L'enseigne Conforama dans la tourmente, ses 8600 salariés craignent pour leurs emplois

Touchée de plein fouet par la crise du Covid-19, l'enseigne Conforama n'a toujours pas obtenu le prêt garanti par l'Etat. Aujourd'hui sans trésorerie, elle pourrait déposer le bilan. Les syndicats dénoncent le "silence assourdissant" de l'Etat à ce sujet. 
© IP3 PRESS/MAXPPP

 

Cela fait plusieurs semaines que les salariés de Conforama ont "la boule au ventre" et vivent dans l’angoisse de perdre leurs emplois. Car frappée de plein fouet par la crise du Covid-19, leur entreprise risque le dépôt de bilan faute de liquidité, à l’instar de l’enseigne Alinea. "Aujourd’hui, Conforama court derrière le prêt garanti de l’Etat (PGE) pour pouvoir continuer à exister tout simplement", explique Abdelaziz Boucherit, délégué syndical central de la CGT Conforama. Afin de reconstituer sa trésorerie, l’enseigne d’ameublement a demandé dès le 18 mars un prêt de 320 millions d’euros, à la hauteur de ses pertes, auprès du Comité Interministériel de Restructuration Industrielle (CIRI) grâce au dispositif mis en place pour soutenir les entreprises touchées par la crise sanitaire. Mais deux mois et demi plus tard, la réponse se fait toujours attendre. "Les 8600 salariés sont dans l’expectative. On ne sait pas à quelle sauce on va être mangé. Certains ont encore des crédits sur le dos. D’autres sont âgés mais ont encore quelques années à faire avant la retraite. Comment vont-ils rebondir si l’entreprise met la clé sous la porte ? Le moral est très bas", raconte Abdelaziz Boucherit. Stéphane Martin, représentant CGT au CSE, ne cache pas quant à lui son pessimisme. "On y a cru au PGE au début. Mais là plus du tout. Dans les magasins, le sujet est quotidien, le climat est pesant et on a bien du mal à pouvoir rassurer les collègues. Notre sentiment, c'est que nous avons été baladés."

Pour financer ce prêt garanti de l’Etat (PGE), un groupement de quatre banques (HSBC, LCL, Crédit du Nord et BNP-Paribas) avait été sollicité en mars. Bercy avait accepté de porter sa garantie de 80% à 90%. Mais aujourd’hui, deux des quatre banques semblent réticentes à venir en aide à l’entreprise : HSBC, qui se désengage peu à peu de la France et de l’Europe continentale, et la BNP dont la position interroge. Le 15 mai, alors que le dossier était en passe d’être bouclé, le représentant de la BNP a annulé sa présence lors d’une réunion décisive, sans prévenir les autres participants. Depuis, la banque adosse l’accord de prêt au fait que l’enseigne présente un nouveau projet industriel et commercial. Donc un repreneur. "Quand elle n’est pas venue à cette réunion, on a bien compris que la BNP avait d’autres intérêts. Comme celui de soutenir But qui tourne depuis longtemps autour de Conforama. C’était très clair", raconte Stéphane Martin. Une analyse que vient confirmer une note interne datée du 20 mai. Marc Ténart, le PDG de Conforama, y indique que "les banques nous ont contraints d’examiner d’autres options, dont un rapprochement avec But".

L'enseigne But en embuscade

Conforama a d'ailleurs reçu un courrier de marque d’intérêt de But qui revendique la deuxième place sur le marché, derrière le géant suédois Ikea. Des tractations qui inquiètent les syndicats qui dénoncent le "silence insupportable" du ministre de l’Economie Bruno Lemaire à ce sujet. "Car si cette option est choisie, ça ne se fera pas sans casse sociale. Si on est repris par un autre acteur de l’ameublement, des synergies vont forcément s’opérer notamment pour tous les postes administratifs. Est-ce que tous les magasins seront conservés alors que 90 d’entre eux sont en concurrence directe ? Comment pourraient-ils coexister ? Et les salariés ? Quid des contrats de travail ? Y aurait-il deux enseignes distinctes ? Nous n’avons là-dessus aucune information. Mais on a bien quelques idées. Il y a plus de flexibilité chez But qui a 315 établissements pour 7100 salariés. Conforama, c’est 160 magasins pour 1500 salariés de plus. Les salaires ne sont pas les mêmes non plus. Nous ne sommes pas sereins." Des craintes partagées du côté des fabricants et des fournisseurs indépendants. 20 000 d’entre eux dépendent de Conforama qui s’approvisionne à 60 % dans l’hexagone. Ces industriels pourraient être "fragilisés par la disparition de cet acteur ou par une concentration de la distribution qui ne serait pas assortie de garanties sérieuses pour les fabricants français", pointe l’Ameublement français, l’organisation professionnelle des acteurs de la fabrication d’ameublement. 

"L'objectif, c'est qu'il y ait zéro casse sociale"

Jointe cette après-midi, la direction de Conforama affirme de son côté qu'elle n'a reçu aucune offre ferme de But et que les discussions avec l’Etat sont toujours en cours. "Nous regardons actuellement toutes les options de nature à préserver l’intérêt de Conforama et des salariés de Conforama." L’hypothèse encore privilégiée est celle du prêt garanti par l’Etat dont certaines enseignes telles que Fnac Darty, Castorama et Brico Dépôt ont pu bénéficier. "L’objectif, c’est qu’il y ait zéro casse sociale, que l’emploi chez Conforama soit préservé mais aussi dans la filière de l’ameublement."  La direction argue notamment des bons résultats de l’enseigne ces derniers mois. Car après deux ans de tempête, la mise en place d’un vaste plan de restructuration avec la fermeture de 32 magasins dont 8 en Île-de-France et la suppression de 1 900 emplois, le chiffre d’affaires a progressé de 1 % au quatrième trimestre 2019, par rapport à 2018. Une tendance qui s’est poursuivie jusqu’en février. Et malgré la fermeture des magasins pendant les deux mois de confinement, les ventes sur le web ont selon la direction bondi de 16 % par rapport à l’année précédente. Un enthousiasme que tempérent les salariés. Ils parlent d’une reprise timide et indiquent que faute de trésorerie, l’entreprise connaît des difficultés à honorer ses dettes auprès de ses fournisseurs ainsi que des retards de livraisons. 

Un rendez-vous est prévu demain à 10h entre le CIRI, la direction et les syndicats. Si aucune solution n’est trouvée, c'est la cessation de paiement et la mise en redressement judiciaire qui devraient se profiler. Tout dépend de l’attitude de l’Etat et des banques qui décideront du sort des 8600 salariés de Conforama. 

 

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