Evasion de prison en hélicoptère de Rédoine Faïd en Seine-et-Marne : 11 personnes devant la justice

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Écrit par Marc Taubert avec AFP

Après 4 ans d'investigations, les juges d'instructions renvoient 11 personnes devant la cour d'assises. Sont renvoyés des membres de sa famille et une figure du banditisme corse.

Il ne lui avait fallu que quelques minutes pour s'échapper de la prison de Réau en Seine-et-Marne. Le 1er juillet 2018, un hélicoptère se pose dans la cour d'honneur de l'établissement pénitencier. Rédoine Faïd, qui purge une peine de 25 ans pour un ancien braquage raté, s'envole pour trois mois de cavale avant d'être retrouvé par la police.

À l'issue de 4 ans d'enquête, Rédoine Faïd et plusieurs membres de sa famille, entre autres, seront jugés devant la cour d'assises. Celle-ci devra déterminer les responsabilités éventuelles de chacun dans la préparation et la réalisation de son évasion puis dans l'aide qui lui a été apportée lors de sa vie clandestine, jusqu'à son interpellation le 3 octobre 2018 au saut du lit à Creil (Oise), où il a grandi.

En fonction de leur degré d'implication supposé, les onze mis en examen sont renvoyés pour "évasion en bande organisée", "détournement d'aéronef en bande organisée", "association de malfaiteurs", "enlèvement et séquestration en bande organisée avec libération volontaire avant le septième jour".

Figures du milieu corse

Les juges ont également renvoyé pour "association de malfaiteurs" une figure du grand banditisme corse, Jacques Mariani, pour un projet de tentative d'évasion de Faïd en 2017, et un homme qui aurait joué l'intermédiaire. Sollicité, l'avocat de M. Mariani n'a pas souhaité s'exprimer.

Les magistrats ont en revanche accordé un non-lieu à Joseph Menconi, autre figure du milieu corse un temps soupçonné d'avoir été sollicité pour assurer une partie de la logistique nécessaire à ce précédent projet : ils n'ont pu "établir formellement sa participation aux faits", malgré "un faisceau de présomptions".

"Il ne méritait en réalité même pas une mise en examen dans ce dossier", a commenté son avocat Me Amaury Auzou. "Depuis le début on a répondu à l'ensemble des questions, apporté un maximum d'éléments afin de démontrer qu'il n'avait strictement rien à voir dans les faits qu'on lui reprochait", a-t-il dit.

Une policière tuée

Rédoine Faïd était incarcéré comme détenu particulièrement signalé à l'isolement à Réau. Il purgeait une peine de 25 ans de prison pour un braquage raté en 2010 (la peine avait été confirmée en appel en avril 2018). Repéré par des policiers, le groupe de malfaiteurs s'était lancé dans une course folle sur l'autoroute, tirant sur les forces de l'ordre et blessant des automobilistes.

A Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne), ils avaient mitraillé une voiture de police municipale qui arrivait, tuant Aurélie Fouquet, 26 ans, et blessant son coéquipier, avant de prendre la fuite.

Son évasion a lieu trois mois après sa condamnation en appel. Une sorte de "dévotion familiale" aurait entraîné plusieurs de ses proches dans le projet.

Interpellation dans sa ville natale

Le plan se concrétise le 1er juillet : en milieu de matinée, deux hommes se présentent, sous une fausse identité, auprès du club de l'aérodrome de Lognes (Seine-et-Marne) pour un nouveau vol.

Après le décollage, l'un d'eux menace le pilote avec une arme à feu pour l'obliger à atterrir dans un champ, où monte un troisième homme, puis l'hélicoptère prend la direction du centre pénitentiaire de Réau. En l'absence de filins de protection, l'Alouette II se positionne dans la cour d'honneur. En quelques minutes, le commando armé scie plusieurs portes jusqu'au parloir où se trouve Rédoine et son frère Brahim, puis redécolle avec Rédoine, sans faire de blessé. Une fois l'hélicoptère posé, ils se volatilisent en voiture.

Le 3 octobre à 4h, Rédoine Faïd est finalement interpellé dans l'appartement à Creil, où les policiers découvrent plusieurs armes à feu.

Les juges d'instruction ont ordonné l'abandon des poursuites contre sa logeuse, estimant que Faïd s'était imposé chez elle sous la contrainte. Entendu en garde à vue, le pilote de l'hélicoptère a été relâché sans poursuites. Il est depuis partie civile dans le dossier, tout comme le propriétaire de l'hélicoptère.