L’Île-de-France, une terre de rugby

A l’occasion de l’ouverture du tournoi des six nations de Rugby, France 3 Paris Île-de-France vous propose un focus sur le rugby francilien, ses équipes, ses talents, mais aussi ses difficultés en temps de covid-19.

Juan Imhoff file à l'essai lors de la demi-finale de Coupe d'Europe remportée par le Racing 92 contre les Saracens le 26 septembre à Nanterre. / AFP/Archives
Juan Imhoff file à l'essai lors de la demi-finale de Coupe d'Europe remportée par le Racing 92 contre les Saracens le 26 septembre à Nanterre. / AFP/Archives

Le Tournoi des Six Nations s’ouvre ce samedi. L’équipe de France inaugure la compétition avec un déplacement au Stadio Olimpico de Rome pour y affronter l’Italie.

Parmi les 31 joueurs français retenus pour disputer la compétition, un certain nombre évoluent dans des clubs franciliens. Georges-Henri Colombe, Bernard Le Roux et Olivier Klemenczak, jouent  au Racing 92. Gaël Fickou est au Stade Français Paris. Camille Chat et Virimi Vakatawa, tous deux joueurs du Racing 92, sont de leur côté forfaits.

L’équipe de France peut également se vanter d’avoir eu dans ses rangs beaucoup de joueurs, devenus emblématiques, ayant joué en région parisienne. Parmi les plus notables : Mathieu Bastareaud (Rugby Créteil-Choisy, RC Massy et Stade Français Paris), Dimitri Yachvili (Paris FC), François Trinh-Duc (qui joue actuellement au Racing 92) ou encore Sébastien Chabal (Racing 92) et le regretté Christophe Dominici – décédé le 24 novembre 2020 – qui a terminé sa carrière au Stade Français Paris.

Les amateurs de rugby peuvent se réjouir que le Tournoi des Six Nations se tienne comme prévu malgré l’épidémie de Covid-19. "Le maintien du tournoi est très important, surtout dans l’optique de la Coupe du monde de 2023 et du redressement actuel du XV de France, vitrine du rugby français", nous confie Thomas Lombard, directeur du général du Stade français.

Le match Italie - France est à regarder en direct ici

 

L’Île-de-France, région historique du rugby français

On cite souvent le sud-ouest comme étant le "fief" du rugby français. Mais l’Île-de-France n’a pas à rougir. Deux clubs franciliens sont présents dans le Top 14 (la première division française de rugby), et pas des moindres : le Stade Français Paris et le Racing 92. Le premier a 14 titres de champion de France, une coupe de France et une Challenge Cup (compétition européenne) à son actif. Le second, 6 titres de champions de France.

Les deux clubs peuvent par ailleurs se vanter de faire partie des rares équipes françaises de la discipline à avoir remporté des titres sur trois siècles différents (XIXe, XXe et XXIe siècle).

Le niveau professionnel inférieur (Pro D2) comptait jusqu’à cette année le club de Massy. Ce dernier a toutefois rejoint Suresnes en division "Nationale" la saison dernière après une relégation. Cette division est "l’antichambre du monde professionnel (…) elle a été montée cette année pour que le passage du monde amateur au professionnel soit moins difficile pour les clubs" nous dit-on à la Ligue d’Île-de-France de rugby (LIFR). D’autres clubs, tels que le "M Laffitte Saint Germain Poissy", le Plaisir Rugby Club ou encore le Antony Metro 92 jouent de leur côté en division "Fédérale", c’est-à-dire en amateur – qui contient elle-même trois sections. 

L’Île-de-France, c’est par ailleurs 30 000 licenciés répartis dans 150 clubs amateurs dans toute la région. Ils sont sous la responsabilité et la gestion de la LIFR.

 

Le rugby en temps de covid-19

Le rugby (professionnel ou amateur), tout comme le monde du sport en général, n’échappe pas à la crise sanitaire. Des matchs et des compétitions entières sont reportés, voire annulés. Mais pour la discipline, la plus grosse perte se situe au niveau de la billetterie. Les matchs, quand ils ont bien lieu, se déroulent à huis clos, sans public. Et qui dit "absence de public", dit "pas de rentrée de recettes". "Les ressources dont dépendent le plus les clubs, c’est la billetterie (…) ils peuvent compter sur les sponsors, mais ce n’est pas suffisant. Les droits télévisés sont par ailleurs beaucoup moins importants que ceux du foot", confie Jean-Philippe Lemaire, journaliste sportif pour France 3 Paris Île-de-France. "Prenons l’exemple du Racing 92, qui joue à l’Aréna de Nanterre. Cette salle multifonction accueille d’ordinaire, en dehors du rugby, des concerts pour apporter des ressources au sport. Les huis clos couplé à l’absence de toutes les activités annexes rendent ces rentrées d’argent impossibles", poursuit-il.

"On a dû s’habituer à des stades vides, l’absence de supporters et d’encouragements… cela crée un manque pour les joueurs", ajoute de son côté Thomas Lombard, estimant que sur la question des finances du rugby, "on est proche de l’étouffement". Les clubs sont des entreprises, et bénéficient donc des "prêts de l’État, des économies qu’ils ont pu accumuler lors des saisons précédentes et de la générosité des actionnaires (…) nos joueurs ont accepté une baisse de salaire de l’ordre de 20%. Ils sont très inquiets et très frustrés", ajoute-t-il.

 

Précautions prises pour éviter les contaminations

Les clubs professionnels continuent à jouer leurs matchs. Les clubs amateurs ne sont, en revanche, pas en capacité de le faire. "Ils perdent tout lien social autour du match et de la pratique pure et dure, que ce soit chez les adultes ou les enfants, même s’il y a une grande adaptation de la part des clubs", explique le directeur du Stade français, nous confiant toutefois que, concernant son équipe, "la situation covid ne change rien à la pratique du sport en elle-même. On s’entraine de la même façon, on a les mêmes cycles, il faut simplement ajouter les précautions qu’on retrouve dans la vie de tous les jours".

Pour les clubs amateurs, "un protocole été dicté par la fédération française de rugby, en lien avec les services de l’état, permettant de faire des exercices sans qu’il y ait de contacts. Ce n’est pas une pratique pleine et entière du rugby, mais nous avons l’avantage d’être un sport de plein air et de faire une activité physique", relativise Florian Grill, président de la LIFR. Les mêlées, actions emblématiques dans ce sport, sont donc prohibées en période de Covid.

 

Rugby et citoyenneté

Face cette situation, les clubs amateurs se sont adaptés. A défaut de jouer, ils tentent de trouver le moyen de maintenir un lien social et des activités, tant sur le terrain qu’en dehors. "Le rugby n’est pas juste un sport, c’est une éducation. Le rugby aide des jeunes femmes et hommes à se construire", estime Florian Grill, ajoutant que ces dernières années la LIFR cherche à mettre l’accent sur les actions citoyennes et la solidarité de la part des clubs.

Respect, loyauté et solidarité sont les valeurs du rugby. "En période de crise sanitaire comme aujourd’hui, le curseur est moins mis sur les compétitions, mais davantage sur l’accent éducatif (…) beaucoup de clubs en Île-de-France qui ne peuvent plus pratiquer du rugby de façon intense s’investissent dans d’autres sujets (maraudes, interventions dans les hôpitaux, aide des personnes âgées…)", insiste le responsable. cela est vrai pour les équipes masculines mais aussi féminines.

 

Rugby féminin

Les équipes féminines de rugby d’Île-de-France font partie intégrante des ligues professionnelles et amateur. Chaque club, ou presque, dispose d’une équipe féminine. "En Île-de-France, jusqu’à l’âge de 15 ans, les filles jouent avec les garçons. Dès 15 ans, elles vont vers les catégories cadettes et séniors. Cependant, tous les clubs n’ont pas forcément une équipe cadette ou sénior", explique Florian Grill. Parmi les licenciés dans le rugby francilien, les équipes comptent aujourd’hui près de 10% de femmes. Cela a augmenté de façon exponentielle ces dernières années. "Si l’on prend le rugby à 5, mixte, où il n’y a pas de plaquages ni de chocs, il y a 35% de femmes en moyenne", détaille le responsable.

Certaines arrivent à allier sport de haut niveau et travail en entreprise. Lénaïg Corson, 31 ans, est l’une d’elles. Joueuse internationale française évoluant au Stade français dans les équipes de rugby à XV et à VII, elle est médaillée de bronze lors de la Coupe du monde de 2017.

Lenaïg Corson sous le maillot de l'équipe de France féminine. AFP
Lenaïg Corson sous le maillot de l'équipe de France féminine. AFP

Cette dernière est, dans le même temps, chargée de mission et responsable sociétale au sein du club dans lequel elle joue. Trois maillots pour une seule personne. "Le double projet est important pour moi. Il me sert à préparer mon après-carrière. Aujourd’hui je suis sur une fin de carrière. C’est également un équilibre de vie et cela me permet de voir du monde et de mobiliser mon cerveau différemment que sur un terrain de rugby", nous confiait-elle il y a quelques jours.

Lénaïg Corson a été retenue dans le groupe pour le stage de préparation en vue du Tournoi des Six Nations, dont l’édition féminine a été repoussée, mais non annulée, à avril.

 

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