"Le mal est fait". Pourquoi la construction de nouveaux bâtiments dans le 12e arrondissement fait polémique

De nouveaux immeubles sont en construction rue des Meuniers, dans le 12e arrondissement de Paris. Du côté pair de la rue, les propriétaires se disent victimes d'une escroquerie. Du côté impair, des locataires dénoncent une dégradation de leur qualité de vie. La Ville de Paris et Paris Habitat défendent ce projet de nouveaux logements sociaux.

Il ne s'agit pas simplement de commérages entre voisins. Depuis que les travaux de construction de nouveaux bâtiments rue des Meuniers dans le 12e arrondissement de Paris ont commencé, c'est tout le quartier de Bercy qui "en fait les frais". 

Du côté pair de la rue, Elisabeth se dit victime d'une escroquerie. La sexagénaire nous accueille dans son appartement au rez-de-chaussée, qu'elle a acheté en 2021. Au moment de devenir propriétaire, c'est sa "luminosité flamboyante" qui avait séduit Elisabeth et permit de se projeter dans son nouveau chez-soi. Mais deux ans plus tard, à l'été 2023, de nouveaux bâtiments ont commencé à pousser devant sa fenêtre. "Quand j'ai acheté mon appartement, je n'avais pas été avertie que des immeubles allaient se construire. Plus les travaux avancent, moins j'ai de lumière". Pour Elisabeth, qui travaille de chez elle, c'est embêtant, voire déprimant. Sans parler des autres problématiques que cela induit, comme "le manque d'intimité, les nuisances sonores, et la perte de valeur" de son appartement.

Sophie, sa voisine de palier, ainsi que Catherine, au deuxième étage, sont confrontées aux mêmes problématiques. Les trois propriétaires dénoncent un manque de transparence au moment de la signature des baux. "C'est un mensonge par omission. Mes anciens propriétaires étaient au courant de ces futures habitations. Ils étaient très pressés de ventre l'appartement. Je comprends pourquoi !", ironise Elisabeth. Aujourd'hui mises devant le fait accompli, les habitantes déplorent une injustice. 

Une mobilisation en vain

Les trois voisines ne sont pas les seules impactées de ces nouveaux édifices. "J'ai beaucoup de peine pour les habitants en face, côté impair de la rue. Ces nouveaux immeubles seront presque collés au leur. Ils vont énormément perdre en qualité de vie", se désole Elisabeth. 

Christine Nedelec, présidente de SOS Paris, association de protection du patrimoine et de l'environnement de la capitale, est révoltée. Paris Habitat, constructeur du projet, "dit qu'il améliore le cadre de vie des résidents sous prétexte qu'il est bailleur social", accuse-t-elle. Selon la présidente, Paris Habitat "construit sur les espaces de respiration du quartier, créé un îlot de chaleur étouffant, et un vis-à-vis insupportable pour les habitants déjà présents". SOS Paris avait lutté, en vain, contre le projet.

Ce projet est une aberration urbaine.

Christine Nedelec

Présidente de SOS Paris

Impossible pour les locataires d'origine bénéficiant de ces logements sociaux de se défendre, puisque, selon Christine Nedelec, à l'issu, c'est le risque pour eux de perdre leur logement social : "À SOS Paris, nous militons pour apporter un soin particulier aux personnes précaires. Détruire leur cadre de vie de cette façon est absolument honteux", clame-t-elle, scandalisée. Par ailleurs, l'association dénonce un une atteinte à l'environnement de la part de Paris Habitat. Avant le début des travaux, "il y avait des arbres magnifiques, des jardins", regrette Christine Nedelec. "Paris est une ville pauvre en espaces verts et en respiration urbaine. Le constructeur prétend améliorer la qualité de vie, mais il les dégrade. Ce projet est une aberration urbaine."

C'est comme dans une prison.

Brigitte

Habitante de la résidence

Brigitte, locataire au sein de la résidence sociale, accepte tristement sa nouvelle vue. Depuis sa fenêtre, les nouveaux bâtiments s'imposent devant ses yeux. "C'est comme dans une prison. On n'a pas d'air, on ne peut pas bien respirer à cause du béton. Avec le soleil qui arrive l'été, ça va être ingérable", s'inquiète-t-elle.

Même en vivant au troisième étage, Brigitte se sent oppressée. Avec d'autres résidents, elle avait signé une pétition pour empêcher l'implantation de ces nouveaux immeubles. "Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise, le mal est fait ! Ils ne vont pas détruire ce qu'ils ont construit", lâche une habitante croisée dans le hall d'entrée. "Voilà dans quel environnement on vit. C'est la misère, c'est la galère. Je suis locataire, je fais avec", souffle Brigitte.

Ce projet nous semble tout à fait équilibré offrant une vegetalisation très importante et la construction de logements. Rappelons qu il y a 270 000 demandeurs de logements sociaux à Paris

Jacques Baudrier, adjoint à la maire de Paris en charge du logement

"Même si la mairie de Paris a raison de vouloir construire des logements sociaux, je pense qu'il vaudrait mieux les développer dans des structures déjà existantes", soumet Christine Nedelec. 

Pour la Ville de Paris, les arguments avancés par SOS Paris sont "caricaturaux". Pour Jacques Baudrier, adjoint au maire en charge du logement, ces nouveaux immeubles répondent au besoin important de logements sociaux tout en respectant l'environnement. 

" Ce projet n'est en rien un projet de "bétonnage" puisque le réaménagement de cet îlot Paris habitat va permettre de créer plus de 1000 m2 de pleine terre supplémentaires et de planter 170 arbres supplémentaires. Il s'agit d'un projet de végétalisation de surfaces très importantes de parkings extérieurs. Dans le même temps une partie des espaces libérés ont été utilisés pour construire des logements sociaux, soit une crèche de 66 berceaux et 22 logements sociaux (immeuble déjà livré) et un immeuble de 10 logements sociaux et une résidence intergénérationnelle de 87 logements dont le chantier est en cours." 

Même son de cloche de la part de Paris habitat qui précise que les permis de construire sont donnés des mois à l'avance et que le projet était bien connu des locataires. Le bailleur social souligne également que lors d’une réunion publique, les locataires de Paris Habitat ont défendu le projet en indiquant qu’ils ne voulaient plus de voitures devant leurs fenêtres mais un immeuble avec un jardin.

Afin que chacun puisse se faire son avis, le projet est mis à disposition par la Ville de Paris sur son site internet.