Lot-et-Garonne : la chasse à la palombe prolongée pour protéger les cultures de tournesol

Publié le Mis à jour le
Écrit par Marie-Eve Constans

Jusqu’à fin juillet, la préfecture du Lot-et-Garonne permet aux chasseurs d’abattre les palombes qui dégraderaient les champs d’oléagineux.

Traditionnellement ouverte de septembre à février, la chasse à la palombe se poursuit en Lot-et-Garonne, jusqu’au 31 juillet 2022. Une chasse sous conditions de cet oiseau classé comme nuisible depuis 2017 dans le département :

  • Le tir est autorisé uniquement à proximité immédiate des cultures de céréales et d’oléo-protéagineux, depuis un poste installé à l’intérieur ou en limite de culture.
  • Les tirs ne sont autorisés que sur les parcelles ayant subi des dégâts liés aux palombes.
  • Seuls des chasseurs affiliés à la fédération locale sont autorisés à intervenir.

Cette pratique crée un raccourci de la procédure précédente. L’agriculteur devait alors faire valider l’intervention des chasseurs sur sa parcelle victime de dégâts en montant un dossier auprès de la préfecture, ce qui prenait plusieurs jours. Un délai souvent mal toléré par les agriculteurs.

Ils sont soulagés cette année car nous intervenons rapidement. Ils se sentent compris et soutenus dans leur travail,

François Gaignaut, président de la fédération des chasseurs du Lot-et-Garonne

Cette décision a été notifiée par un arrêté préfectoral du 6 juillet 2021. Elle s’applique dans les faits à cette saison de culture pour la première fois. Difficile donc d’avoir le recul suffisant pour juger de son effet. Du côté des chasseurs, on estime à environ 600 le nombre de palombes tuées.

Pas de quoi mettre en péril l’espèce. Le but est surtout de tirer pour les effrayer et qu’elles ne reviennent plus sur la parcelle.  

François Gaignaut, président de la fédération des chasseurs du Lot-et-Garonne

L’arrêté était en tout cas très attendu par les cultivateurs du département qui font face chaque printemps au moment des semis aux « visites » des palombes qui raffolent des graines de tournesol.

Environ 6% des semis doivent être refaits chaque printemps. Un problème qui s’est aggravé ces dernières années avec la sédentarisation des palombes dans tout le Sud-Ouest.

Un enjeu national

Le Lot-et-Garonne cultive une grande partie du tournesol aquitain, soit 26.000 hectares l’an dernier. Une surface qui devrait augmenter d’au moins 50% cette année au vu des besoins de la France.

En effet, depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, l’huile de tournesol manque dans les rayons des supermarchés français. Avec 50 % des exportations mondiales, l’Ukraine en est le premier exportateur. La guerre entrave les échanges commerciaux entre les pays et provoque cette pénurie.

Conséquence, les exploitants de tournesol français sont priés de produire plus et les espèces classées comme "nuisibles" sont dans le viseur.

La LPO dénonce un arrêté "inepte"

Du côté des défenseurs des oiseaux, on ne décolère pas face à la décision de la Préfecture, même si l'on connait bien le problème des dégâts des palombes sur les cultures.

La Ligue de Protection des Oiseaux estime que le contexte international n'est qu'une excuse pour "prolonger le plaisir des chasseurs à tirer les palombes". L'association estime que d'autres solutions comme l'effarouchement auraient été préférables. 

Cette chasse cause un préjudice à l'ensemble de la biodiversité car d'autres espèces en sont victimes. Le cycle et la nidification de dizaines d'animaux se trouvent perturbés.

Olivier Le Gall, Ligue de Protection des Oiseaux

Source France 3 Aquitaine

Un enjeu important pour le département

Avec 1,7 million de tonnes récoltées en 2020, la France est en tête des pays européens producteurs de tournesol. La Nouvelle-Aquitaine elle, est la première région française à en produire : 210 000 hectares, soit 12,5 % de la surface régionale des céréales et oléo protéagineux.

Et les chiffres de production devraient s'envoler cette année avec l’augmentation du cours du prix du tournesol, multipliés par deux en un an, de 400 à 800 euros la tonne.

Les producteurs sont également séduits par les atouts indéniables de la plante : peu gourmande en engrais et en eau.

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