Pollution des océans : des coiffeurs ont décidé de filtrer les océans avec nos cheveux

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Écrit par Julie Chapman

Et si vos cheveux pouvaient dépolluer les océans ? Ce n'est pas une utopie mais le concept proposé par l’association des Coiffeurs Justes. En Aquitaine, près de 160 salons ont décidé d'adhérer au projet en recyclant les cheveux de leurs clients, comme cette coiffeuse de Lescar en Béarn.

Préserver l’océan avec nos cheveux, une idée farfelue pourtant bien réelle. En 2015, les Coiffeurs Justes, une association fondée par Thierry Gras, coiffeur depuis trente ans dans le Var, voit le jour. Son objectif : collecter les cheveux coupés des salons de coiffure pour les recycler. “C’est la seule matière première qui ne coûte rien, dépollue, isole et n’est jamais enfouie ou incinérée”, énumère Thierry Gras, président des Coiffeurs Justes.

Un concept tout nouveau, pour des vertus connues depuis bien longtemps. “Les Mongols tout comme les Marocains les utilisaient pour isoler ou renforcer leurs maisons. C’est une matière utilisée depuis la nuit des temps. Lorsque l’Amoco Cadiz s’est échoué, les gens s’en sont servis pour dépolluer l’océan ! ”, rappelle le président des Coiffeurs Justes.

Les coiffeurs Justes: le cheveu nouvelle ressource ©Coiffeurs Justes

Multiples utilisations

Et si nos belles crinières sont utilisées depuis longtemps, c’est que leurs vertus sont multiples. “Les cheveux sont lipophiles ce qui permet aux hydrocarbures de s’y coller sans rentrer dedans. Ils sont également incompressibles et peuvent porter jusqu’à 100 g. Enfin, les cheveux ne pourrissent pas, en témoignent les mèches de cheveux de bébés, gardées en souvenir”, énumère Thierry Gras.

Des atout qui ont poussé les Coiffeurs Justes à recycler les cheveux en boudins filtrants pour préserver les océans. “On les met dans les cales des bateaux pour absorber l’huile, mais ils servent aussi, associé à des casiers à moules, à constituer une barrière autour des stations de ravitaillement des bateaux. Ils peuvent même être utilisés pour circonscrire les marées noires, lorsqu’un bateau échoue”, détaille le président des Coiffeurs Justes. 

Et si leur utilisation est pour l’instant orientée vers les océans, ils peuvent également être utilisés dans les rivières ou sur les zones d’écoulement des routes, avant que l’eau ne s’infiltre dans les sols ou soit rejetée à la mer. “Les cheveux filtrent aussi les huiles et les crèmes solaires, qui empêchent la photosynthèse et polluent les océans”, explique Thierry Gras.

“Apporter sa pierre”

En Aquitaine, près de 160 salons ont adhéré au concept. C’est le cas de Sabrina Claverie, gérante du salon Entremêlé, à Lescar, dans les Pyrénées-Atlantiques. “Après les avoir découverts pendant le confinement, je me suis lancée dans l’aventure il y a quinze jours”, explique la coiffeuse. Et dans son salon, l’initiative fait mouche. “Les retours sont très bons, les gens trouve ça rigolo, et sont contents de contribuer à ça”, se réjouit Sabrina Claverie.

Sur commande, elle reçoit un sac, équivalant à un peu plus d’un mois de déchets, qu’elle remplit progressivement avant de le renvoyer, au centre de traitement. “Ce n'est vraiment pas contraignant ni en terme de temps ou d’argent, et on se dit qu’on apporte sa pierre à l’édifice pour préserver l’environnement”, explique Sabrina Claverie.

C’est également un véritable avantage économique pour les coiffeurs. Car s’ils doivent s’affranchir de 25 € de cotisations annuelles et de l’achat des sacs en papier recyclé, à 1 € l’unité, ils économisent sur leur production de déchets, taxés au litre. Pour un salon, 470 litres de cheveux sont coupés par mois, ce qui représente 50 % des déchets des coiffeurs.

Économie circulaire

Du côté du recyclage, les cheveux sont collectés et recyclés dans différents centre de travail, tels que les ESAT ou en prison. "Cela leur revient à 4 ou 5 € par boudin et nous les vendons 9 €. Ça leur permet de se faire une vraie plus-value”, explique Thierry Gras.

À terme, l’association espère s’intégrer complètement dans l’économie circulaire, en installant notamment des conteneurs, à proximité des salons. “Les cheveux d’Aquitaine resteront en Aquitaine et y seront utilisés”, résume Thierry Gras. 

De son côté, Sabrina Claverie a fait passer le mot à ses confrères. “Certaines personnes de mon entourage sont intéressées, l’une d’entre elles va même adhérer”, assure la coiffeuse de Lescar. Avec 3 200 salons dans toute la France, l’association accueille chaque semaine une cinquantaine de nouveaux coiffeurs. Elle se tourne désormais vers l’International, avec des partenaires en Suisse, Belgique ou Canada.