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Pourquoi la campagne de NKM ne ressemble pas à celle de Philippe Seguin en 2001 ?

Alors que Nathalie Kosciusko-Morizet est contestée à la fois par Charles Beigbeder et Jean-Louis Borloo, beaucoup d'observateurs dressent un parallèle avec la campagne de Philippe Seguin à Paris en 2001. Une comparaison séduisante mais qui n'est pas judicieuse.
Interrogée  au sujet des menaces de dissidence, Nathalie Kosciusko-Morizet l'a répété tout au long de l'automne: "2014 ne sera pas le remake de 2001 et 2008".

Sauf qu'un nouveau metteur en scène semble intéressé pour reprendre le scénario 2001 qui traîne dans les tiroirs. Charles Beigbeder menace de fédérer les multiples dissidents parisiens en une liste commune. Le casting est loin d'être bouclé, mais il n'en faut pas plus à beaucoup d'observateurs pour dresser un parallèle avec Philippe Seguin, candidat investi en 2001 pour la mairie de Paris, qui avait du affronter les listes dissidentes de Jean Tiberi et qui au final avait perdu face à Bertrand Delanoë. 

Une comparaison séduisante comme toutes les symétries historiques. Mais qui n'est pas judicieuse.


1) Parce que Charles Beigbeder n'est pas Jean Tiberi

En 2001, Jean Tiberi avait présenté des listes dans les 20 arrondissements de Paris. C'était le fruit d'un accord politique entre les UDF liés à Jacques Dominati et le RPF de Charles Pasqua. Même si Charles Beigbeder tente de donner une cohérence politique (à droite toute) à sa future fédération, ce ne serait pour l'instant qu'une addition de mécontents.

A ses côtés, Jean Tiberi avait des maires d'arrondissement. Outre lui-même dans le V ème, il y avait Jean-François Legaret dans le 1er.  Autant de personnalités implantées localement qui étaient identifiées par la population et qui n'ont eu aucun mal à distancer au premier tour les candidats séguinistes. A cette liste, il faut ajouter René Galy-Dejean, maire sortant du 15 ème qui n'était pas tibériste, mais qui avait refusé de céder sa place à Edouard Balladur ou Jean-Pierre Lecoq dans le 6 ème.

Autour de lui Charles Beigbeder n'a potentiellement  aucun maire d'arrondissement. Juste des conseillers de Paris ou des électrons libres comme Serge Federbush qui a fait 0,8% aux législatives de 2012. Rien de comparable avec la force de frappe de l'alliance Tiberi/Dominati et des dissidents locaux de l'époque. Et Dominique Tiberi, le dissident qui a le plus d'implantation locale aujourd'hui,  a répété sur l'antenne de France3 Paris "qu'il n'avait rien à voir avec Charles Beigbeder"

2) Parce que NKM n'est pas Philippe Seguin 

Philippe Seguin était un grand dépressif. A priori, ce n'est pas le genre de la maison NKM, même si en plus de ses déboires électoraux, elle vit une période douloureuse de sa vie personnelle. Ils ont en commun un certain orgueil et une capacité à être détestés par leurs camarades de parti Mais assez des considérations psychologiques. La principale différence est qu'ils n'en sont pas au même stade de leur carrière politique.

En 2001, Philippe Seguin est âgé de 58 ans. Paris est pour lui un lot de consolation voir un os à ronger pour éviter qu'il songe à se présenter à la présidentielle. C'est surtout sa dernière chance après son implosion en plein vol lors de la campagne des européennes de 1999. Paradoxalement, il n'avait plus rien à perdre en perdant Paris. Rien à sauver. Paris n'était pas une rampe de lancement, mais un placard doré. Ce fut un toboggan. Il avait lâché l'affaire bien avant le premier tour.

Pour NKM, âgée de 40 ans, Paris est une étape de son ascension. On oublie trop souvent qu'elle est le challenger de cette élection. La lecture de cette campagne est moins binaire que victoire ou défaite. Pour Nathalie Kosciusko-Morizet, la défaite est un des scénarios possibles envisagés dès le départ. A condition qu'elle soit honorable. En revanche, il ne s'agit pas d'être abimée par cette défaite pour le futur. C'est le cas actuellement. Elle se battra jusqu'au bout parce que c'est son tempérament et parce que c'est une obligation pour préserver son avenir.

3) Parce que la droite veut vraiment gagner Paris

C'est la partie la plus faible de mon argumentation. Car cette volonté de victoire semble bien invisible à l'oeil nu. Pourtant elle existe. Certes, il faut distinguer les 8 arrondissements tenus par la droite, où les barons n'ont pas forcément besoin de la référence NKM pour gagner et faire campagne. Mais, il veulent quand même la victoire. Dans les arrondissements tenus par la gauche, il y a une vraie volonté de revanche. Un ras le bol d'être dans l'opposition, d'aligner les défaites depuis 13 ans. C'est très présent dans l'esprit des militants de base et ça les soude autour de NKM. Leurs cadres ont plus de mal à passer au-delà de querelles ancestrales dignes de Colomba, mais ils y arriveront.

En 2001, la droite était au pouvoir à Paris. Si la défaite était prévisible dans une boule de cristal sociologique, elle était impensable politiquement. Il y a eu un véritable effet de sidération, quand la litanie des sondages défavorables est sortie au mois de février. Et on rappelle volontiers comme un déni qu'au final, la droite fut majoritaire en voix si elle fut minoritaire en sièges. La division explique évidemment ce paradoxe, mais il y avait aussi le manque d'appétit des gens en place face à une gauche qui voulait enfin dévorer le pouvoir.

Voila pourquoi la campagne de NKM ne ressemble pas à celle de Philippe Seguin, ce qui ne veut pas dire qu'elle n'aura pas la même issue.

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