Veìr, le magazine des apprentis jardiniers créé par Julie la Paloise et Laetitia la Rétaise

Amies d'enfance, elles cherchaient toutes deux à créer un projet commun qui donneraient du sens à leur vie professionnelle. Très vite, une idée a germé...

Le premier numéro de Veìr est sorti en mars dernier en plein confinement.
Le premier numéro de Veìr est sorti en mars dernier en plein confinement. © Veìr Mag

"Le Mag des néo-jardiniers" ; la une des quatre premiers numéros de "Veìr" est sans ambiguïté et le lectorat bien "ciblé". Laetitia Roux le confesse d'ailleurs sans problème, "dans notre lectorat, il y a de tous les âges mais les trentenaires et quarantenaires sont majoritaires". Cela tombe bien Laetitia a rencontré Julie Laussat, sa comparse, dans la cour de récré de l'école maternelle de Pau, il y a... une trentaine d'années. En 2019, les deux copines d'enfance, toutes deux jeunes mamans, discutaient à bâtons rompus sur ce que l'avenir pouvait bien leur réserver. Julie est juriste et aurait pu, à un moment, envisager un déménagement vers Paris pour s'épanouir professionnellement. Laetitia, elle, diplômée en communication numérique, "travaillait beaucoup, soit en agence de communication soit en entreprise, mais en tant que salarié et j’ai eu envie de prendre un peu de liberté". Et c'est là qu'une idée a germé.

Julie Laussat n'a pas hésité longtemps avant de quitter sa carrière de juriste.
Julie Laussat n'a pas hésité longtemps avant de quitter sa carrière de juriste. © Veìr Magazine

On avait vraiment envie de mener un projet entrepreneurial, de créer quelque chose mais quelque chose qui avait du sens pour nous. On avait aussi envie de mener une vie professionnelle qui s’adapte mieux à notre vie personnelle parce qu’on a toutes les deux des familles et des enfants et on n’avait plus du tout envie d’être dans des grandes villes. On cherchait un certain équilibre et c’est le projet magazine qui nous plaisait le plus parce qu’on aime beaucoup écrire.

Julie Laussat, co-créatrice de "Veìr"

"On fait en sorte que ça reste pédagogique"

Julie restera donc fidèle à Pau et Laetitia s'installera à Sainte Marie de Ré, en bord de mer. "Moi, ça ne fait pas longtemps que je jardine !", s'amuse cette dernière, "je suis plutôt dans la cible du magazine, c’est-à-dire les néo-jardiniers, mais j’ai toujours reçu une éducation avec mes parents d’observation de la nature et des plantes sauvages". La paloise, elle, a été formée dans le potager familial et communique depuis longtemps sa passion sur les réseaux sociaux. Près de 35.000 "followers" lui sont fidèles, mais n'allez pas parler d'"influenceuse". "Je n’aime vraiment pas le terme, surtout que je n’en vis pas du tout, mais force est d’admettre que quand on est un peu suivi, on a forcément un peu d’influence. Ceci dit, ca nous sert beaucoup pour le magazine".

Pendant six mois, à distance, elles ont donc préparé les semis et remplit leur cabane de jardin virtuel avec tout l'outillage nécessaire à un élégant et resplendissant potager de papier. Le terreau fertile, c'est celui de cette nouvelle génération qui, même en milieu urbain, est en recherche de lien avec la terre. Il ne s'agirait pas de refaire les enfilades de massifs bien taillés de versailles ou les parterres de bégonias trop fournis des jardins d'antan, mais de parler écologie et décroissance. Il y aurait des conseils pratiques, des portraits de passionnés d'environnement et des articles de fond sur les circuits courts. "On a parfois des articles assez techniques et assez poussés", explique Julie, "mais on fait en sorte que ça reste pédagogique et bien expliqué".

Laetitia Roux a décidé de voir la vie en vert.
Laetitia Roux a décidé de voir la vie en vert. © Veìr Magazine

On parle beaucoup de jardinage urbain et écologique mais on ne s’adresse pas qu’aux urbains. Dans les magazines classiques de jardinage, 90% des contenus parlent d’arbustes dans les jardins, de rosiers ou de potagers et seulement deux pages sont consacrées aux balcons. Nous, c’est l’inverse car tous les contenus qui sont dans le magazine peuvent toujours s’adapter à des gens qui n’ont pas de jardin. Certains n’ont peut-être qu’une petite terrasse, voire même juste un rebord de fenêtre. S’adresser aux citadins, c’est quelque chose qui nous tient à cœur pour que tout le monde puisse se mettre au vert. Et le deuxième axe, c’est l’écologie parce que dans les magazines de jardinage, même s’ils s’y mettent un petit peu, il y a encore beaucoup de préconisations d’utilisations de produits chimiques, de méthodes qui ne sont pas forcément naturelles ou, dans le choix des espèces, de parler de plantes exotiques. Nous, a contrario, on va insister sur le zéro déchet avec de la récup. Quand on donne des conseils pour s’équiper en jardinière, on montre qu’on peut faire des choses soi-même et que ça peut ne pas coûter très cher de se mettre au jardinage.

Laetitia Roux, co-créatrice de "Veìr"

"C’est entre un livre et un magazine."

Le premier numéro de "Veìr" est sorti d'imprimerie à la mi-mars, à la veille du premier confinement. Un hasard de calendrier qui, paradoxalement, à favoriser l'éclosion de cette belle plante. "Du coup, on a lancé une version numérique du premier numéro pour que les gens puissent l’avoir assez rapidement pendant le confinement en attendant que la magazine papier arrive", se souvient Julie, "on postait aussi des conseils sur Instagram et ça a plu parce que certains, même avec un jardin, s’ennuyait et voulaient tester des choses". Reste que le pari était risqué de se lancer dans cette aventure de presse écrite, quand on connait les difficultés du secteur en ce moment. 

C’est vrai que la presse classique ne se porte pas très bien, mais ce n’est pas forcément la presse qu’on lit. En revanche, la presse indépendante qui publie justement des beaux magazines, des choses plus durables avec des rythmes de publication moins élevés, trimestriels ou semestriels, cette presse là se porte beaucoup mieux que la presse classique. Ça ne se vend généralement pas en kiosque mais plus en direct ou dans des points de vente plus spécialisés et ce marché est plutôt en forme. C’est entre un livre et un magazine avec une approche un peu différente, plus qualitative. Dans notre secteur du jardinage, il n’y avait rien qui existait dans ce style-là à ce jour et, effectivement, en mars, avec le confinement, il y a eu un engouement pour le jardinage.

Laetitia Roux, co-créatrice de "Veìr"

"Veìr", c'est avant tout des conseils pratiques pour une approche plus écologique du jardinage.
"Veìr", c'est avant tout des conseils pratiques pour une approche plus écologique du jardinage. © Veìr Magazine

En moins d'un an, le magazine a doublé son tirage avec plus de 2.500 exemplaires vendus et près de 800 abonnés. C'est dire s'il y avait une demande de lecteurs plus ou moins aguerris qui ne se reconnaissaient pas dans la presse spécialisée classique. Le message se veut résolument positif et encourageant ; tout le monde peut s'y mettre et n'allez surtout pas parler aux jeunes femmes de cette fameuse "main verte".

On n’aime pas cette expression de « main verte ». Au magazine, on dit qu’il faut avoir « l’œil vert ». Le mot « Veìr », ça veut dire voir en occitan car tout se base sur l’observation. Quand on regarde les plantes, quand on note leur évolution, c’est comme ça que l’on comprend comment elle fonctionne. Il faut prendre le temps et leur porter de l’attention, avec ça, tout le monde peut avoir la main verte. On ne va pas s’enflammer pour dire que le pari est déjà gagné. On est très contentes du lancement et du développement et du nombre croissant d’abonnés. Après ça reste un magazine indépendant, financièrement ça reste fragile. En tout cas, on a au moins une visibilité sur les deux prochaines années.

Laetitia Roux, co-créatrice de Veìr

Janvier, c'est le moment de se "creuser le bulbe" pour préparer son jardin.
Janvier, c'est le moment de se "creuser le bulbe" pour préparer son jardin. © Veìr Magazine

En bonnes jardinières, toutes deux dédient donc leurs longues soirées d'hiver à préparer le printemps et le cinquième numéro de "Veìr". "En ce moment, il y a des bulbes ou des fleurs qui peuvent s’installer et si on a un potager il faut le protéger du froid", conseille Julie, "il y a encore un peu de légumes à récolter, mais ça c’est pour ceux qui ont par exemple planté des salades. Mais en janvier, c’est plutôt le bon moment pour réfléchir à son prochain potager parce qu’en mars, c’est presque trop tard. Il va falloir créer l’espace, acheter les graines et les bons outils, imaginer sa forme". Bref préparer l'avenir que l'on souhaite radieux et forcément très vert à Julie la paloise et Laetitia la Rétaise.

En novembre dernier Kevin Gaignoux et Pascal Epée avaient été récolter la dernière parution de "Veìr" : 

 

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