• ECONOMIE
  • POLITIQUE
  • SOCIÉTÉ
  • FAITS DIVERS
  • SPORT
  • CULTURE

Migrants : pourquoi tant de haine dans vos propos ?

© Maxppp
© Maxppp

Notre chaîne France 3 est particulièrement attachée à la liberté d'expression. Pourtant cette liberté ne peut pas être l'opportunité pour nos internautes de déverser un torrrent de haine dans les commentaires laissés sur notre page Facebook. Voici notre position sur cette polémique.

Par France 3 Poitou-Charentes BD

C'est l'histoire d'une équipe de reportage de France 3 Poitou-Charentes qui part à Saint-Georges-de-Didonne pour établir le bilan de l'accueil de 29 Soudanais, un mois après leur arrivée dans un centre de vacances appartenant à la RATP. Cette équipe travaille sur place, recueille des témoignages et réalise un sujet qui démontre que ces migrants ne perturbent pas la tranquillité des habitants et qu'au contraire un réseau de solidarité s'enracine autour d'eux.

Ce sont des faits. Pas une prise de position, mais la restitution honnête d'une situation vécue sur le terrain, comme l'explique notre journaliste Olivier Riou dans l'encadré en bas de cet article. Ce reportage sera repris dans le fil d'actualité de notre site Internet et posté sur notre page Facebook. Nous sommes habitués à modérer un certain nombre de commentaires qui dérapent. Comprenez que ces "avis" postés, souvent dans l'anonymat, ne respectent pas notre charte déontologique quand ils ne sont pas carrèment répréhensibles aux yeux de la loi. Rappelons que le racisme ou la stigmatisation de groupes de personnes en fonction de leur appartenance religieuse, ethnique ou sexuelle ne sont pas des opinions mais un délit puni par le Code Pénal.

Voici pourtant ce que nous pouvons lire sur notre page Facebook.

Et aussi...

Rappelons que toutes les aides fournies au migrants sont prises en charge par l'Etat français. Jamais par les communes qui les accueillent : les habitants concernés n'ont donc pas à craindre une augmentation de leurs impôts locaux. Quant aux femmes et aux hommes qui les prennent en charge, il s'agit de bénévoles qui interviennent dans le cadre d'associations.

Parfois des internautes manifestent leur désaccord avec des positions haineuses mais dans leur grand majorité, les commentaires figurant sur notre page Facebook témoignent d'une véritable répulsion à l'égard des migrants.


Quelques uns appellent à les fusiller, d'autres jettent l'opprobre sur toute une religion.

Le plus souvent avec une orthographe qui ferait bondir un enfant de 10 ans, comme le souligne cette internaute :


La rédaction de France 3 Poitou-Charentes ne peut plus laisser passer ce torrent de haine sans réagir et qui déferle le plus souvent sous couvert d'anonymat. Nous ne prenons pas de position en montrant que l'accueil des migrants se déroule dans de bonnes conditions dans notre région : nous ne faisons que témoigner d'une réalité que nous constatons professionnellement. Que ce soit à Poitiers, à Fouras, à La Rochelle ou à Mignaloux-Beauvoir, l'arrivée de ces demandeurs d'asile n'a été suivie d'aucune atteinte à l'ordre public et les bénévoles qui s'occupent d'eux expliquent -qu'au contraire- la greffe prend bien entre ces familles et les habitants des quartiers où ils sont accueillis.

L'histoire de notre pays est faite de ces brassages qui signifient aussi notre enrichissement. Des vagues successives de réfugiés venus de Belgique, de Suisse ou encore d'Italie ont contribué à épanouir la révolution industrielle de notre pays. Leurs enfants ou leurs petits-enfants sont souvent le médecin qui nous soigne ou le chef d'entreprise qui donne du travail. Des Juifs fuyant les pogroms, des Arméniens sans terre ont été accueillis chez nous parce qu'ils fuyaient la mort ou des conditions de vie dangereuses. On oublie parfois que les familles syriennes qui fuient leur pays en guerre ne le quittent pas par plaisir mais parce qu'elles n'ont plus le choix.

La ville d'Alep, en Syrie. / © Maxppp
La ville d'Alep, en Syrie. / © Maxppp

Enfin, pour en revenir aux chiffres, qui ne sont pas contestables, ce sont 900 migrants en provenance de Calais qui sont accueillis dans la région Nouvelle-Aquitaine qui compte 5.850.000 habitants, ce qui représente 0,01 % de la population totale. On est loin du "grand remplacement". Ces arrivées ne pèsent en rien sur notre budget, notre manière de vivre ou nos relations sociales et familiales.

Nous souhaitons donc un débat apaisé sur les réseaux sociaux et continuerons à être vigilants pour défendre nos valeurs qui sont celles défendues par le service public. Pas plus, pas moins.


 

La réaction d'Olivier Riou, notre journaliste qui, avec Laurent Gautier, a réalisé le reportage sur les miogrants accueillis à Saint-Georges-de-Didonne.

Je lis certains commentaires sur Facebook à propos du reportage que j’ai effectué sur les migrants à Saint-Georges-de-Didonne. Je ne sais si vous prendrez le temps de lire ce post mais pour ceux qui le feront, je vous livre quelques précisions.

Ce ne sont pas vos impôts qui servent à héberger ces 29 personnes. Tout est pris en charge par des associations dont la principale s’appelle l’Escale. Cette association gère depuis la seconde guerre mondiale tout ce qui touche aux réfugiés et aux demandes d’asiles politiques. La municipalité de Saint-Georges-de-Didonne n’a donc rien à payer. Son rôle est d’informer sa population sur les conditions d'accueil dans ce centre de vacance appartenant à l'Etat. Ce que veulent ces 29 Soudanais, c’est l’asile politique, ce n'est pas rejoindre un autre pays européen comme l’Angleterre ou l’Allemagne.

Dans le reportage j’aurais pu évoquer les massacres inter-ethniques, la guerre civile, la traversée de la Méditerranée, les centres et camps de réfugiés partout en Europe ou sont passés ces jeunes hommes qui ont entre 19 et 27 ans. Oui cela se passe très bien entre ces gens et la population locale, toutes les personnes que vous pouvez voir et entendre dans ce reportage étaient sur place. Je ne les ai pas appelées pour faire de la figuration. J'explique ceci par rapport à certains commentaires : "on nous dit ce qu’on veut et surtout ce que vous voulez entendre".

Pour conclure, mon métier est de raconter, après avoir vérifié, ce que je vois. Je vous donne les faits, je ne les interprète pas. Pas d'inquiétude, ce n’est pas l’Elysée qui dicte mes commentaires ou jette un oeil sur mes reportages. Je ne fais pas parti de l’oligarchie, d’une pseudo-élite, ni d’aucune obédience.
Mon job au quotidien est de décrypter l'actualité et de vous aider à comprendre ce qui se passe tous les jours sur notre territoire.

O.RIOU
Journaliste France 3 Poitou-Charentes

A lire aussi

Sur le même sujet

Ford Blanquefort, gilets jaunes et marcheurs pour le climat : à Bordeaux, une journée de mobilisations

Les + Lus