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Disparition d'Albert Jacquard, généticien et humaniste engagé

Son collier de barbe encadrant une gueule cabossée de philosophe antique et ses combats passionnés pour les sans-papiers et contre le racisme ont marqué les mémoires. Le généticien Albert Jacquard est mort mercredi à l'âge de 87 ans. Il a été emporté par une leucémie à son domicile parisien
"Courageux et profondément bon", "l'humanité des hommes était son combat", a lancé en hommage son collègue Axel Kahn.

Né le 23 décembre 1925 à Lyon dans une famille de la bonne société, Albert Jacquard est reçu à Polytechnique 20 ans plus tard. C'est la Libération mais il vient de passer deux ans à préparer ses concours et n'a pas vraiment vu la Seconde Guerre mondiale, comme un "passager de l'Histoire". Jeune ingénieur, il entre en 1951 à la Seita (manufactures des tabacs et allumettes) pour y travailler à la mise en place d'un des premiers systèmes informatiques. Tout en reconnaissant avoir été "passionné par ce travail", il regrettera par la suite d'avoir "joué le jeu de la réussite technique pendant dix ans". Car pour Albert Jacquard, "un ingénieur, un technicien efficace est par définition quelqu'un de dangereux, tandis qu'un chercheur est quelqu'un qui s'efforce d'être lucide".

Après un bref passage au ministère de la Santé publique, Jacquard rejoint l'Institut national d'études démographiques (Ined) en 1962. Il approche de la quarantaine et "s'aperçoit qu'on n'est pas éternel et qu'on ne veut pas gâcher sa vie à des choses dérisoires". Albert Jacquard part donc étudier la génétique des populations dans la prestigieuse université américaine de Stanford, puis revient à l'Ined et passe deux doctorats en génétique et biologie humaine dans la foulée.

Parallèlement à l'enseignement et son travail d'expert à l'OMS, il n'aura de cesse de démonter les arguments prétendument scientifiques des théories racistes et sera même témoin en 1987 au procès du nazi Klaus Barbie pour crimes contre l'humanité. Ses premiers livres, comme "Eloge de la différence: la génétique et l'homme" (1978) rencontrent un grand succès qui ne se démentira pas, même quand il dérivera vers la philosophie, la vulgarisation scientifique ou l'humanisme anti-libéral. Car Albert Jacquard n'aimait pas plus le libéralisme - "catastrophe pour l'humanité" - que le racisme. "La compétition systématique entre les êtres humains est une ânerie", tranchait le professeur qui, à ce titre, se refusait à noter ses élèves, sauf à leur donner tous la même note.

Albert Jacquard sera même candidat aux législatives à Paris en 1986 sur une liste soutenue par divers mouvements de la gauche alternative, puis en 1999 sur la liste écologiste conduite par Daniel Cohn-Bendit (en 84e position). Dans les années 1990, Albert Jacquard va mettre sa verve médiatique au service d'une autre cause: les mal-logés et les sans-papiers. Il sera nommé président d'honneur du DAL. Occupation d'un immeuble rue du Dragon en 1994, de l'église Saint-Bernard en 1996... Son visage de vieux faune grec devient vite aussi familier que celui de l'Abbé Pierre, Mgr Gaillot ou Emmanuelle Béart, ses compagnons de lutte. L'âge aidant, il se fera plus discret. Mais il continuera à soutenir les démunis et à pousser des coups de gueule, démarche "volontariste" pour léguer un monde un peu moins mauvais à ses petits-enfants.

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