Menaces de mort, insultes, violences physiques : en Haute-Vienne, les arbitres de basket-ball écœurés

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Tous les matchs des championnats départementaux, interdépartementaux et régionaux se joueront sans arbitre, le week-end du 9 au 11 décembre 2022 dans le département. Une décision forte et réfléchie, conséquence des nombreuses agressions verbales et physiques lors de ce début de saison.

"Souvent, les gens sont très sympathiques. Mais une fois dans un gymnase, ils deviennent horribles." 

Patrick Pelletier est président du comité de basket-ball en Haute-Vienne. Les violences envers le corps arbitral, il connaît. Mais cette année, il constate une situation catastrophique. 

"Depuis le début de la saison en septembre, sept dossiers disciplinaires ont dû être ouverts, déplore-t-il. C'est déjà deux fois plus que sur l'ensemble de la saison dernière. "

Une situation qui dépasse les frontières départementales. En Nouvelle-Aquitaine, 45 dossiers ont été ouverts depuis la fin de l'été. Pour l’intégralité de la saison 2021-2022, il n'y en a eu qu'une vingtaine.

Un coach m'a menacé de mort sur le terrain, et je m'en souviens comme si c'était hier.

Timothée Varaillas, ancien arbitre

Du 9 au 11 décembre 2022, les matchs des championnats départementaux, interdépartementaux et régionaux se joueront sans arbitre. "Je suis au comité depuis 20 ans, rappelle Patrick Pelletier. C'est la première fois qu'on fait un mouvement de protestation de cette ampleur.

Les jeunes arbitres particulièrement touchés

Dans le corps arbitral, la jeunesse inexpérimentée est la principale victime de ces violences morales et physiques. Le plus souvent, elles sont commises lors de matchs d'enfants, selon Patrick Pelletier. Elles ne viennent pas des joueurs, mais de leurs parents.

"Souvent, des adultes engueulent des arbitres ayant le même âge que leurs gosses, s'insurge le président du Comité de Haute-Vienne. C'est intolérable. Parfois, les parents descendent sur le terrain pour menacer le corps arbitral. Récemment, deux jeunes arbitres ont été agressés. Ils ont dû fuir jusqu'à leur voiture."

En conséquence, certains ne veulent plus arbitrer. Pour chaque match, ils ont une indemnité de 25 euros : pas vraiment suffisant pour se faire insulter et subir des menaces. 

Alexia Aubard, 18 ans, est étudiante en STAPS. Chaque week-end depuis cinq ans, elle arbitre des rencontres de basket-ball en Haute-Vienne. Pour cette jeune femme, l'engagement se passe toujours bien selon elle, mais elle a souhaité témoigner, car elle connaît les difficultés rencontrées par bon nombre de ses jeunes collègues. Pour preuve, la jeune arbitre a assisté très récemment à un épisode difficile avec un collègue : "Des reproches, des moqueries. Un comportement qui peut être humiliant pour la personne. Depuis cette année, je vois que ça ne va plus. Certains ont peur d'arbitrer. Le week-end est censé être un moment de détente."

Avec ce mouvement de protestation, la jeune femme espère que joueurs et public se rendront compte de la difficulté de son engagement. En attendant, de plus en plus de jeunes veulent arrêter.

"Sur 52 personnes, une bonne dizaine pense à ranger le sifflet, déplore Eric Parthonnaud, formateur et répartiteur des arbitres en Haute-Vienne. Je forme des arbitres que je perds dans les mois suivants." 

Après la Covid, une recrudescence de la violence

"Je soutiens totalement le mouvement des arbitres, affirme le secrétaire du club US Beaune Basket-ball Timothée Varaillas. Pour ce week-end, on va se débrouiller."

Cet ancien arbitre se souvient d'un moment particulièrement difficile. "Un coach m'a menacé de mort sur le terrain, et je m'en souviens comme si c'était hier. Ca date d'il y a 6 ans, se remémore-t-il. Psychologiquement, c'est dur, très dur."

L'après Covid est plus violent selon le membre du club de Beaune. "Je ne sais pas pourquoi, admet-il. Les gens se lâchent." Le président du comité de basket-ball en Haute-Vienne exprime, quant à lui, un ras-le-bol général.

"C'est trop, se lamente Patrick Pelletier. Les violences chaque semaine sont épuisantes. On fait de la prévention avec les présidents de clubs. Le week-end suivant, rien ne change." Sans amélioration, il s'engage à renouveler ces opérations de protestations. 

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