"#MeToo" politique : "Il ne faut pas seulement libérer la parole. Il faut aussi libérer l’écoute"

Près de 300 femmes politiques, dont plus d'une cinquantaine d'élues franciliennes, majoritairement de gauche, ont appelé à une prise en compte d’un "#MeToo" politique dans une tribune signée ce lundi 15 novembre dans le journal Le Monde.

Après le sport, la musique, le cinéma et le théâtre, au tour de la politique? Près de 300 femmes politiques — majoritairement de gauche — ont appelé à une prise en compte d’un #MeToo politique dans une tribune signée ce lundi 15 novembre dans le journal Le Monde.

Elles y ont exhorté les partis à "écarter les auteurs de violences sexuelles et sexistes", estimant qu'ils soutiennent encore trop d'élus et de candidats mis en cause. "Nous, femmes travaillant dans le milieu politique, élues, collaboratrices, fonctionnaires, responsables associatives, militantes qui côtoyons régulièrement les hommes politiques, mais avant tout citoyennes, appelons le monde politique à une réponse d'ampleur aux violences sexuelles et sexistes commises par nos représentants", écrivent ces 285 femmes dans le quotidien. "Au sein du Parlement, des mairies, des conseils départementaux et régionaux, des hommes mis en cause, parfois condamnés pour viol, pour agression sexuelle, pour atteinte sexuelle sur mineur, pour violences conjugales, sont élus, malgré les discours affichés sur la lutte contre les violences faites aux femmes, malgré nos alertes répétées", dénoncent-elles.

"Assumer ses responsabilités"

Parmi les élues signataires de la tribune, plus d’une cinquantaine sont franciliennes. C’est le cas de l’adjointe (PS) à la mairie de Paris Audrey Pulvar ; de la députée (LFI) de Paris Danièle Obono ou encore la maire adjointe des Lilas (Seine-Saint-Denis) Madeline Da Silva. Cette dernière a été à l’initiative de la tribune avec Fiona Texeire, collaboratrice d'élus, intervenante à Sciences Po Rennes, Mathilde Viot, cofondatrice de l'association "Chair collaboratrice", Alice Coffin, conseillère de Paris et Hélène Goutany, journaliste.

On ne peut pas laisser se présenter à l’élection présidentielle, parrainer ou embaucher des personnes mises en cause pour violences.

Madeline Da Silva

Ainsi à cinq mois de l’élection présidentielle (10 et 24 avril 2022) et des élections législatives qui suivront dans la foulée, le collectif à l’origine de la tribune veut jouer la carte de la prévention. "Les institutions politiques — l’Assemblée [nationale] et les partis —, comme n’importe quel employeur, ont l’obligation légale d’assurer la sécurité et de protéger la santé mentale et physique de tous ceux qui y travaillent (…) or aujourd’hui ça n’est pas le cas", nous confie Madeline Da Silva, également co-fondatrice du collectif "Nous Toutes". Cette dernière indique qu’"il incombe à chaque famille politique de faire le choix de ne pas fabriquer un Parlement où des prédateurs sexuels agiront en toute impunité". "Le monde politique doit assumer ses responsabilités, écarter les auteurs de violences sexuelles et sexistes de ses rangs et faire preuve d'exemplarité dans les désignations", indiquent les signataires de la tribune.

Celles-ci demandent également aux élus, élues et cadres de partis de signer "en masse" un engagement en trois points contre les violences sexistes et sexuelles en politique, rédigé par les signataires. Cet engagement est un formulaire, mis en ligne sur le site metoopolitique.fr, dans lequel ils peuvent s'engager "à ne pas investir", "à ne pas donner mon parrainage", "à ne pas embaucher" une personne mise en cause pour violences sexistes ou sexuelles.

De nombreuses enquêtes menées

Les collectifs "Nous Toutes" et "elueslocales.fr" avaient mené en 2019 une enquête nommée "Entendu à la Mairie : harcèlement sexuel dans les mairies". Ils avaient réunis 354 témoignages. Ils concernaient les femmes à 91%. Il en était ressorti que 40,1% des répondant(e)s ont déclaré avoir subi des propos ou comportements sexistes, dont un tiers souvent. 54,5% de ces actes ont eu lieu il y a moins d’un an. De même, dans 83,4% des cas, ces propos ou comportements étaient le fait d’un collègue élu. Dans 55% des cas, les agissements ont été reportés au service politique ou responsables des ressources humaines.

Une autre enquête menée la même année par l’association Chair Collaboratrice montrait de son côté qu’une femme sur deux a été victime de blagues sexistes ou sexuelles au sein de l’Assemblée nationale. Une sur trois a subi des injures sexistes ou des "attitudes insistantes et gênantes" comme des "regards" ou le mime d’"actes sexuels"; une sur cinq d’une "agression sexuelle" sur son lieu de travail ou lors de missions professionnelles ou encore de propos sur son "apparence" ou sa "vie personnelle".

Le monde politique n’est pas à l’abri de ce qui se passe dans le reste de la société.

Audrey Pulvar

"Dans les partis politiques, comme dans beaucoup d’organisations, on a pendant longtemps minimisé ou banalisé les choses en se disant que finalement cela n’était pas si grave. Qu’on pouvait bien se remettre d’une main aux fesses ou d’un geste inapproprié sur les seins par exemple", estime de son côté Audrey Pulvar, interrogé par France 3 Paris Île-de-France, ajoutant qu’"on a pas suffisamment pris en compte que ce sont de véritables agressions sexuelles qui tombent sur le coup de la loi et qui font de profonds dégâts psychologiques. Les partis politiques se doivent d’être exemplaires sur ce sujet. Le monde politique n’est pas à l’abri de ce qui se passe dans le reste de la société", explique-t-elle. "Il ne faut pas seulement libérer la parole. Il faut aussi libérer l’écoute (…) les victimes doivent être écoutées, crues et soutenues. C’est trop peu souvent le cas", martèle l’élue parisienne.

Marche le 20 novembre

Les signataires de la tribune du Monde annoncent également participer à la marche contre les violences sexistes et sexuelles organisée par l'association Nous Toutes le 20 novembre prochain.

Cette marche "pour dire STOP aux violences sexistes et sexuelles commises contre les femmes, contre les enfants, les personnes transgenres ainsi que les personnes de la communauté LGBTQIA+" partira de la place de la République à 14h. D’autres marches seront organisés dans le même temps dans le reste du pays les 20 et 21 novembre 2021.

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