Le Limousin "arrière-pays" de Bordeaux, mais qu’a voulu dire Nicolas Florian ?

L’expression avait déjà été employée par Alain Juppé en 2015, avant que l’ancien maire de Bordeaux ne fasse machine arrière. Cette fois, c’est son ancien bras droit, Nicolas Florian, tête de liste LR aux régionales qui a utilisé cette notion controversée. 

© France Télévisions

Il ne s’attendait sans doute pas à un tel tollé… Aussitôt qu’il a dit vouloir "valoriser l’arrière-pays", en désignant le Limousin, Nicolas Florian, a provoqué une pluie de réactions indignées sur les réseaux sociaux. 

 

A l'arrière...

Des Limousins piqués au vif et des adversaires de gauche qui s’en donnent à cœur joie… Pourtant, si l’on s’en tient à une définition purement scientifique, l'arrière-pays n'a rien de péjoratif.  

On attribue cette notion au géographe écossais George Chisholm (1850-1930). L’arrière-pays désigne selon lui "l’aire d’attraction et de desserte d’un port (généralement maritime, exceptionnellement fluvial ou lacustre), c’est-à-dire l’espace continental qu’un port approvisionne et inversement dont il retire les marchandises qu’il expédie." 

On cite souvent comme exemple le port de Rotterdam et son riche hinterland (mot anglo-saxon qui a donné l’équivalent français) industrialisé et relié à toute l’Europe occidentale.

En France, la notion n’a pas tout à fait le même sens. L’arrière-pays est couramment assimilé à une zone continentale rurale ou montagnarde située en arrière d’une côte. Elle sous-entend des niveaux plus faibles d’activité, voire carrément un déclin.  D’où, peut-être, ce sentiment d’infériorité qui peut en découler.

 

Question d'échelle

Même si l’on s’en tient à cette seconde définition, peut-on vraiment considérer le Limousin comme l’arrière-pays bordelais ? 200 kilomètres séparent le Limousin de la côte la plus proche, à vol d’oiseau…

"De l’arrière-pays niçois, vous voyez la mer !" ironise Eric Rouvellac, professeur de géographie à l’université de Limoges.  Selon lui, tout dépend de l’échelle à laquelle on se place. "A l’échelle européenne, la Creuse est effectivement sur la façade atlantique. A l’échelle de la France et de la Nouvelle-Aquitaine, c’est beaucoup moins évident. Elle regarde autant vers le nord, le sud, l’est et l’ouest."

Dans ses propos rapportés par nos confrères de La Montagne, Nicolas Florian constate d’ailleurs, à raison : "Ici, on est parfois plus tourné vers la région Auvergne-Rhône-Alpes que vers le littoral et Bordeaux."

Eric Rouvellac acquiesce, et complète : "De même que la Corrèze est plus tournée vers Toulouse que vers Bordeaux."

Le candidat de la droite n’est donc pas sans arrière-pensée lorsqu’il parle d’arrière-pays. En tant que candidat à la présidence de la région Nouvelle-Aquitaine, il veut faire en sorte que le Limousin lorgne davantage la Belle Endormie que les capitales occitane ou auvergnate.

 

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