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La viande bovine limousine bientôt en vente sur le marché américain ?

© Max PPP/Christian Watier
© Max PPP/Christian Watier

Les Etats-Unis ouvrent leurs portes au boeuf français, cela profitera-t-il à l'élevage limousin ? Nous sommes allés interroger les professionnels de la filière.

Par Louis Roussel avec AFP

Peut-être une bonne nouvelle pour la filière bovine limousine. Les Etats-Unis ont décidé d'ouvrir leur marché au boeuf français.

Au pôle de Lanaud lieu emblématique de la race limousine où sont sélectionnées, présentées et vendues les meilleurs bêtes de la race, la nouvelle est bien accueillie. "Cela permet au moins de montrer qu'il y a une image sérieuse, de rigueur, au sein de la filière. Cela montre aussi que les autorités françaises et le ministère font leur travail de contrôle et de labelisation des élevages" indique Jean-Marc Alibert le président du Herd-Book Limousin.


Pas d'appel d'air attendu

Pour autant les éleveurs restent prudents. Rien n'indique que cette mesure permette de créer un appel d'air pour la filière française en difficulté.
"Les Etats-Unis n'ont jamais été un gros client pour acheter de la viande française. Les Etats-Unis sont un gros producteur de viande bovine, ils exportent déjà, donc on peut penser peut-être à quelque marchés de niches...en tout cas, ça ne va pas changer la vie des éleveurs français" tempère Bernard Roux président de la race limousine et président du conseil international limousin.

Un point de vue partagé par le président de la Fédération nationale bovine (FNB), Jean-Pierre Fleury, qui veut
voir dans l'annonce américaine "une bonne nouvelle pour les éleveurs français",
mais ne s'attend, là encore, à aucun appel d'air pour la viande bovine
française en crise, avant au moins la fin 2017.

D'autant que les observateurs du marché soulignent que l'Irlande, qui a reçu le
feu vert américain il y a deux ans, n'a pu exporter que 1.000 tonnes de boeuf de
l'autre côté de l'Atlantique alors qu'elle tablait sur 20.000, en raison de contrôles
ultra-tatillons. "Les Irlandais sont très déçus", selon M. Fleury.

Quelles contreparties ?

Nombreux sont ceux qui s'interrogent maintenant sur les compensations que demanderont les américains en échange de l'ouverture de leur marché. C'est le cas de Jean-Pierre Bonnet le directeur général du groupement limousin bétail et viande "Il y aura sûrement des contreparties, il faudra leur avaler aussi leur viande, qui sera peut-être aux hormones, alors que les éleveurs français sont soumis à des cahiers des charges auxquels les américains ne sont pas soumis."


Depuis 1998, un embargo était imposé à la suite de la crise de la vache folle en Europe


Dans un courrier reçu jeudi au ministère de l'Agriculture à Paris, les Etats-Unis
ont reconnu une équivalence entre les systèmes de contrôle de production français
et américains
, ouvrant de facto la porte à des importations de boeuf français.

"C'est un premier pas dont on se félicite, mais cela ne veut pas dire que les
exportations vont commencer demain", en raison des nombreuses formalités administratives
qui restent à mener, a tempéré un porte-parole du ministère.

Cette décision est l'aboutissement d'un "travail de comparaison réglementaire
que nous avons commencé il y a à peu près deux ans", a expliqué à l'AFP Stéphanie
Flauto, sous-directrice à la Direction générale de l'alimentation (DGAL).
Grâce à cette reconnaissance, "les autorités américaines nous confient la vérification
des contrôles, selon les standards discutés entre nous et nous laissent la capacité
d'agréer nous-même les établissements", a-t-elle ajouté.

Désormais les autorités françaises peuvent donc agréer les établissements
(abattoirs et ateliers de découpe et de transformation) qui le demandent et qui
répondent à des critères sanitaires bien précis concernant la lutte contre l'encéphalopathie
spongiforme bovine (ESB, dite maladie de la vache folle), mais aussi différentes
souches d'E.Coli.

 

La décision surprise des Américains pourrait avoir une signification plus
largement politique.

Un observateur des négociations transatlantiques sur la viande
bovine qui requiert l'anonymat, trouve "curieuse" la concordance de cette annonce
avec la relance fin décembre de la bataille UE-USA sur le boeuf américain aux hormones
devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

"Il y a de la stratégie politique là-dedans, car une réunion doit avoir lieu à
Bruxelles la semaine prochaine pour définir une position européenne commune après
la dénonciation par les Américains du moratoire sur la vente de boeuf aux hormones
en Europe", selon cette source.
"Que va proposer la France après cette "pression" amicale ?" s'interroge cette
source.
La question du boeuf aux hormones est l'un des plus vieux contentieux commerciaux
entre l'Union Européenne et les Etats-Unis depuis 1989, lorsque Bruxelles a interdit
pour la première fois la viande aux hormones dans l'Union.
"L'Union Européenne ne cédera pas sur la question du boeuf aux hormones, et les
Etats-Unis le savent. Mais ils veulent les obliger à avoir des ouvertures sur le
marché et des baisses de droits de douane. Si ce n'est pas sur le boeuf, ce sera
sur d'autres produits"
, avait expliqué à l'AFP l'économiste Jean-Paul Simier avant
Noël.

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Emilie Beau

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