Infanticide : une mère et son compagnon jugés pour le viol et le meurtre de la petite Ciara, 13 mois

Les faits sont d'une extrême violence. En 2018, à Villeneuve-sur-lot, la petite Ciara âgée de 13 mois mourrait. Elle avait été battue et violée. Lundi 4 avril, sa mère et son compagnon de l'époque comparaîtront devant la cour d'Assises du Lot-et-Garonne. Le père lui attend la vérité.

Qui est responsable du calvaire infligé à la petite Ciara ? Sa mère ? Son compagnon ? Les deux ? L'enquête n'a pas réussi à répondre à cette question et ils seront l'un et l'autre dans le box des accusés, lundi 4 avril 2022 à Agen. 

Alicia, elle, est convoquée comme accusée et partie civile. Pour son avocat, Laurent Bruneau, ce double statut est inédit et traduit la place de sa cliente dans son dossier. Elle est une victime et il plaidera l'acquittement dans un procès qui s'annonce compliqué : 

"Parce que la charge émotionnelle est énorme et parce qu'on va se baser sur l’intime conviction des jurés de la cour d’assises parce qu’il n’y a pas de preuve concrète de qui est l’auteur. Donc, il va falloir décortiquer les faits pour réussir à faire comprendre que ça n’a pas pu être elle."

Selon l'association l'Enfant bleu-Enfance maltraitée, qui s'est constituée partie civile, l'autopsie a révélé que "le décès [était] dû à un éclatement du foie ayant entraîné une hémorragie interne imputable à des faits commis dans les heures ayant précédé la mort de la fillette." Les expertises médicales ont également révélé un traumatisme génital et des lésions au niveau de l'hymen. 

Le père, Mohamed, avait déposé sa fille, la veille, le 4 décembre 2018, chez sa mère, à Villeneuve-sur-lot. 

Depuis plusieurs mois, il redoutait le pire et se démenait pour alerter les services sociaux sur les traces d'ecchymoses, photos à l'appui. Deux jours plus tôt, il avait encore amené sa petite fille chez un médecin. 

Une mère et son compagnon en perdition 

Dans une interview accordée à nos confrères de Sud-Ouest, (article réservé aux abonnés)  il décrit une mère en perdition, consommatrice de stupéfiants en tout genre et sans emploi. Agée de 22 ans au moment des faits, elle était déjà la maman de Tayron. Un garçon de 5 ans, né d'une relation précédente.  

L'association L'Enfant Bleu-Enfance Maltraitée révèle qu'elle faisait l'objet d'un suivi administratif  pour ses deux enfants. Un juge des enfants était intervenu huit mois avant le calvaire et la mort atroce de Ciara. Six mois plus tard, le juge des affaires familiales avait fixé la résidence de la fillette chez son père, la mère bénéficiait d'un droit de visite et d'hébergement un week-end sur deux et du mardi soir au mercredi soir une semaine sur deux. 

Selon son avocat, elle voulait obtenir le droit de garde. Il estime donc "absolument incohérent qu'elle ait pu commettre ce qu’on l’accuse d’avoir commis, alors qu'avec son fils ainé, elle n’était pas violente, alors qu'elle se battait pour récupérer sa fille

Défendre l'innocence de sa cliente, c'est nécessairement tenter de faire porter la responsabilité des faits sur son nouveau compagnon Malcom, 18 ans en 2018. Il venait tout juste d'emménager avec elle au moment où elle faisait l'objet d'un suivi administratif et judiciaire.

Dans son communiqué du lundi 28 mars 22, l'association l'Enfant Bleu-Enfance Maltraitée milite "pour que les services administratifs et judiciaires puissent étendre leur contrôle et suivi aux tierces personnes et notamment les compagnes/ons qui intègrent le quotidien de ces enfants sous surveillance". 

Par l'intermédiaire de Maître Jean-Christophe Boyer, elle "veut porter la voix de la petite Ciara" lors du procès

Alicia et Malcom ont tous deux été mis en examen et placés en détention provisoire pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner et viol incestueux sur mineure de moins de 15 ans par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime.
Tous deux nient les faits qui leur sont reprochés. Ils encourent jusqu'à 30 ans de réclusion criminelle. 

Un père qui veut comprendre 

Mohamed, le père, lui n'attend rien de ce procès sinon comprendre, indique son avocat agenais, Edouard Martial : 

"Il ne sait toujours pas ce qui a pu se passer. Qui a fait quoi ? Est-ce que c’est elle, la maman ? Même s’il ne s’entendait pas avec elle, il n’oublie pas la vie qu’ils ont eue, même si elle a été chaotique, et surtout la naissance d’un enfant. C’est une mère qui est dans le box des accusés. C’est une véritable tragédie. Et puis un homme qui a partagé la vie de cette femme, et pas d’une maman, et qui se retrouve lui aussi dans le box, accusé de crimes qui sont extrêmement lourds et durs à entendre. "

Il faudra aussi revenir sur le rôle des services de la protection de l'enfance.  

« J’avais dit que ça arriverait. Cela faisait des mois que j’alertais les services sociaux pour avoir la garde de la petite » avait confié Mohamed Bouafia à nos confrères de Sud-Ouest quelques mois après les faits. " J'amenais les preuves, les photos des bleus, des traces, mais rien n'a bougé"

Le procès se tiendra du 4 au 8 avril devant la Cour d'Assises du Lot-et-Garonne. Quatre jours qui s'annoncent éprouvants. 

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