Journée de la déportation : des témoignages audio de rescapés enregistrés en Lot-et-Garonne

En cette journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation, les cérémonies publiques ne sont pas autorisées, confinement oblige. En Lot-et-Garonne, une association a mis en ligne des témoignages d'anciens résistants passés par les camps pour que chacun puisse se souvenir.

L'entrée du camp d'Auschwitz en Pologne lors de la journée nationale du souvenir des victimes de la déportation le 27 avril 2017 en hommage aux victimes du Nazisme qui a fait plus de 1,1 million de morts dans les camps de concentration
L'entrée du camp d'Auschwitz en Pologne lors de la journée nationale du souvenir des victimes de la déportation le 27 avril 2017 en hommage aux victimes du Nazisme qui a fait plus de 1,1 million de morts dans les camps de concentration © Frederic Hermann/Wostok Press/Maxppp
Comment rendre hommage aux victimes et héros de la déportation en ce dimanche 26 avril 2020 alors que le confinement est toujours en vigueur en France ?

En Lot-et-Garonne, l'association "les amis de la fondation pour la mémoire de la déportation" propose à chacun d'écouter des témoignages audios de victimes et rescapés de la région ou d'ailleurs.
 

Décrire une "inimaginable réalité"


Ces témoignages ont été sélectionnés et enregistrés par des collégiens et lycéens du département en collaboration avec une radio locale, radio 4.

Ils "sont les seuls capables de décrire cette inimaginable réalité" des camps est-il expliqué sur le site du collège Jean Boucheron de Castillonnès participant à l'opération.

"Ces paroles de déportés se suffisent à elles-mêmes, tant leur force est saisissante. Elles offrent une synthèse de l’univers concentrationnaire et constituent un document plein d’effroi et de recueillement".


Tout est dit.

On peut notamment entendre les récits de Jacques Chantre et d'André Guitat, les doyens de la délégation départementale des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation du Lot et Garonne.

A plus de 90 ans "ils sont encore très actifs et témoignent inlassablement dans les établissements scolaires" explique l'AFMD 47 à l'origine de l'opération.

Leurs "paroles de déportés" ont été "mises en voix" par Luna Deltor et Liroy ZAMI, élèves du Lycée Polyvalent Georges Leygues / Louis Couffignal de Villeneuve sur Lot.

Jacques Chantre, ancien instituteur entré en clandestinité en 1943, raconte comment il a été arrêté puis interné à la prison centrale d'Eysses avant d'être envoyé dans un wagon à bestiaux jusqu'à Dachau d'où il ne sortira qu'en mai 1945 à la libération du camp par les américains.

Il évoque "ces policiers spéciaux de Pétain qui nous ont empêché de nous évader et ont fusillé douze des nôtres en février 1944".

Il raconte aussi comment un allemand a voulu contrôler la forme de son nez et ceux de quelques camarades.

"Mon nez busqué l'avait alerté. Il pensait tenir un juif. Et des juifs, les soldats étaient en train de les jeter à terre à coup de crosse puis de les frapper à coup de bottes". 


André Guitat décrit lui son arrivée au camp de Neuengamme en juin 1944, un extrait tiré de son livre "Mémoire d'une vie".

"A la sortie du wagon à bestiaux, nous étions entourés de chiens et d'hommes aussi hargneux les uns que les autres. Ceux qui avaient le malheur de tomber ou de passer trop près des crocs acérés se faisaient mordre. Nos jambes n'ayant pas bougé depuis de longues heures nous avions tous du mal à coordonner nos pas".

Une fois déshabillé et rasé, on lui confie "une tenue de bagnard et des claquettes à semelle de bois". Un numéro aussi à coller sur sa veste.

Lui sera le 34 730. "Ceci est votre identité" lui dit-on. "Dans ces tenues et le crâne rasé personne ne reconnaît personne" écrit-il. Et puis un gradé hurle :

"Vous êtes ici pour travailler. Vous n'avez plus de nom. Vous répondez maintenant à un numéro. Mon chien a un nom, pas vous. Vous ne sortirez d'ici que par la cheminée du crématoire que vous voyez derrière vous".


Glaçant.

Ces enregistrements ont été réalisés à l'occasion du 75e anniversaire  des « marches de la mort » et de la découverte des camps nazis.
 

Des cérémonies officielles en petit comité


En cette période de confinement, le grand public n'est pas convié aux cérémonies officielles de cette journée de la déportation.

D'où cette idée de rendre hommage aux victimes et aux héros en écoutant leurs témoignages depuis chez soi.

A Paris la Secrétaire d’État auprès de la ministre des Armées Geneviève Darrieussecq ira se recueillir au mémorial de la Shoah puis au mémorial des Martyrs de la Déportation.

Dans les régions, comme l'indique ce tweet de la préfecture du Lot-et-Garonne, les préfets se recueilleront devant les monuments aux morts lors de rassemblements en petits comités.
 

 
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