles déclenchent "le code noir" pour dénoncer la situation alarmante dans laquelle elles se trouvent.

Ce jeudi matin, une trentaine d’entre-elles se sont réunies devant l’hôpital mère-enfant pendant qu’une dizaine se sont rendues à Paris pour soutenir la mobilisation nationale. Les autres ne sont pas visibles devant le parvis de l’établissement de Limoges, elles sont en grève mais assurent leurs postes. C’est une mobilisation d’ampleur pour ces professionnelles qui ont peu l’habitude de descendre dans la rue. Ce 7 octobre, elles réclament un changement de statut, une revalorisation salariale et des moyens matériels et humains.

Des missions de plus en plus denses

Depuis 22 ans, Julie Roumiguières travaille comme sage-femme à l’hôpital mère-enfant de Limoges. Elle explique que les compétences sont plus importantes qu’avant, que les tâches se sont multipliées et que du travail administratif s’est ajouté. Depuis 2009, les sages-femmes peuvent assurer des consultations de gynécologie préventive auprès des femmes en bonne santé, tant pour la contraception que pour les frottis de dépistage ou encore les mammographies. Depuis 2016, elles peuvent également prescrire et pratiquer des IVG médicamenteuses.  

La professionnelle déplore le manque de temps. "Le temps qu’on passe auprès d’une patiente à lui parler, à l’accompagner, à l’écouter, à la guider, la réconforter, tout ce temps n’est pas valorisé et pris en compte. On côte un acte médical comme une consultation, une prise de sang, un accouchement mais pas ce temps d’échange."

Julie dénonce aussi le manque de sages-femmes.

Dans le service de grossesse pathologique où il y a 14 lits, il y a parfois jusqu’à 20 patientes et on est toujours le même nombre de sages-femmes quand ça déborde.

Julie Roumiguières, sage-femme à l’hôpital mère-enfant de Limoges.

Une profession non revalorisée et qui peine à attirer

Pour devenir sage-femme, il faut 5 ans d’études. Mais, le salaire d’entrée dans la profession s’élève à 1 600 euros net. "Insuffisant" pour ces professionnelles qui travaillent souvent 12h d’affilé, les week-ends et les jours fériés. Cela entraîne des problèmes d'attractivité et donc d’effectifs. Julie Roumiguières s'inquiète car il devient de plus en plus difficile de trouver du personnel pour les remplacer. "Les jeunes sages-femmes sont moins intéressées par l’exercice en milieu hospitalier. Ça nous inquiète parce qu’on a besoin de sang neuf " raconte-t-elle. 

"En 2001, j’avais fait grève, aujourd’hui rien n’a changé" explique Joëlle Robert, sage-femme à l’HME depuis 35 ans. Campée devant le parvis de l’établissement, Joëlle déplore faire partie des exclues du Ségur de la Santé.

Alors qu’un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) publié en juillet dernier, demandé par le ministre des Solidarités et de la Santé préconisait une revalorisation de salaire de 600 euros, le 16 septembre dernier, Olivier Véran leur a fait une annonce loin des mesures suggérées. 40 millions d’euros pour leur profession, "des cacahuètes selon Joëlle" puisque cela correspondrait à une hausse de salaire d'environ 100 euros brut par mois pour le personnel hospitalier et à une prime de 100 euros net effective au 1er janvier 2021.

Comme les autres mobilisées ce jeudi, Julie demande un changement de statut. "On dépend toujours d’une grille para-médicale alors que nous avons des compétences médicales. On réclame un statut à part entière comme l’est notre profession." Changer de statut permettrait de revaloriser le métier, son salaire et ainsi attirer peut-être de nouvelles recrues. 

 

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