"Aucun assureur n'a voulu se positionner sur notre contrat" : la galère des maires face à la flambée des tarifs des assurances

Des contrats plus chers et des compagnies plus frileuses. De nombreuses communes ont énormément de mal à trouver un assureur en ce début d'année. Certaines sont d'ailleurs sans couverture à ce jour.

"Je dors très mal ces derniers jours." C'est un maire très inquiet qui accepte de nous parler. Sa commune située dans l'agglomération de Poitiers est sans assurance depuis le premier janvier. Aucun de ses bâtiments publics n'est donc couvert en cas de sinistre. "Vous vous rendez compte ? Si l'une de mes écoles brûle ? Qui va prendre en charge le sinistre ?", interroge l'élu qui souhaite rester anonyme, ne voulant "pas donner des idées à de mauvais plaisantins."

"Abandonné par l'État"

Tout a commencé l'été dernier lorsque l'assureur de la ville, une compagnie autrichienne, l'a informé de la fin prochaine du contrat en cours. Un appel d'offres a alors été lancé, mais il est resté infructueux. Tout comme les négociations de gré à gré qui ont suivi. "Groupama, Smacl, Allianz, toutes ont refusé de nous prendre" détaille-t-il, "aucun assureur n'a voulu se positionner sur notre contrat".

On nous a dit qu'on était trop près d'une ville touchée par les émeutes, ou par les inondations. Ce n'est pas la réalité. J'ai eu zéro destruction, et je n'ai aucun bâtiment municipal en zone inondable.

Un maire de Grand Poitiers

France 3 Poitou-Charentes

Excédé par ces arguments qu'il qualifie de "ridicules", l'élu a donc missionné un courtier "pour qu'il aille à la chasse et nous trouve une solution rapidement", même si la commune n'a pas d'obligation à assurer son patrimoine. En attendant, il se dit "abandonné par l'État".

S'il se passe quelque chose sur ma commune, je serai encore tout seul. Je ne comprends pas que l'État ne tape pas du poing sur la table et dise : on a tant de communes qui ne peuvent pas être assurées, il faut partager les risques.

Un maire de Grand Poitiers

France 3 Poitou-Charentes

Des garanties exorbitantes

Se retrouver sans couverture, c'est ce qui a failli arriver à Chauray, commune de 7 300 habitants dans la banlieue de Niort (Deux-Sèvres). Au début de l'été dernier, le maire a, lui aussi, reçu un courrier de son assureur, l'informant que ses bâtiments publics ne seraient bientôt plus pris en charge. "Ils nous ont dit qu'ils ne souhaitaient plus assurer les villes de plus de 5 000 habitants."

Claude Boisson a alors lancé un appel d'offres qui est également resté sans réponse.

Nos mutuelles habituelles n'ont pas répondu (....) et donc nous nous sommes retrouvés confrontés à cette situation de n'avoir qu'un seul interlocuteur. En l'occurrence, une assurance suisse ! On dit quand même de Niort que c'est la capitale des mutuelles, c'est très décevant

Claude Boisson

Maire (SE) de Chauray

Dans ces conditions, impossible pour la municipalité de négocier des tarifs avantageux. Le montant des cotisations municipales a ainsi quadruplé, passant de 26 000 à près de 97 000 euros. Sans parler des franchises. "Face à une assurance qui sait qu'elle est seule, les négociations sont très difficiles" regrette Claude Boisson.

Pour les événements naturels par exemple, on a une garantie de 3 millions d'euros avec une franchise d'un million. Cela veut dire qu'en dessous d'un million d'euros, ce n'est même pas la peine d'interroger notre assureur. C'est vraiment un contrat super intéressant pour l'assureur... mais pas pour la ville !

Claude Boisson

Maire (SE) de Chauray

Le maire a néanmoins signé avec cette compagnie helvétique en raison de l'important patrimoine bâti situé sur la commune. Trois écoles, deux salles omnisports, un temple du 18ᵉ siècle, "tous en très bon état" précise-t-il, mais on n'a pas eu le choix, compte tenu de notre patrimoine, ce n'était pas pensable de ne pas s'assurer".

Des compagnies très sollicitées

Ces difficultés à s'assurer sont le lot de nombreuses collectivités locales en ce début d'année. Car les compagnies spécialisées dans l'assurance des collectivités locales comme la Smacl et Groupama ont été extrêmement sollicitées ces derniers mois.

Selon notre journaliste Jérôme Vilain, le coût des émeutes urbaines de juin dernier est estimé à 730 millions d'euros, dont 197 millions rien que pour les dommages aux biens. "La charge est beaucoup trop importante pour la Smacl qui a dû débourser 65 millions d'euros pour rembourser les communes sinistrées. Cela a d'ailleurs obligé la MAIF à renflouer le capital de sa filiale" explique-t-il.

L'autre raison expliquant la flambée des tarifs tient à la multiplication des phénomènes climatiques. Inondations, séisme, tempête, grêle ou encore sécheresse. Rien que pour 2022, le coût de ces événements est estimé à plus de dix milliards d'euros. Trois fois plus en moyenne que les années précédentes.

Des économies à faire

Dans ce contexte, les collectivités sont contraintes de trouver ses solutions pour payer ces factures qu'elles n'attendaient pas. "Il va falloir arbitrer" constate Jérôme Neveux. Maire de Jaunay-Marigny, 8 000 habitants dans la Vienne, il se désole : "Notre assurance va nous coûter 55 000 euros de plus cette année, ce n'est pas rien !"

Il va falloir faire des économies forcément et il va falloir choisir où les faire. Il y aura aussi des investissements en moins sur certains équipements qui l'auraient pourtant mérité, alors même que l'État nous donne des aides, par exemple pour la rénovation énergétique des bâtiments.

Jérôme Neveux

Maire (UDI) de Jaunay-Marigny

L'école ou la salle culturelle pourraient donc devoir attendre. Il se refuse pour le moment à augmenter les impôts, mais il s'attend à devoir faire preuve de beaucoup de pédagogie auprès de ses administrés "parce que des investissements qu'on repousse d'année en année, à force...", soupire-t-il.

La situation est si préoccupante qu'une mission d'information sur "l'assurabilité des collectivités territoriales"  est au travail depuis plusieurs mois. Confiée au maire de Vesoul, Alain Chrétien, et à l'ancien président de la fédération nationale Groupama, Jean-Yves Daggès, elle devrait rendre ses conclusions au printemps.

D'ici là, le maire sans assurance de l'agglomération de Grand Poitiers espère qu'il aura trouvé compagnie à son pied. "Nous sommes préparés à payer deux ou trois fois plus cher, encore faut-il trouver quelqu'un qui veuille bien nous couvrir !"

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