4 questions sur l'inhumation du Soldat inconnu qui fête ses 100 ans

Située sous l’Arc de Triomphe, la sépulture représente les 1,4 million de combattants de la France, et de ses colonies, morts durant la Grande Guerre.

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Devant la flamme du Soldat inconnu, à Paris. Photo / Laure Boyer / AFP
PHOTO Devant la flamme du Soldat inconnu, à Paris. Photo / Laure Boyer / AFP

Elle est l’une des sépultures les plus célèbres de Paris, et plus largement, de France. Elle abrite les restes d’un soldat mort pendant la Première Guerre mondiale. La tombe du Soldat inconnu fête ce jeudi le centième anniversaire de l’inhumation de l’homme qui y est enterré.

"Ici repose un soldat français mort pour la patrie – 1914-1918", peut-on lire sur l’épitaphe bordée par des bouquets de fleurs et un bouclier de bronze, protégée par un cordon de sécurité, et surmontée de la flamme éternelle, ravivée tous les jours à 18h30 – et ce depuis 1923. Chaque président français la ravive les 11 novembre et 8 mai avant de se recueillir devant.

Située sous l’Arc de Triomphe, elle représente les 1,4 million de combattants de la France, et de ses colonies, morts durant la Grande Guerre.

France 3 Paris Île-de-France vous propose un retour sur l’histoire de cette sépulture en quatre questions.

 

Pourquoi une tombe pour un Soldat inconnu ?

La construction d’un monument à la mémoire des morts de la Grande guerre est évoquée par les députés français dès 1915, un an après le début du conflit. "Le conseil municipal de Paris songeait à construire un arc de Triomphe encore plus grand que celui qui trône au sommet des Champs-Élysées et qui commémore les victoires de la Révolution et de l’Empire", nous précise Jean-Yves Le Naour, historien spécialiste de la Première Guerre mondiale et commissaire de l'exposition "Le Soldat inconnu" qui se tient actuellement à l'Arc de Triomphe (visitable une fois la réouverture des musées effectuée).

L’idée d’honorer un Soldat inconnu n'est toutefois évoqué pour la première fois qu'un an plus tard, en 1916 par François Simon, président du Souvenir français (une association chargée d’entretenir le souvenir des morts pour la patrie). C’est cette dernière idée qui l’emporte pour deux raisons. La première est de l’ordre du privé. Cette tombe donne aux familles un endroit où se recueillir et pleurer leurs disparus. La seconde est publique. Elle symbolise la souffrance collective. La tombe "représente à la fois la ténacité et le sacrifice du pays (…) L’anonyme était perçu comme une sorte de Christ patriotique, il était mort pour que le pays vive", insiste le spécialiste.

 

Pourquoi l’Arc de Triomphe ?

L’objectif est d’inhumer le Soldat inconnu le 11 novembre 1920, commémorant le deuxième "anniversaire" de la fin de la Grande Guerre. A cette époque, c’est le Panthéon qui fait référence comme lieu d’inhumation des grands hommes dévoués à la patrie.

Le 2 novembre 1920, soit une dizaine de jours avant la date prévue, le Panthéon est retenu comme le lieu où le Soldat inconnu sera placé – la décision ayant été prise en deux temps par le Parlement. Pourtant, l’opinion publique penche du côté de l’arc de Triomphe. "Placer le soldat au Panthéon est aussitôt critiqué par la droite cléricale et les nationalistes qui ont du mal à accepter que le héros national voisine avec le dreyfusard Émile Zola, dernier panthéonisé", détaille Jean-Yves Le Naour, ajoutant que l’Arc de Triomphe est un lieu "ouvert et gratuit, et l’on pourra venir se recueillir devant la tombe à n’importe quelle heure du jour et de la nuit". La presse, notamment via le journaliste et futur diplomate Henry de Jouvenel, exerce de son côté une grande campagne de sensibilisation en faveur de l’inhumation sous l’Arc de Triomphe.

"Réclamons tout de suite pour la dépouille mortelle du Poilu sa vraie place. Ce n’est pas le Panthéon, c’est l’Arc de triomphe. […] Ce fils de toutes les mères qui n’ont pas retrouvé leur fils est bien plus qu’un grand homme : il représente la génération du sacrifice, il est le peuple entier. […] Laissez le Panthéon aux écrivains, aux savants, aux hommes d’État […]".

Henry de Jouvenel, Le Matin, 4 novembre 1920.

Le 8 novembre 2020, les députés, réunis en session extraordinaire trouvent un compromis : une fois les honneurs du Panthéon rendus au Soldat inconnu, sa dépouille sera inhumée sous l’Arc de Triomphe.

 

Comment s’est fait le choix du soldat et qui en a décidé ? 

La désignation du Soldat inconnu a lieu dans la citadelle de Verdun, le 10 novembre 1920, la veille des commémorations de l’Armistice. Huit cercueils contenant des corps non identifiés y ont été préalablement acheminés depuis différents secteurs du front (La Marne, Verdun, Chemin des Dames, Artois, Vosges…). André Maginot, alors ministre des Pensions, demande à Auguste Thin, 21 ans – soldat de deuxième classe du 132e régiment d’infanterie – de choisir quel cercueil ira sous l’Arc de Triomphe en y déposant un bouquet d’œillets blancs et rouges que lui avait remis M. Maginot. Son choix se porte sur le sixième cercueil. Il expliquera plus tard son choix en déclarant qu’il avait additionné les chiffres de son numéro de régiment.

L'ancien combattant normand Auguste Thin, en 1965 © AFP - GEORGES HERNAD / INA
L'ancien combattant normand Auguste Thin, en 1965 © AFP - GEORGES HERNAD / INA

Les 7 autres cercueils ont été inhumés au cimetière de Verdun. "Le corps (du soldat choisi) ensuite été amené sous l’Arc de Triomphe le 11 novembre 1920 mais comme on n’avait pas eu le temps de creuser la tombe, on l’a conservé dans un des piliers du monument avant d’organiser l’inhumation le 28 janvier 1921", poursuit Jean-Yves Le Naour. En d'autres termes, la tombe, elle était bien présente, mais les restes du Soldat inconnu n'y ont été enterrés que deux mois et demi plus tard.

 

Que sait-on de ce Soldat inconnu?

Très peu d'informations existent sur l'identité du soldat qui y est inhumé. Le seul détail connu que l’on sait à son sujet, c’est qu’il est Français et c’est là tout le symbole. "Les ordres sur les exhumations, transports, etc., ont été donnés oralement (…) On ne devait rien savoir pour que le symbole reste entier,  explique Jean-Yves Le Naour. Il n’a pas de visage, pas de religion, pas d’opinions".

 

 

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