Les maires de l’Essonne réclament la vaccination des agents municipaux

Le chef de l'Etat a annoncé mercredi soir que durant les prochaines semaines qui coïncident avec la fermeture des écoles, les enseignants commenceront à être vaccinés. Aucune précision pour l'heure n'a été faite pour les agents municipaux qui portant côtoient les enfants.

Une enseignante dans une classe de CE2, le 19 janvier 2021, à Bruyères-le-Châtel (Essonne). (MYRIAM TIRLER / HANS LUCAS / AFP)
Une enseignante dans une classe de CE2, le 19 janvier 2021, à Bruyères-le-Châtel (Essonne). (MYRIAM TIRLER / HANS LUCAS / AFP)

Lors de son allocution de mercredi soir, le président de la république Emmanuel Macron s’est exprimé sur les prochaines étapes de la stratégie vaccinale du gouvernement. "Une stratégie spécifique sera prévue pour toutes les professions les plus exposées, en particulier nos enseignants, nos forces de l’ordre et plusieurs autres", a déclaré le chef de l’État, sans apporter plus de précisions sur les métiers concernés. D’après le calendrier vaccinal mis en place par le gouvernement, les enseignants devraient commencer à se faire vacciner dès ce mois d’avril. Les agents municipaux travaillant auprès des enfants – hormis ceux travaillant dans les professions médicosociales – les Atsem (Agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles, ndlr), Asem et animateurs ne sont pour l’instant pas éligibles à la vaccination.

Sur ce dernier point, les maires de l’Essonne tirent la sonnette d’alarme. L’épidémie de la Covid-19 gagne dangereusement du terrain dans le département. Les agents municipaux en contact avec du public – surtout auprès d’enfants – s’exposent à un fort risque de contamination. Dans la ville d'Igny, sur l’ensemble des agents municipaux que compte la commune, 40% ont été touchés par le virus. Le maire (MR) de la commune et président de l’Union des maires de l’Essonne (UME) Francisque Vigouroux a fait savoir dans un tweet le 23 mars 2021 la nécessité que les "agents publics soient vaccinés rapidement" pour le "maintien du service public dans les écoles, les centres de loisirs, cantines..." pour les habitants.

"Anormal et incompréhensible"

Vendredi, avec le soutien du préfet du département Éric Jalon, M. Vigouroux a organisé un sondage auprès des maires des communes de l’Essonne afin d’avoir leur ressenti sur la question. Beaucoup partagent son point de vue. C’est notamment le cas de Nicolas Méary, maire (Centre-droit) de la commune de Brétigny-sur-Orge et vice-président du conseil départemental de l’Essonne. "Ce serait totalement anormal et incompréhensible que les agents municipaux travaillant auprès d’enfants ne soient pas vaccinés au même titre et en même temps que les enseignants", explique-t-il, interrogé par France 3 Paris Île-de-France. "Les agents municipaux, eux aussi, font vivre l’école", ajoute-t-il.

"Nous avons utilisé toutes les dispositions possibles pour vacciner tous les agents éligibles", insiste M. Méary. Pour le moment, seuls les auxiliaires de puériculture et puéricultrices – considérés comme professionnels médico-sociaux – sont éligibles à la vaccination. "Il y en a plein d’autres qui ne sont pas forcément éligibles à ce stade, mais il faudrait qu’ils puissent l’être également", insiste-t-il.

A Brétigny-sur-Orge, seule "une vingtaine d’agents sur 400-500 sont éligibles" à la vaccination "ce qui est très peu", regrette le maire de la commune. "Quand on a des agents cas contacts ou malades, donc qui sont arrêtés, la difficulté est de les remplacer (...) on travaille avec un organisme d’insertion pour pouvoir avoir des personnes en contrat et donner un coup de main quand cela est nécessaire".

Protocole sanitaire

Dans son point hebdomadaire sur la situation dans les écoles, l'Académie de Versailles, dont dépend l'Essonne, a publié le 25 mars des chiffres inquiétants. Près d'une centaine de classes et un lycée du département ont dû fermer leurs portes. A l'échelle de l'Académie, ce sont 300 enseignants et 2400 élèves qui ont été testés positifs à la Covid-19. 

Devant cette situation, les professionnels au contact des enfants jouent la prudence. "On met en place le protocole sanitaire dans la mesure du possible. Quand on est avec les enfants, en sortie ou en activité, tous les adultes ont toujours leur masque", nous confie Alba*, exerçant dans le secteur de l'animation à Brétigny-sur-Orge, et travaillant essentiellement avec des maternelles, dans les écoles et les centres de loisirs. "Le seul moment où on l’enlève un peu, c’est dans les cantines. Les enfants ne mangent plus à côté de nous. Ils sont à bonne distance pour éviter que lorsqu’on enlève le masque, nous soyons trop exposés", précise-t-elle, estimant que ne pas être prioritaire au même titre que les enseignants en ce qui concerne la vaccination "serait injuste". "On est autant touchés qu’eux", insiste-t-elle.

S’il n’y a plus d’agents municipaux disponibles et que les services périscolaires et les cantines doivent fermer, ça va poser des problèmes.

Eliott*

"Incohérent"

"Je comprends qu’il y ait des personnes prioritaires. Mais je nous mettrais au même niveau que les enseignants. On a un travail complémentaire", estime de son côté Eliott*, travaillant lui aussi à Brétigny-sur-Orge. "Contrairement aux enseignants qui côtoient la même classe, nous sommes parfois amenés à avoir des enfants de classes différentes. Être sur une école le matin, une autre le midi, et une troisième le soir", ajoute-t-il.

"Ne pas nous mettre au même niveau que les enseignants serait incohérent, voire même risqué", regrette Eliott, précisant que "les écoles, et par conséquent les parents, risquent d’en pâtir. S’il n’y a plus d’agents municipaux disponibles et que les services périscolaires et les cantines doivent fermer, ça va poser des problèmes".

"Prochaines cibles"

Interrogé par France 3 Paris Île-de-France, Francisque Vigouroux estime que les agents publics doivent être "les prochaines cibles" de la campagne vaccinale du gouvernement. "La multiplication des cas de positivité dans les services municipaux devient inquiétante (...) Le maintien du service public pour nos habitants est menacé dans les écoles, les centres de loisirs et les cantines", insiste-t-il.

"La multiplication des cas a déjà engendré une fermeture provisoire de plusieurs services dans certaines communes, comme des crèches. J’ai moi-même fait fermer une crèche dans ma commune la semaine dernière", poursuit l’élu. "La vaccination des agents en prise directe avec des élèves (...) est une manière de ralentir massivement le virus", martèle-t-il.

Une mesure d'autant plus nécessaire que, comme lors du premier confinement en mars 2020, les enfants de soignants et de professions prioritaires seront accueillis dans les écoles et les crèches. Un "dispositif d'accueil des enfants des personnels prioritaires sera organisé dès la semaine prochaine", a dit le Premier ministre ce matin devant les députés. Pour les crèches, même réponse : elles seront "mobilisées pour l’accueil des enfants des personnels prioritaires". Pour garantir un accueil dans des conditions optimales les agents publics travaillant dans le secteur de l’éducation et de l’animation, hors des professions médicosociales, croisent ainsi les doigts pour être inclus au plus vite dans le processus de vaccination.

 

*Pour des raisons d’anonymat, les prénoms ont été modifiés.

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