L'EPHAD des "Bords de Seine" du groupe Orpea dans le collimateur de l'ARS

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Écrit par Elie Saïkali avec AFP

"Réorganiser les équipes de jour et de nuit" ou encore "mettre en place des repas enrichis" : dans un rapport dévoilé ce mardi, l'Agence régionale de Santé Ile-de-France (ARS IDF) impose des changements à l'Ehpad des "Bords de Seine", visé par l'ouvrage "Les Fossoyeurs".

Depuis la publication du livre de Victor Castanet en janvier, l'ARS IDF a diligenté 90 inspections au sein des Etablissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes franciliens. C'est ce qui est renseigné dans un communiqué de presse publié par l'ARS sur les réseaux sociaux. 

L'Île-de-France comptant 707 Ehpad dont 19% sont publics, 33% privés à but non lucratif et 48 % privés à but lucratif.

"Des repas enrichis"

L'Ehpad du groupe Orpea des "Bords de Seine" de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), destiné aux personnes âgées atteintes notamment d'Alzheimer, est l'un des quatre établissements ayant fait l'objet d'une "décision définitive" à la suite de ces contrôles. Sa direction a reçu l'injonction de réorganiser ses équipes de jour et de nuit, dans un délai de trois mois.

L'ARS lui demande par ailleurs de "sécuriser l'organisation du circuit du médicament" dans un délai d'un mois, de "procéder à l'évaluation des risques de dénutrition" et de "mettre en place des repas enrichis" dans un délai d'un mois, ou encore de "mettre à jour les conventions d'exercice libéral des masseurs-kinésithérapeutes" et "de veiller à la traçabilité dans les dossiers des résidents", cette fois "sans délai". Ces directives reposent sur l'observation de dysfonctionnements.

Ainsi, le rapport note le sous-effectif "susceptible d'affecter la qualité et la sécurité de la prise en charge des résidents", avec notamment un recours accentué aux vacataires. Il souligne aussi que les droits des usagers "ne sont pas tous respectés" et que "certaines des prestations proposées (...) n'existent pas (...), comme la balnéothérapie".

"Premières mesures correctrices"

"Alors que le gestionnaire a fait le choix d'une prestation de restauration internalisée", il n'y a ni "repas enrichis" ni "appétants", poursuit l'Agence qui rencontre "des patients dénutris". Par ailleurs, les pré-signalements d'incidents ne sont transmis ni à l'ARS ni au Département, assure le rapport.

L'ARS IDF "a émis des recommandations et des prescriptions et une seule injonction, que nous allons traiter dans les meilleurs délais", a réagi le groupe Orpea, soulignant le contexte "sans précédent" de la crise sanitaire liée au Covid-19. "Des premières mesures correctrices sont déjà en place" pour mieux organiser les équipes, a garanti Orpea, avec notamment l'appui d'"une infirmière coordinatrice depuis le 18 mars", et la formation de deux "référents bientraitances supplémentaires".  

Concernant la dénutrition, Orpea a assuré que celle-ci avait diminué dans la résidence entre 2019 et 2021, et que des formations sur le sujet des équipes étaient prévues dès avril. Pour le circuit du médicament, une formation a "déjà été réalisée", une "messagerie sécurisée des ordonnances entre le site et la pharmacie va être mise en place" et une "nouvelle convention" avec "une nouvelle pharmacie partenaire" entrera "en vigueur le 7 avril", a encore affirmé Orpea.

Mardi, le groupe s'est aussi dit favorable à la prochaine publication d'un autre rapport, celui de l'IGS et de l'Igas, dont les conclusions révèlent des "dysfonctionnements graves" au sein du groupe d'Ehpad, d'après les mots du gouvernement.

"Défaillances"

L'Ehpad des Bords de Seine est aussi au cœur d'une enquête préliminaire ouverte à Nanterre, notamment pour homicide involontaire, à la suite d'une plainte déposée en 2020. Dans cette plainte, consultée par l'AFP, les enfants d'une résidente décédée à 86 ans dénoncent, entre autres, une "gestion opaque de la Covid-19" et des "défaillances". Admise en mars 2020 dans l'établissement, la résidente est diagnostiquée positive au Covid-19 début avril 2020, raconte la plainte.

Quatre jours après avoir été testée négative, elle est victime d'un accident vasculaire cérébral. "A aucun moment, (sa fille) n'avait été tenue informée d'une quelconque dégradation de l'état de santé de sa mère", dénonce la plainte qui soulève aussi que "ses protections hygiéniques" n'ont pas été changées. Trois jours après son accident, la résidente est retrouvée "vers 09H45, inconsciente dans son lit, non vue depuis hier soir" d'après une note des pompiers.

Sollicité par l'AFP, le groupe Orpea a assuré qu'il mettrait en place ces changements "dans les meilleurs délais" et a présenté ses "excuses aux résidents et aux familles".