Poitiers : ils ont passé la Nuit Debout

Ils étaient une centaine pour cette première "Nuit Debout" sur la place de l'Hôtel de Ville de Poitiers, rassemblés pour faire entendre leurs voix de citoyen. Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Témoignages et ambiance. 

Pendant qu'ils essaient de nous mettre à genoux, nous passons la nuit debout

La place de l'Hôtel de ville de Poitiers s'est transformée hier soir en place publique au sens littérale du terme. Une centaine de personnes, jusqu'à 150 à certains moments, sont venus s'exprimer, écouter ou débattre.

Réapprendre à se parler

Pierre a 26 ans. Il est demandeur d'emploi après avoir travaillé cinq ans dans le commerce. Il n'adhère à aucun parti, a voté blanc deux fois et a manifesté une fois. C'était contre le CPE, il y a 10 ans.
 "Un mouvement comme ça aussi spontané, ça me plaît. Tout à l'heure, j'ai parlé avec quelqu'un qui n'était pas du tout d'accord avec moi. On a bien parlé, on s'est bien contredit et c'est ça qu'il faut". 
Pierre n'est pas habitué à manifester. Ce mouvement le rassure sur un point : le peuple reprend la parole. " J'ai l'impression qu'au 21ème siècle, avec l'affolement des réseaux sociaux, les gens ne se voient plus, ne se comprennent plus et font des amalgames parce qu'ils ne savent plus qui est l'autre." 
 


 

Un ras le bol général de la politique

Manon écoute les interventions de chacun, les mains posées sur une poussette. Cette jeune maman a commencé à militer à 14 ans : féminisme, écologie, anti-racisme. Elle appartient au NPA mais est venue sans étiquette à cette "Nuit Debout". 
 "Les places publiques, on les occupe, on débat pour essayer de voir ce qu'on peut construire ensemble pour l'avenir", confie-t-elle, le sourire espiègle. Timide, elle ne mâche pourtant pas ses mots : " Nuit Debout, c'est contre la loi Travail mais c'est aussi un ras-le-bol général de la politique. C'est pour avoir une meilleure représentation démocratique. On ne peut pas être représenté par des politiques en costume-cravate. La politique n'est pas un métier. Il faut qu'on se représente nous-même."

"Ne perdons pas notre vie à la gagner" : un des slogans de Nuit debout

Nicole est venue voir comment le mouvement prenait. Cette professeur de français à la retraite a le sourire. "Je suis contente de voir les jeunes se mobiliser à Poitiers. Poitiers a besoin de se réveiller." 
Parmi la centaine de personnes, il n'y a pas que des jeunes. Toutes les tranches d'âge sont représentées. Mais c'est aux jeunes que Nicole pense. Elle demande un meilleur avenir pour eux. Et elle croit vraiment en ce mouvement : " Je trouve que c'est bien qu'il y ait un débat à la base. Actuellement, c'est vrai qu'on est totalement dépossédé de toutes réactions. Là, ce ne sont que des réactions mais ça va devenir un sentiment politique qui va certaienement prendre une profonde signification. Je suis persuadée que ça va déboucher sur un discours intéressant". 

Une démocratie participative

Un Podemos à la française. Beaucoup en rêvent ici. Le mouvement est récent en régions. Il s'organise doucement. Hier soir, les participants ont passé beaucoup de temps à voter. Pour la création de plusieurs commissions ( logistique, alimentation), pour la continuité de mouvement, pour ou contre la présence des médias...
Même si le mouvement se veut horizontal, une dizaine de personnes proposent. Les autres votent à main levée. 
L'objectif est d'organiser un mouvement durable. 
Ce soir à 18h, " Nuit debout " recommence, place de l'Hôtel de ville à Poitiers. 

Méfiants vis à vis des des médias traditionnels 

Notre équipe et notre caméra n'était pas les bienvenues hier soir. Pour une partie des personnes présentes, France 3 représente les médias traditionnels. Des institutions à la botte de l'Etat ou du capitalisme. Comme l'heure était au débat, nous avons passé une bonne partie de la soirée à expliquer notre travail et la différence entre les médias des réseaux sociaux et les médias professionnels. Mais la défiance existe. Des confrères ont d'ailleurs été pris à partis à Nantes hier lors de la manifestation contre la loi El Komri. 

Reportage hier soir à Poitiers de Marine Rondonnier, Laurent Pelletier et Josiane Estienne : 
Reportage de Marine Rondonnier, Laurent Pelletier et Josiane Estienne