Université de Limoges : quelle position face à la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers ?

Alors que plusieurs universités se sont soulevées contre le projet de hausse des frais d’inscription universitaire pour les étrangers hors Union européenne, la présidence de Limoges n’a toujours pas communiqué sur le sujet.
 

Il fallait slalomer entre la centaine de chaises déposée sur le parvis de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Limoges ce lundi 1er avril 2019, au matin pour accéder à l’établissement. Impossible alors de louper les quelques pancartes cartonnées installées sur les dossiers. "Fac morte pour tous.tes les étudiant.es étranger.es qui ne pourront plus aller à la Fac", "Pour une université ouverte à tou.te.s ".
 


Par cette action symbolique où chaque chaise représente dix étudiants qui n’auront pas à accès à l’Université à cause du plan "Bienvenue en France", les manifestants soutiennent la fronde lancée contre la réforme gouvernementale présentée par Édouard Philippe en novembre dernier. Un plan basé sur la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers hors Union européenne.

 

Nous serons forcément fortement impacté puisque nous avons 14% d'étudiants étrangers dans nos rangs, ce qui correspond à 2.200 élèves et une très grande majorité ne sont pas originaires de l'Union européenne", Alain Célérier, président de l’université de Limoges


Par cette opération, l’Unef Limoges interpelle "la présidence à clarifier sa position concernant cette réforme" vouée à s’appliquer dès la rentrée prochaine et "à refuser cette hausse". Alain Célérier avait partagé ses réserves et annoncé être en discussion avec le ministère dès décembre dernier pour garder des frais d’inscriptions accessibles.

Contactée ce lundi, la vice présidente de l'université, Céline Meslier, a déclaré que "tous les moyens légaux seront utilisés pour maintenir le nombre d'étudiants étrangers et notamment entretenir les relations privilégiées de l'université avec celles qui émanent de la francophonie". "Nos universités ont tout de même réussi à faire en sorte que les doctorants ne soient plus concernés par la réforme. Les étudiants étrangers représentent entre 40 et 50% des effectifs des facultés donc c'est une très bonne chose", conclut-elle.
 

19 facs se rebellent


A ce jour, près de 19 facultés (Angers, Strasbourg, Rouen Normandie, Caen Normandie, Tours, Bretagne Occidentale, Paris-Saclay, Le Mans, Lyon II, Grenoble Alpes, Grenoble INP, Sciences Po Grenoble, École nationale supérieure d'architecture, Communauté Université Grenoble Alpes, Rennes II, Clermont-Auvergne, Aix-Marseille, Poitiers, Nanterre) sur 72 au total ont d’ores et déjà entériné déclaré ne pas céder à cette hausse. Elles regrettent notamment l'absence d'une concertation sur le sujet. Un élément déjà dénoncé en décembre dernier, lors de la Conférence des présidents d'université (CPU).  

Des frais d’une centaine d’euros à plusieurs milliers


Alors pourquoi une telle gronde face à des mesures censées rendre plus attractive la formation française ? Parce qu’il s’agit d’un "tri social et raciste" martèle l’Unef Limoges. "Cette mesure vient heurter les valeurs que nous portons, comme l'égal accès à l'enseignement supérieur. C'est presque une question philosophique", abondait Jim Walker, vice-président de Lyon 2 en charge des relations internationales au micro de RFI. Concrètement, les étudiants concernés devront débourser dès la rentrée 2019, 2.770 euros en Licence au lieu des 170 euros aujourd’hui et 3.770 euros en master (contre 243).

Afin de contourner la mesure en toute légalité les universités comptent utiliser un décret daté de 2013. "Après application de critères généraux fixés par le conseil d’administration", chaque établissement a le droit d’exonérer de frais d’inscriptions certains de ses étudiants, dans la limite de 10 % du total des élèves inscrits à l’université.

Avec plus de 300.000 étudiants accueillis chaque année, la France est le quatrième pays d'accueil des étudiants étrangers, malgré une baisse des efffectifs de de 8,1% entre 2010 et 2015.