"Vacances apprenantes" post-covid : un pari ambitieux mais des réactions mitigées

Des "écoles ouvertes" et des stages de réussite durant l'été. Voilà le dispositif de "vacances apprenantes" qui devrait permettre aux élèves de rattraper le retard pris durant le confinement. Un dispositif qui ne fait pas forcément l'unanimité parmi les enseignants et les parents d'élèves.

Alors que les élèves sont incités à retourner en classe, certains dits "décrocheurs" ne reviendront pas.
Alors que les élèves sont incités à retourner en classe, certains dits "décrocheurs" ne reviendront pas. © Luisella planeta leoni / Pixabay
Pour lutter contre le décrochage scolaire lié au confinement, le ministère de l'Éducation nationale déploie son dispositif de "vacances apprenantes". Une ​opération qui repose sur plusieurs dispositifs allant de l’élargissement du dispositif École ouverte à la mise en œuvre d’accueils de loisirs et de colonies de vacances apprenantes.
Certains établissements prévoient donc de rester ouverts en cet été 2020.  Dans l'académie de Bordeaux, plus de 700 écoles, collèges et lycées participent à l'opération Ecole ouverte. 
 Le principe est simple: cours fondamentaux le matin, activités plus ludiques et sportives l'après midi.
Illustration au collège Auguste-Blanqui de Bordeaux: un établissement situé en zone d'éducation prioritaire qui accueille des enfants volontaires du CP au CM2 et 24 de ses propres collégiens. 
© France 3 Alpes
Virginie Merle, principale du collège, tire un bilan très positif de ce dispositif mis en place depuis plusieurs années dans son établissement.  "C'est important pour nos élèves de se sentir soutenus. De nombreuses familles n'ont pas les moyens de partir en vacances".
Cet été, nous proposons des stages au mois de juillet et à la fin du mois d'aout. Les élèves volontaires sont encadrés par des enseignants et des animateurs eux aussi volontaires. L'objectif est de leur proposer du renforcement scolaire et des activités plus culturelles.

  Des vacances apprenantes, c'est une bonne chose, mais je crains que cela ne s'adresse qu'à des familles favorisées.

Frédéric Rolland, enseignant

Ces mesures ont un écho mitigé chez certains enseignants: s'ils reconnaissent qu'il est important que l'Education nationale propose des aides aux enfants en difficulté, ces mesures les laissent sceptiques. Frédéric Rolland enseigne au collège Georges Brassens de Podensac en Gironde: " Il faut être humble par rapport à ce dispositif, on s'en méfie d'autant plus que l'expérience nous a montré que ce n'est pas la panacée. On ne peut pas dire que cette solution est efficace pour aider les élèves décrocheurs, dans la mesure où cela fait des années que l'on réclame de meilleures conditions de travail, une revalorisation de nos salaires.

Je suis favorable à ce dispositif mais on ne réglera pas le problème de fond.

Fredéric Rolland, enseignant

Des vacances apprenantes, c'est une bonne chose, mais je crains que cela ne s'adresse qu'à des familles favorisées"
De son côté, Céline Madsen, professeure d'anglais au lycée Pape Clément de Pessac en Gironde, déplore un effet d'annonce : " L'impact de ces Vacances apprenantes sur les élèves décrocheurs sera faible. Après cette crise sanitaire, les élèves sont devenus fatalistes. A quoi bon? Si une nouvelle pandémie vient rebattre les cartes à la rentrée!! Auront-ils le courage de participer à ces vacances apprenantes? Pas vraiment. Ceux qui ont besoin d'argent feront des petits boulots durant l'été, les autres ont envie de profiter de l'instant présent. Tout simplement" conclue- t-elle.

Après deux mois de confinement, l'envie d'évasion est grande.

Céline Madsen, enseignante

Quand aux parents, pas sûr qu'ils acceptent de mettre leurs enfants dans ces établissements scolaires durant l'été. " Je ne vois pas pourquoi je les mettrais à l'école durant les vacances, ce serait vécu comme une punition." explique Henriette Bultez, mère de famille à Pessac en Gironde. "Mes enfants n'ont pas à subir les conséquences de la crise du coronavirus. Je vais quand même veiller à ce qu'ils révisent mais je ne veux pas les envoyer au collège avant le mois de septembre".
 Selon le ministre de l'éducation nationale, environ 4 % des élèves seraient "sortis des radars" durant le confinement. Un décrochage inquiétant.
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