Face aux nombreuses tombes abandonnées, des anonymes se mobilisent

Patrimoine mémoriel et historique, les tombes sont parfois oubliées par les familles, notamment à cause de déménagements ou de la disparition d'un descendant.

En France, 200 000 tombes seraient abandonnées chaque année.
En France, 200 000 tombes seraient abandonnées chaque année. © MAXPPP
Même dans les cimetières, le temps n'est pas figé. Et certaines tombes finissent par être oubliées par les descendants, s'il en reste dans la famille proche ou éloignée. Un phénomène très difficile à chiffrer mais estimée à environ 200 000 chaque année en France selon Jérôme Galichon, fondateur de l'initiative Sauvons nos Tombes et responsable innovation chez Geneanet, un site consacré à la généalogie.

Cette situation est accentuée par le fait qu'il existe encore en France des concessions perpétuelles qui donnent aux propriétaires une sorte de possession d'un espace funéraire. Mais depuis 1996, les cimetières français ne peuvent plus en accorder. Toutefois, ils ne peuvent pas les résilier sauf si le lieu est laissé à l'abandon.

Certains se sont alors lancés dans le recensement des tombes abandonnées grâce à l'initiative "Sauvons nos tombes". Depuis quatre ans, ce sont 3 millions de photos qui ont été publiées sur le site dont 123 000 en Île-de-France.
 

Retrouver un caveau oublié

Des chiffres impressionnants qui s'expliquent en région parisienne aussi par l'histoire. "Lors de la Première Guerre mondiale, de nombreux soldats étaient envoyés dans les hôpitaux militaires de la région parisienne. Certains mourraient et leur corps n'était pas forcément renvoyé dans leur région. Ils étaient enterrés dans des carrés militaires sur place", indique Jérôme Galichon.

Ces photos ont ainsi déjà permis à des familles de retrouver des tombes de proches qu'ils croyaient détruites ou d'une lignée familiale oubliée. En bref, les tombes sont de bons indicateurs pour les passionnés de généalogie.

"Quand on a un acte de décès, il y a un lieu de décès mais pas forcément de lieu d'inhumation. La tombe permet de voir où la personne vivait. Le caveau donne aussi des informations : est-ce qu'elle était brouillée avec sa famille par exemple ? Des renseignements aussi sur un éventuel couple si la personne est enterrée à côté de quelqu'un", poursuit-il.
 

Patrimoine méconnu

Si certains cimetières parisiens sont connus de par le monde, la plupart sont les grands oubliés du patrimoine français. "Les monuments funéraires peuvent eux aussi 'mourir' : érosion, absence d’entretien, dégradations, procédures de reprise… Le patrimoine funéraire est encore trop souvent ignoré et c’est ainsi que disparaissent des chefs d’œuvres d’architecture et de sculpture. La peur d’une pénurie de concessions, l’idée de réhabiliter un carré en supprimant les 'vieilles tombes' sont au quotidien les ennemis d’une gestion intelligente d’un cimetière", écrit Pierre-Yves Kirschleger, maître de conférences en histoire à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3, cité par la Société de la protection des paysages et de l'esthétique de la France.

En cas d'abandon de tombe, les gestionnaires des cimetières, souvent des mairies, doivent décider que faire des sépultures. "Quand les gens ne veulent plus renouveler les concessions, des marbriers retirent les monuments et les corps sont placés à l'ossuaire (un lieu où sont placés les restes des défunts sans tombe, ndlr)", explique Gwenaëlle Legallic, agent administratif au bureau des décès de Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis).

La ville, qui compte deux cimetières, possède peu de tombes abandonnées. En revanche, cela arrive que la mairie oblige les ayants-droits à faire des travaux si une tombe se dégrade et en met une autre en danger.

"Mais parfois, on a du mal à les contacter. Avant, on envoyait des lettres mais il y avait souvent des retours de la Poste. Désormais, on met une pancarte pour dire de nous contacter et on leur laisse un délai de deux ans", poursuit-elle avant d'ajouter : "Souvent, ils déménagent et c'est le dernier endroit où l'on pense à donner sa nouvelle adresse."

En Île-de-France, ce sont plus de 2 000 personnes qui se sont mobilisées et ont envoyé des photos de tombes abandonnées. Une petite communauté qui pourrait bien s'agrandir.
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